jamfilmdvdPour commencer l'année, voici un cycle sur la compilation JAM FILMS, qui regroupe 7 cinéastes japonais, pour 7 idées et styles différents.

La critique va se composer de la manière suivante:

° Titre du film
° Avis positif ou négatif
° Notation (1 à 5 étoiles)

Le principe de notation ne sera repris cette année, que pour des cycles bien spécifiques, histoire de créer une réelle comparaison.

Bonne lecture :-)

Michael

THE MESSENGER - de Ryuhei Kitamura (Japon) - Science-Fictionjamfilms01

Synopsis:

Un homme reçoit la visite de celle qui se fait appeler The Messenger...

Avis:

Kitamura, réalisateur un peu déjanté de "Alive" ou "Versus", entame JAM FILMS de manière assez médiocre.
Pourtant, dès le départ, on sent une certaine aisance au niveau du cadrage, une photographie réussie, une ambiance particulièrement étrange, mettant le spectateur mal à l'aise.
Cependant, très vite, le cinéma de Kitamura reprend le dessus. Les premières paroles sont inutiles, et l'action timide du départ, qui servait à instaurer un climat d'opression vraiment réussi, part dans l'absurde le plus total.
Discours philosophique inaproprié, vide scénaristique total, manque cruel d'intérêt, le court de Ryuhei Kitamura démarre très mal cette compilation.

Mais tout n'est pas négatif chez Kitamura, son cinéma particulier trouve de l'intérêt dans ses longs métrages, qui ne revendiquent aucun message réel. De l'action, à base d'effets spéciaux modernes, et un montage assez novateur dans l'ensemble. Sauf que ce qui fonctionne sur le long, parfois, échoue sur le court métrage.

Ici, Kitamura n'intéresse personne. Il signe un film de forme uniquement, cruellement vidé de tout fond cinématographique.

On passe à la suite...

NOTE : *


jamfilms02KENDAMA -
de Tetsuo Shinohara (Japon) - Comédie

Synopsis:

Fujikara recoit un kendama de la part de son patron. Déçu par ce cadeau banal, il le donne à une collègue, Akagi. Mais juste après, il veut récupérer le kendama, et se met à poursuivre Akagi. Cette dernière, en pleine course dans les rues, heurte un jeune homme revenant du marché, et provoque l'échange de leurs paquets...

Avis:

Tetsuo Shinohara, un nom encore trop méconnu en occident, malgré le très bon "Heaven's Bookstore", est le deuxième cinéaste à se lancer dans l'aventure JAM FILMS.
"Kendama" en relève très nettement le niveau d'ailleurs. La mise en scène minimaliste, l'humour omniprésent, et le scénario sous forme de chasse au trésor en font un film tout à fait passionnant, qui mérite d'être souligné.

Tout tourne autour d'un bilboquet, dans lequel semble se cacher un trésor, convoité par deux collègues de travail.
Cependant, rapidement, celui-ci se retrouve accidentellement dans les mains de quelqu'un d'autre. Un parfait inconnu qui n'a rien demandé à personne et qui devient la cible d'une chasse au trésor. Un parchemin se trouve à l'intérieur, il donne accès à un parcours puis à un objet.
Un billet d'avion pour l'Australie.

Avec guère plus d'indices, le cinéaste construit une jolie petite histoire, sous la forme d'un conte. Un film tourné vers l'humour, mais aussi significatif d'une culture asiatique très nettement tournée vers le symbolisme.
Des plans d'une grande intelligence, jusqu'au plan final, d'une grande force.

Coup de coeur de cette compilation, "Kendama" prouve que l'on peut faire très simple au cinéma, avec une grande efficacité.

NOTE: ***


jamfilms03COLD SLEEP -
de Jôji Iida (Japon) - Science-fiction

Synopsis:

Un homme se réveille dans une école, habitée par quelques adultes dérangés. Il rencontre une jeune femme semblant normale, qui lui apprend qu'ils sont sur une planète loin de la terre...

Avis:

Ca commence très bien, un plan en plongée, sur une sorte de bassin dans lequel se trouve un homme. Le son ambiant est particulièrement déroutant. Sorte de bruit sourd, amplifié.
L'homme ouvre le bassin. Le plan est davantage éloigné et on y voit une salle de classe. Sans doute une maternelle. Des jouets traînent sur le sol. L'homme sort du bassin, saisi une serviette et commence à déambuler dans les couloirs de ce qui semble être une école.

On ne sait pas encore à ce moment là, vers quel type de films on se dirige. On ne pense pas en tout cas à un film de science-fiction, mettant en scène des personnages qui ne sont même plus sur terre.

Rapidemment, le cinéaste nous le fait comprendre. Une femme étrange est planquée dans un couloir, et l'homme rencontre lors de sa traversée, une gallerie de personnages loufoques, complètement dérangés.
Puis il se retrouve dans une salle, une femme le saisi. Elle commence à lui faire des tests, et sort un ordinateur portable, futuriste.

On comprend un peu mieux à présent. Mais le problème intervient. On s'écarte du côté mystérieux du départ, pour entrer dans un truc complètement débile, hors de sens, qui est bien trop précipité pour être vraiment intéressant.
Les personnages agissent sans vraiment que l'on comprenne pourquoi, un mystérieux général apparaît dans l'écran de l'ordinateur et explique une théorie qui n'a ni queue-ni-tête.

L'ambiance troublante du départ laisse place à une comédie trop bâclée, qui devient dans les dernières minutes, d'une profonde débilité.
Dommage, ça démarrait vraiment bien.

NOTE: **


jamfilms04PANDORA: Hong Kong Leg -
de Rokuro Mochizuki (Japon) - Fantastique.

Synopsis:

Une jeune femme souffrant de ses pieds se laisse convaincre par un étrange vieillard de tester une étrange méthode : se faire lécher les pieds et guérir grâce à la salive...

Avis:

4 ème film de la compilation JAM FILMS, et peut être le meilleur pour l'instant. l'histoire de "Pandora" nous place dans le coeur de la médecine chinoise. Une médecine assez étrange cependant, qui prétend pouvoir soigner les plaies avec de la salive humaine.

L'ambiance déroutante de ce court, en fait un film d'une extrême efficacité. La photo est remarquable, l'atmosphère inquiétante est rendu magnifique par un cadrage très propre et une histoire originale.

Mochizuki fascine dès les premières ssecondes. Une mise en scène virtuose, quelques plans qui montrent des pieds, une femme qui se précipite chez elle. L'insistance du metteur en scène à se focaliser sur les pieds de cette dame, nous amène à penser, sans vraiment l'expliquer, qu'il va se passer quelque chose autour de cela.

Finalement, on ne connaîtra jamais la gravité ou non de son mal-être, le cinéaste préférant abilement, raconté une histoire d'amour vécue de manière bestiale. On pourrait imaginer le conte de la belle et la bête dans ce film.
Sorte de deux mondes qui se font face. L'un habité par l'humanité, l'autre par la bestialité.

Un clochard un peu étrange, semble être le gardien de cet étrange univers.

Le guérisseur, allongé sous un parterre en bois, ne voit le monde que par une petite trappe. La symbolique est assez forte, et en quelques minutes à peine, le film nous rappelle "Elephant Man" pour le côté bestialité et homme de foire.

Grosse réussite de la part du cinéaste, et deuxième coup de maître de JAM FILMS...

NOTE: ****


jamfilms05HIJIKI -
de Yukihiko Tsutsumi (Japon) - Drame

Synopsis:

Une famille est prise en otage par un jeune homme, mais l'issue, ne sera pas celle que l'on imagine...

Avis:

Nous y voilà, le meilleur épisode de JAM FILMS, véritable coup de maître et chef d'oeuvre total pour moi.
On en oublierait presque les autres volets, tant la force de ce court métrage dépasse les autres sur beaucoup de points.

A commencer par la mise en scène. D'une grande force, d'une maîtrise absolue. Entre décadrage des corps et mouvements virtuoses.
La caméra de Tsutsumi est partout, mais discrète. Le film nous place en plein coeur d'une prise d'otage, vécue de l'intérieur d'une famille.

Les vitres donnant sur l'extérieur sont illuminées d'un halo blanc, qui ne permet pas de voir le monde qui se trouve derrière. Sommes nous dans le passé ? Dans le présent ? Dans le futur ?. Aucun indice, à part vestimentaire, ne permet de réellement situer l'action.

Huis clos étouffant, malsain, et profond drame humain. La supériorité de la famille sur le preneur d'otage rend le film assez perturbant. On ne sait pas trop comment le décrire.
Il semble être preneur d'otage par hasard. Un homme qui manque cruellement de confiance en lui, sueur dégoulinant de son front, mains tremblotantes.

Puis cette femme habillée comme dans une pièce de Théâtre, maquillage pour cacher le désarroi d'une mère impuissante, marquée par une enfance difficile.
Une petite fille complètement stoïque, qui ne bouge pas, et ne semble même pas effrayée.

Mais surtout, ce plat d'Hijiki, posé au beau milieu de la table. Sorte d'algues salées un peu amères.
Une discussion qui tourne autour de ça, et un homme marqué par ce plat dans son enfance. Comme s'il avait été pris en otage par celui-ci. On en vient à se demandé justement si cette prise d'otage ne serait pas un vaste canular et que la victime, ne se trouvait pas simplement sur cette table, dans ce saladier.

Quelques plans plus tard, carnage.

Coup de maître, chef d'oeuvre, le meilleur film de cette compilation.

NOTE: *****


jamfilms06JUSTICE -
de Isao Yukisada (Japon) - Comédie

Synopsis:

Pendant un cours magistral d'anglais, un éleve, assis près de la fenêtre, commence à regarder des jeunes filles en classe de gym. Puis il commence à décompter le nombre de shorts bleus ou rouges dont les filles font claquer l'élastique après le 100m haies...

Avis:

Difficile pour les deux films suivants "Hijiki" de faire mieux, la barre à été placée très haute. Et pourtant "Justice" s'en sort admirablement bien.

Le film est un cocktail agréable de sentiments d'adolescents. Le cadre se situe en plein cours d'anglais.
Le cours est orienté sur l'histoire du japon, narré en anglais par un professeur soporiphique.
Les élèves s'ennuient, et se laissent aller à d'autres occupations.

Un élève dessine une bande dessinée érotique, un autre relève les mots importants du professeur pour créer une sorte d'histoire personnelle et un autre, pose son regard ailleurs, dans la cour du lycée, dans laquelle des filles font un exercice d'athlétisme.

Quelques griboullis sur la table en bois de sa salle de classe, à compter les maillots de couleurs différentes.
Puis une fixation sur une fille, quelques instants plus tard. Comme un coup de foudre, ou une fascination soudaine.

Un montage très bien fait, avançant au rythme de la musique. La voix du professeur résonne comme un lointain écho. Plus rien n'a d'importance.

Le jeune homme est scotché à la fenêtre, dehors, le temps passe plus vite qu'à l'intérieur.

Le cinéaste parvient à instaurer un climat particulier, jouant sur la double notion de temps. Celle d'une impression vécue de l'intérieur, suite à un cours chiant, et la réalité du temps qui passe, à une allure plus rapide synonyme de la vie de tous les jours.

Belle histoire, qui évite la mièvrerie, et qui rappelle les années lycée...

On arrive doucement à la fin de JAM FILMS, de manière assez admirable.

NOTE: ****


jamfilms09ARITA -
de Shunji Iwai (Japon) - Comédie dramatique

Synopsis:

L'histoire d'une jeune fille qui dessine, depuis son plus jeune age, sur toutes les pages de ses cahiers un être étrange qu'elle nomme Arita ; jusqu'à se demander si cet Arita n'est pas vivant...

Avis:

Dernier film de la compilation, mais aussi le plus poétique.

Ca commence par un insert sur des dessins, et une voix-off qui raconte la naissance d'Arita, sorte de signature dessinée, récurrente, issue de l'esprit créatif d'une jeune fille.

Shunji Iwai, à qui l'on doit l'excellent "All About Lily Chou-Chou", est un peu le Kitano poétique de la bande.
Film ultra-minimaliste, ou quelques plans seulement permettent d'indiquer le lieu de l'action, et qui consacre l'essentiel de son récit sur la narration, entendue en voix-off.

Une fille rêveuse, paumée dans sa chambre qui se met à raconter sa vie avec Arita, durant 22 années.
Arita, sorte d'ami imaginaire, qui l'aurait accompagné partout, selon les humeurs et selon les situations.
Arita, un nom sans explications, juste un nom, comme ça.

Le cinéaste parvient en à peine quelques secondes à plonger le spectateur dans un rêve. Un retour nostalgique à la réalité infantile.
Pleine d'inconscience, de songes, d'imaginaire.

Quelques notes au piano, accompagnent ce délicat poème imagé. Une mise en scène caméra portée à l'épaule. Des plans sans réelle cohérence. Un format DV, pour davantage encore de minimalisme, et ce dessin qui prend vie, soudainement.

Arita est devenue matérielle, physique. Les effets spéciaux utilisés par Iwai rende ce personnage humain. Il prend vie sous nos yeux, parcourant au galop, la pièce tapissée de fleurs, de cette jeune fille pleine de rêves.

"Arita" rend hommage à JAM FILMS, par sa simplicité, son appel à la nostalgie. Un film d'une douceur exquise, qui symbolise toute la subtilité de ce cinéma asiatique que l'on aime tant...

NOTE: ****


Conclusion:

Au final, JAM FILMS est partagé. Du très bon, du bon, et du moins bon. Des auteurs différents, des styles différents qui permettent d'en apprendre un peu plus sur le cinéma asiatique et les différentes sensations et nuances qui le composent...