taxipour3_afFilm chilien d'Orlando Lübbert

Genre: Comédie noire - 2001

Réalisateur: Orlando Lübbert
Scénario: Orlando Lübbert
Directeur de la Photographie: Patricio Riquelme

Avec: Alejandro Trejo, Daniel Munos, Fernando Gomez-Rovira, Christian Quezada et Elsa Pobletes

Avis: sourire_broches_8539

A plusieurs milliers de kilomètres de chez nous, le cinéma existe aussi. Il n'a pas les mêmes moyens, pas le même savoir faire, mais il possède autre chose. On pourrait parler du cinéma américain, du cinéma japonais ou encore Australien. Ceux là sont tous différents, et tous à des milliers de kilomètres.

Tout aussi lointain, mais aux moyens dérisoires, je vais vous parler d'un petit film Chilien. Réalisé par Orlando Lübbert, chilien de naissance mais d'origine allemande. Cinéaste nouveau, ancien architecte et documentariste, revenu au pays pour filmer cette histoire de braquages à l'Italienne.

Ulises est chauffeur de taxi. Son gagne pain quotidien, mais assez peu fructueux. Croulant sous les dettes de sa Lada-Taxi, il a bien du mal à vivre paisiblement, et faire vivre par la-même, sa famille. Le jour ou tout bascule, est la conséquence de sa rencontre avec deux malfrats locaux, spécialistes de vols à la tire, Coto et Chavelo.
Ils vont prendre en otage le pauvre Ulises, et l'embarquer dans leur braquages, à travers la ville, au risque de finir en prison...p2_w434_h289_q80

Orlando Lübbert choisit un ton volontairement tragi-comique. Trois personnages, sortes d'anti-héros, mi-crétins mi-voyous, vivant d'argent facile.
Ulises, on le sent bien, est un homme loyal. Il tente de faire vivre sa famille, durant la crise sociale de son pays. La découverte de l'argent facile va soudainement l'aveugler. Lui faisant quitter le droit chemin, au profit d'un bénéfice à court terme.
Coto et Chavelo eux, paraissent tout aussi loyaux. Pas vraiment des bandits, mais des voyous de bas étage profitant de la crise chilienne pour se faire de l'argent.

Bandits bas de gamme, s'attaquant à une vieille pour lui piquer son sac, ou encore braquer une station service.
Le cinéaste dit s'être inspiré d'une histoire racontée jadis, par un chauffeur de taxi du pays, lorsqu'il était en déplacement. Fait divers lui permettant de raconter dans "Un Taxi pour Trois" cette histoire à la fois drôle et dramatique.
Rapidement, le réalisateur chilien imprime son film d'une touche humoristique. Comédie grinçante, acerbe, au goût amer, il dépeint avec habileté l'état social de son pays, au tout début du 21 ème siècle.
50 ans de retard sur les Etats-Unis, sorte de voyage dans le temps, en arrière, le film est la caractéristique même de la différence de moyens, et de culture qui sépare l'Amérique du Nord, à celle du Sud.
Pas de misérabilisme pour autant, mais on le sent, une volonté de faire au mieux, avec les moyens du bord.
Image granuleuse, vieille caméra en 4/3. Eclairage naturel, parfois très sombre, presque invisible.

p3_w434_h289_q80Marque de fabrique d'un cinéma chilien à la rue. Equipe réduite, acteurs amateurs - Mais très bons - "Un Taxi pour Trois" est un film pourtant remarquable.
Un scénario intéressant, profitant d'un trio de personnages attachants et un retournement de situation final, dramatique et touchant à l'image d'un film sachant parfaitement surfer sur les deux vagues.

Le film relate avec quel acharnement, les personnages désirent d'abord satisfaire leur situation ,avant d'oser faire le mal autour d'eux. Le bonheur est à quelques encablures, mais la malchance aussi.
Le cinéaste de continuer ainsi tout au long du film, passant du sourire esquissé par le spectateur, à l'angoisse, de voir ainsi ses héros, échouer au seuil de la réussite.

Le doute permanent de l'incertitude. L'incroyable ascension de trois destins, sur le point de réussir l'incroyable mais confrontés à la maladresse ou la malchance de tomber, un jour ou l'autre, de très haut.
En confortant le spectateur dans cette incertitude, Lübbert évite le manichéisme. Il évite aussi à ce que l'on s'attende à l'issue des trois personnages. Dotant la fin de son film, d'une surprise de taille. Peut être la fin à laquelle personne ne s'attendait.
Mais il montre bien là, à quel point le cinéma n'est pas qu'une question de moyens, mais surtout d'idée. Une idée rappellant furieusement "L'Ultime Razzia", de Stanley Kubrick. Eloigné cependant de toute influence à ce film, on sent chez Orlando Lübbert, la fougue d'un grand cinéaste en devenir.

Très bon film donc, que ce Taxi pour Trois. Embarquement pour le Chili, réussi pleinement et audacieusement par ce metteur en scène encore inconnu...