my_little_eyeANGLETERREFilm britanique de Marc Evans

Genre: Horreur - 2002

Réalisateur: Marc Evans
Scénario: David Hilton, James Watkins
Directeur de la Photographie: Hubert Taczanowski

Avec: Sean C.W Johnson, Jennifer Sky, Kris Lemche, Stephen O'Reilly, Laura Regan et Bradley Cooper.

Avis:

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Parfois, il existe des films dont on entend peu parler. Des films qui sortent du circuit de distribution classique en étant finalement très peu représentés dans les salles de cinéma. Cela s'explique souvent par le nombre de tirage des copies - Moins de copies, moins de salles - Mais aussi le manque de publicité entourant la sortie du film.
Ici, on est en plein dans ce que l'on appelle un film à petit budget.

Petit budget, petits moyens, et donc marketing à la ramasse. C'est un peu ce qui a fait faux bond à ce film sans prétention aucune, et pourtant, très bon.

Marc Evans, réalisateur anglais, assez méconnu de surcroît, tente avec "My Little Eye" un pari à la fois audacieux et osé.
Celui de réussir un film d'horreur expérimental, avec un budget dérisoire, en espérant sauver sa carrière de jeune cinéaste, après le double échec de ses deux précédentes oeuvres.mylittleeye2

Pas facile d'entrer ainsi en contact avec un public qui jusqu'à présent n'a pas sû suivre le flaire d'Evans, jeune cinéaste talentueux mais incompris.
Jamais deux sans trois avec "My Little Eye", qui vient pourtant contredire l'expression, par la qualité notable et certaine de ce troisième coup d'essai.

Essai transformé de belle manière, autour d'une histoire un brin classique, mais dotée d'une mise en scène en béton. Pour situer le décor - Le film a été tourné au Canada - 5 jeunes se laissent enfermer pendant six mois, pour les besoins d'un programme de télé-réalité diffusé sur internet, dans une maison équipée d'une multitude de caméras qui épient le moindre de leur mouvement. Un million de dollars est promis au vainqueur. Une seule règle : aucun des cinq participants ne doit quitter la maison durant le jeu. Si les débuts se déroulent sans encombre, les rancoeurs et les jalousies aidant, la situation ne tarde pas à se dégrader.

Décor en huis clos principalement, avec quelques prises de vues extérieures, pour rompre la claustrophobie du spectateur. Economie de moyens évidente, caméras fixes, filmant en numérique, assurément on se trouve dans du film à petit budget.
Mais un petit budget efficace qui vient lorgner du côté des "Blair Witch" et consorts. Avec une audace monstre, celle de perturber l'équilibre psychologique du spectateur.

Par ses cadrages, parfois vicieux, stylisés, bord cadre, flous, on assiste à de la vidéo surveillance en permanence, renforçant l'aspect télé-réalité et observation.
Cette impression d'observation justement, est parfaitement rendue opressante, par un rythme très lent dans les mouvements de caméra. Comme un oeil, manipulateur et vicieux on observe la déliquescence des personnages, tombant peu à peu dans la folie.

mylittleeye3Le cinéaste réussi un incroyable pari. Parvenir à rendre possible le sentiment d'enfermement psychologique de ses protagonistes. Ainsi, l'étouffement puis la claustrophobie viennent envahir des héros en mal d'ouverture sur le monde. En rompant tout contact avec le monde extérieur, la folie gagne le pas sur la raison, délivrant alors la partie sombre de l'être humain.

Cette attitude de malaise, de folie semble tout à fait réaliste, dans la manière qu'a trouvée Marc Evans pour la restituer.
Malgré des difficultés à tenir l'histoire tout à fait cohérente du début à la fin, on sent une volonté chez Evans à rester fidèle à l'aspect expérimental de son oeuvre.

Clairement, le film insiste sur la thématique de l'observation. Observation psychologique, physique, ludique, cruelle.
Si la récurrence du mot "Producteurs" est de mise, c'est aussi peut être une belle métaphore sur le monde du cinéma, sur son exploitation, sa distribution, sa perversité.

Belle vision du monde télévisuel également, en se moquant délibérement mais subtilement de la mode télé-réalité. De la mode loft story et survivor, du voyeurisme audiovisuel.
Sous la forme de l'horreur psychologique, le film ne fait pas peur par sa forme, mais davantage par son fond. Neutralisant ainsi une profonde réflexion sur l'effet voyeuriste actuel et sur son impact évident sur la société américaine et la mondialisation qui l'accompagne.

Bel effet de style que ce petit film, qui par quelques cadrages et une histoire qui tient la route, parvient à instaurer un climat d'opression rarement atteint ces dernières années.

A ranger du côté du projet Blair Witch, ce film d'horreur peu conformiste est une franche réussite...