gravedancers110806ETATS_20UNISFilm américain de Mike Mendez

Genre: Horreur - 2006

Réalisateur: Mike Mendez
Scénario: Brad Keene et Chris Skinner
Directeur de la photographie: David A.Armstrong

Avec: Dominic Purcell, Clare Kramer, Josie Maran, Marcus Thomas et Tchéky Karyo.

Avis

sourire_broches_8539

Imaginons un instant Edward Wood, jadis cinéaste réputé mauvais, renaître de sa tombe pour visiter le cinéma contemporain. Un cinéma moderne, celui d'aujourd'hui. Loin de l'exploitation hollywoodienne mais arpentant fiévreusement le même type de processus créatif.

Ce travail de réflexion fait, on peut à présent imaginer assez aisément qui peut être Mike Mendez, réalisateur de ce film "has-been", dont il est question ici.

"The Gravedancers", titre assez éloquent, en dit long sur ce cinéaste de l'étrange. Le gore, le fantastique, l'horreur. Domaines de prédilection, de ce jeune cinéaste, déjà auteur de deux films du même type: "Serial Killers" en 1996 et le plus récent, "The Covent (Le Couvent) ".

Ce dernier, d'ailleurs, n'a pas laissée indifférente la presse et les spectateurs. Pas forcément en bien, mais en tout cas il y'a eu matière à polémique.
Mike Mendez, vous l'aurez compris, est un peu le Ed Wood des temps modernes - Rien de péjoratif là dedans- il ne se revendique en aucun cas grand cinéaste, et joue même de cette image pour se permettre l'ultra gore, sans retenue mais avec beaucoup de distance sur lui même.

En effet, "The Gravedancers" est un film de second degré. En permanence, les images renvoyées par le film, invitent à une réflexion qui va bien au delà de ce qu'elles veulent montrer.
Non pas qu'il y'ait chez Mendez, quelconque réflexion sur la violence, sur le crime, le fantastique ou autre, mais bel et bien un sacerdoce, lui servant à rire ou se foutre du genre.grave

Pour situer le décor, trois amis se recueuillent sur la tombe d'une ancienne camarade de classe. Légèrement sous l'emprise de l'alcool, ils commencent à danser sur les tombes, attisant ainsi, la colère des forces surnaturelles. Problème, c'est un coin ou ont été enterrés, tous les psychopathes du pays.

Le film, se moque assez ouvertement du genre fantastique. Jamais il n'est question de moquerie gratuite, au contraire. Beaucoup plus d'un abile tour de manège. Un ensemble de clichés, qui desservent le film, plus qu'ils ne lui nuisent. Dès le départ d'ailleurs, en choisissant dans son casting, des adultes bien trempés, ayant un pas dans la vie active depuis belle lurette.
Plutôt que de choisir un casting adolescent, à l'image des "teen movies" actuels.

Oui, la trentaine passée est la marque de fabrique des personnages de Mike Mendez. On y retrouve ainsi l'acteur Dominic Purcell, le Lincoln Burrows de "Prison Break" ou encore le très connu et hétéroclite acteur français Tchéky Karyo.
Un choix troublant, dans la mesure ou il décrédibilise l'histoire centrale, qui aurait gagnée de l'intérêt en prenant des adolescents plutôt que des adultes.
Mais c'est cette audace de casting qui offre au film sa qualité. Parce qu'il s'agit bien là, d'un film de qualité.
Peut être le fond, peu intéressant, parce que vu et revu mille fois, mais un parti pris osé, et une forme relativement travaillée.
Le directeur photo, a effectué un travail sur l'image, d'autant plus génial qu'il surpasse même la réalisation à la toute fin du film, sur les derniers plans.

gravedancers2Ce choix donc du second degré en permanence rend le film réussi. On laissera aisément de côté les clichés en abondance, pour ne se concentrer que sur l'humour et l'autodérision.

Une galerie de personnages invraisemblables, des dialogues à la frontière du ridicule, et des effets spéciaux à outrance. Comment se satisfaire alors d'un tel film ? Justement dans la frontière qui le sépare de toutes les productions actuelles. Des effets réalisés sur After Effect ou un logiciel grand public, une économie de moyens évidente, ou encore un humour dérisoire, cynique ou absurde.
Une poignée de références, "Evil Dead" en tête de gondole, et une bonne dose d'hémoglobine.

"The Gravedancers" est un film intriguant. On se demande encore comment il a pu se réaliser en 2006. Tant son processus de création paraît "has been", tellement loin des productions actuelles. Perle rare du fantastique, par son absurdité, sa ringardise, sa forme outrancière et son fond dénué de la moindre réflexion.
Pourtant il ne l'empêche pas d'être un bon film. Divertissant, drôle, prônant le ridicule au détriment d'un travail d'écriture.

A noter que ce film n'est jamais sorti en France au cinéma. Toujours inédit, il est question d'une sortie imminente, mais reste à savoir quand. Le petit Mendez mérite bien cela.