thailande3Film thailandais de Oxide et Danny Pang (2002) Genre: Fantastique

eye__20the_20_jian_20gui_Mann est aveugle depuis l'âge de 2 ans. 18 ans plus tard, une transplantation expérimentale de cornée lui redonne la vue. Mais l'opération n'a pas apporté que cela : des événements étranges perturbent la vie de Mann, des ombres mystérieuses lui annoncent des morts à venir, des fantômes la hantent. Petit à petit, elle sombre dans la folie...
Film fantastique intelligent, voici le qualificatif le plus approprié à "the eye" dont la thématique, rappelle que les frères Pang sont les maîtres des personnages troublés, victimes de l'handicap d'un sens et du paranormal qui s'y attache.
Oxide & Danny Pang utilisent comme toujours une palette stylisée, avec ici l'utilisation du flou comme incarnation parapsychologique. Leur cinéma est sans aucun doute doté d'une légère dimension poétique et la mort, personnage sombre et longiligne, rappelle la représentation bergmanienne.
En effet outre le côté paranormal, les deux cinéastes accomplissent une oeuvre riche en références religieuses. Ainsi, les croyances et les interdits d'une pratique se retrouvent confrontés l'espace d'un instant, avec une subjectivité sans précédent.
Il s'agit d'un film d'angoisse, certes, cependant le film tire son épingle du jeu, grâce à son côté dramatique.
Paradoxalement, en effet, les scènes les plus marquantes ne sont pas celles ou la peur nous terrorise, mais celles ou l'intensité dramatique est la plus forte.
Par exemple, après que Mann se rende compte que Ling-Ling, la jeune adolescente leucémique, lui annonce qu'elle est morte.
La belle image de la fillette s'en allant avec la mort, en traversant le long couloir des urgences, est d'une force palpitante. Son intensité est renforcée par une musique subtile et mélancolique.
Le film est décomposé en deux parties, une première, qui nous entraîne dans l'inconnu de Mann, elle découvre que sa vue est sensible à l'invisible, belle métaphore utilisée par les deux frères pour expliquer ni plus ni moins, que tout voir, est aussi dangereux, si ce n'est plus, que ne rien voir du tout.
Ainsi cette aveugle qui recouvre la vue et devient sensible à ce que l'homme voyant ne voit pas, est une symbolique très forte.
Dans cette première partie donc, les deux cinéastes se focalisent davantage sur le ôté fantastique du film, les séquences effrayantes se succèdent, et baignent le spectateur dans l'angoisse constante.
La seconde partie, plus subtile offre son lot de réflexion morale.
La jeune femme sait qu'il va se passer un drame atroce dans ce tunnel, et son regard désespéré, laisse présager du pire.
Elle sort du bus, court dans le tunnel, mais il est trop tard, une centaine de personne, perissent dans les flammes d'une explosion inévitable.
Cette avant dernière image du film ponctue quasiment une oeuvre pessimiste, qui dit que voir les choses n'est qu'une chance de ne pas voir ce que l'on refuse de voir. A savoir, la noirceur d'une société, faite d'individualisme et d'égoisme sincère.
Alors, la jeune aveugle a eu une vision effroyable, qui s'est transformée en réalité, et indéniablement, son désir de revoir a nouveau est conpromis.
L'accident du tunnel l'a fait redevenir ce qu'elle était, cette non voyante, timide, meurtrie, mais dont l'avenir n'est pas menacé par la tristesse d'une vie que l'on peut voir à l'oeil nu.
Une très belle oeuvre, plus morale que paranormale, plus dramatique que fantastique, mais dont les scènes de peur et d'angoisse font preuve d'une efficacité déconcertante.

Note: 14/20