etats_20unis21Film américain de Barbet Schroeder (1992) Genre: Drame

jf_partagerait_appartementAyant rompu avec son fiance Sam, Allison se retrouve seule dans New York. Elle passe une petite annonce pour partager son appartement et rencontre Hedra Carlson. La cordialité et la modestie de la jeune femme semblent en faire la compagne idéale. Allison ne sait pas encore qu'elle vient de commettre la la plus grosse erreur de sa vie...
Le réalisateur français, né à Téhéran en 1941, de mère allemande, signe un film splendide, qui montre toute l'étendue de son talent.
Déja remarqué par des films tels que "Le mystère Von Bulow" "More", "Kiss of Death" ou plus récemment "la vierge des tueurs", Schroeder est un cinéaste qui fascine. Il fut l'assistant de Godard et de Rohmer, puis critique aux cahiers du cinéma.
Il est un réalisateur particulièrement discret, qui filme l’excès, des états limites, des points de non retour, ces moments où paradoxalement l’homme est mis à nu par une expérience singulière.
Dans "J.F Partagerait Appartement" il fait sombrer son personnage dans un enfer quotidien.
D'une rupture, banale, il en résulte un profond désarroi, puis une violence sans limites.
La violence n'est pas tant physique, elle est surtout morale, car elle entraîne une Bridget Fonda remarquable, dans une psychose. Un état mental qui la désocialise complétement.
Schroeder réalise un faux huis clos étouffant. Les scènes dans l'appartement, avec la co-locataire psychopate, incarnée avec brio par Jennifer Jason Leigh sont d'une intensité rarement atteinte.
La plongée dans la folie s'effectue lentement, mais au bout d'un moment, devient inévitable.
Cela commence par le désir de Hedra, d'être la seule amie d'Allison. Elle refuse le moindre appel téléphonique de l'ex d'Allison, et n'hésite pas à cacher les lettres que celui-ci envoie éperdument.
Elle efface les messages laissés sur le répondeur, en espérant ainsi anihiler toute trace de cet homme, et récolter ainsi les faveurs d'Allison, à elle seule.
Une sorte de fascination maladive s'empare d'Hedra. Elle devient petit à petit Allison, en copiant sa façon de s'habiller, puis de se coiffer, jusqu'à les confondre de ressemblance.
Est-ce un amour lesbien? Une simple fascination? Finalement cela reste confu, sauf si on s'arrête à certaines scènes, dans lesquelles on voit Hedra, pratiquer une séquence masturbation, ou une approche pour le moins "étrange" vers la bouche D'allison.
Pouratnt, paradoxalement, Hedra semble aimer les hommes. Elle le prouvera en séduisant l'ex D'allison, qui d'ailleurs est redevenu l'homme de celle-ci, suite à une réconciliation.
Hedra n'hésite pas à aller réveiller l'homme qui dort, dans sa chambre d'hôtel, en se faisant passer pour Allison.
Vous devinez la suite...
Là ou le film devient bouleversant, c'est dans l'attendrissemnt qu'inspire Hedra. Finalement, pas si méchante que cela.
C'est cette habile confusion, qui rend le film doublement étrange, car d'un côté la fascination, ou plutôt le fanatisme d'Hedra, conduit Allison sur un chemin de non retour, mais d'un autre côté, il permet à celle-ci de se remettre en question et constater que sa vie est loin d'être originale.
L'un dans l'autre, on a le sentiment que le mal n'est pas forcément là ou on le pense. C'est très malsain comme pensée, mais c'est ce qu'inspire cette oeuvre.
Entre une amitié bafouée, un sentiment d'infériorité, ou une jalousie maladive, le coeur d'Hedra balance. On ne sait que très peu sur quel pied danser, et en cela le métrage de Schroeder est une formidable remise en question du soi, de l'autre, de ce qui rend heureux, ou triste.
La mise en scène est très propre, les plans sans être d'une originalité débordante, forcent le respect, par leur maîtrise de l'espace.
Ils plongent viscéralement le spectateur dans un coma angoissant, et surtout un suspense haletant. Jusqu'au dénouement, pour le moins surprenant.
Un grand film, au final, car il appuie sur la bonne touche. Il permet de constater à quel point le comportement humain est paradoxal. Un jour tout va bien, un autre, on ne sait plus très bien qui l'on est...

Note: 16/20