ACTE

Le tour du monde du cinéma...

18 septembre 2007

A BITTERSWEET LIFE

COREE_DU_SUDFilm coréen de Kim Jee-Woon

bitter1Genre: Polar

Réalisateur: Kim Jee-Woon
Scénario: Kim Jee-Woon
Directeur de la photographie: Ji-Yong Kim

Avec:  Byung-Hun Lee, Shin Min-a, Kim Young-Cheol, Lee Ki-Young ...

Avis:

sourire_broches_8539Le problème avec les metteurs en scène qui se sont montrés talentueux dès leurs débuts, c’est qu’on a envers eux une exigence à la hauteur de la réputation qu’ils se sont taillés. Kim Jee-Woon, déjà auteur des magnifiques et audacieux "The Foul King" et "2 Sœurs", était donc forcément attendu avec A Bittersweet Life.

Tout commence lentement, comme dans la continuité de "2 Sœurs", film au rythme lancinant et posé, travaillé dans l’épure et l’esquisse. Ici, il est question d’un héros sans identité véritable. Juste un homme errant sans but apparent et n’éprouvant aucun sentiment, ni touché par l’amitié, ni par l’amour. Juste un homme au service d’un mafieux qui ne se salit jamais les mains et lui demande soudainement de surveiller sa femme, qu’il suspecte d’adultère.

La mise en scène de Kim Jee-Woon annonce un métrage vraiment personnel et différent. Non pas qu’il soit réellement novateur, on pourrait même lui trouver multiples éléments d’un classicisme absolu. D’ailleurs, le film s’inspire assez librement du Revenge de Tony Scott. Mais parce qu’elle paraît en suspension, prête à faire éclater sa virtuosité à tout moment, attirant irrémédiablement le spectateur par sa grâce. Le film monte progressivement en intensité, soutenu par une ambiance qui tend vers la poésie de 2 Sœurs. 3525657937

Cadrage précis et photographie sublime. Une nouvelle fois chez Kim Jee-Woon, le personnage principal est plongé dans un univers qui le dépasse, se posant en digne représentant du cinéma coréen. Le protagoniste est sans caractère, sans ambition, sa vie sera rythmée par celle d’une femme, parce qu’elle réveille chez lui un désir enfoui et une impression d’exister.

Le calme apparent du long métrage est alors rompu par une rythmique qui accélère soudainement. Comme dans Old Boy ou Bad Guy, c’est lorsque le personnage est focalisé sur une action que le récit prend du relief. Dynamique bien spécifique au cinéma coréen que d’utiliser le déclenchement du parcours initiatique ou de la quête de rédemption d’un personnage comme propulseur du rythme de l’intrigue.

Celui de A bittersweet life pourrait s’apparenter à la symphonie d’un morceau de musique classique. Démarrage en douceur, accélération soudaine et reprises en flash-back pour dynamiser l’ensemble. Kim Jee-Woon joue avec maestria sur les symétries et les asymétries afin de mettre en avant le décalage du héros avec le monde qui l’entoure.

A_Bittersweet_Life_02Jouant aussi subtilement de la contemplation que de la démonstration, le film peut en fait prêter à une critique de taille : la violence. On retrouve une autre caractéristique commune à plusieurs films coréens qui n’hésitent pas à utiliser la violence à outrance. Le film rejoint donc "Old Boy" de Park Chan-Wook dans l'hypertrophie prononcée de la douleur physique, comme s’il s’agissait là du principal « outil » pour susciter l’intérêt. Le lyrisme du départ disparaît ainsi quelque peu sur la fin, virage finalement un peu douteux.

Vouloir créer la violence, la montrer de manière pessimiste et inévitable est difficile, car il y a toujours le risque de tomber dans l’excès de sang et la débauche parfois gratuite de scènes de torture et de souffrance. En voyant A bittersweet life, on pourra lui pardonner ces égarements, mais une telle surenchère n’aurait probablement pas eu lieu d’être dans un film de cette envergure, gâchant finalement l’impression d’une première partie très réussie.

Un polar sombre et violent, d’une maîtrise évidente, permettant à Kim Jee-Woon de se positionner comme un cinéaste qu’il faudra suivre, et qui, s’il pourra choquer ou énerver ses détracteurs, parviendra également à surprendre, voire même à passionner les cinéphiles en quête de sensations extrêmes…

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07 juillet 2007

THE GRAVEDANCERS

gravedancers110806ETATS_20UNISFilm américain de Mike Mendez

Genre: Horreur - 2006

Réalisateur: Mike Mendez
Scénario: Brad Keene et Chris Skinner
Directeur de la photographie: David A.Armstrong

Avec: Dominic Purcell, Clare Kramer, Josie Maran, Marcus Thomas et Tchéky Karyo.

Avis

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Imaginons un instant Edward Wood, jadis cinéaste réputé mauvais, renaître de sa tombe pour visiter le cinéma contemporain. Un cinéma moderne, celui d'aujourd'hui. Loin de l'exploitation hollywoodienne mais arpentant fiévreusement le même type de processus créatif.

Ce travail de réflexion fait, on peut à présent imaginer assez aisément qui peut être Mike Mendez, réalisateur de ce film "has-been", dont il est question ici.

"The Gravedancers", titre assez éloquent, en dit long sur ce cinéaste de l'étrange. Le gore, le fantastique, l'horreur. Domaines de prédilection, de ce jeune cinéaste, déjà auteur de deux films du même type: "Serial Killers" en 1996 et le plus récent, "The Covent (Le Couvent) ".

Ce dernier, d'ailleurs, n'a pas laissée indifférente la presse et les spectateurs. Pas forcément en bien, mais en tout cas il y'a eu matière à polémique.
Mike Mendez, vous l'aurez compris, est un peu le Ed Wood des temps modernes - Rien de péjoratif là dedans- il ne se revendique en aucun cas grand cinéaste, et joue même de cette image pour se permettre l'ultra gore, sans retenue mais avec beaucoup de distance sur lui même.

En effet, "The Gravedancers" est un film de second degré. En permanence, les images renvoyées par le film, invitent à une réflexion qui va bien au delà de ce qu'elles veulent montrer.
Non pas qu'il y'ait chez Mendez, quelconque réflexion sur la violence, sur le crime, le fantastique ou autre, mais bel et bien un sacerdoce, lui servant à rire ou se foutre du genre.grave

Pour situer le décor, trois amis se recueuillent sur la tombe d'une ancienne camarade de classe. Légèrement sous l'emprise de l'alcool, ils commencent à danser sur les tombes, attisant ainsi, la colère des forces surnaturelles. Problème, c'est un coin ou ont été enterrés, tous les psychopathes du pays.

Le film, se moque assez ouvertement du genre fantastique. Jamais il n'est question de moquerie gratuite, au contraire. Beaucoup plus d'un abile tour de manège. Un ensemble de clichés, qui desservent le film, plus qu'ils ne lui nuisent. Dès le départ d'ailleurs, en choisissant dans son casting, des adultes bien trempés, ayant un pas dans la vie active depuis belle lurette.
Plutôt que de choisir un casting adolescent, à l'image des "teen movies" actuels.

Oui, la trentaine passée est la marque de fabrique des personnages de Mike Mendez. On y retrouve ainsi l'acteur Dominic Purcell, le Lincoln Burrows de "Prison Break" ou encore le très connu et hétéroclite acteur français Tchéky Karyo.
Un choix troublant, dans la mesure ou il décrédibilise l'histoire centrale, qui aurait gagnée de l'intérêt en prenant des adolescents plutôt que des adultes.
Mais c'est cette audace de casting qui offre au film sa qualité. Parce qu'il s'agit bien là, d'un film de qualité.
Peut être le fond, peu intéressant, parce que vu et revu mille fois, mais un parti pris osé, et une forme relativement travaillée.
Le directeur photo, a effectué un travail sur l'image, d'autant plus génial qu'il surpasse même la réalisation à la toute fin du film, sur les derniers plans.

gravedancers2Ce choix donc du second degré en permanence rend le film réussi. On laissera aisément de côté les clichés en abondance, pour ne se concentrer que sur l'humour et l'autodérision.

Une galerie de personnages invraisemblables, des dialogues à la frontière du ridicule, et des effets spéciaux à outrance. Comment se satisfaire alors d'un tel film ? Justement dans la frontière qui le sépare de toutes les productions actuelles. Des effets réalisés sur After Effect ou un logiciel grand public, une économie de moyens évidente, ou encore un humour dérisoire, cynique ou absurde.
Une poignée de références, "Evil Dead" en tête de gondole, et une bonne dose d'hémoglobine.

"The Gravedancers" est un film intriguant. On se demande encore comment il a pu se réaliser en 2006. Tant son processus de création paraît "has been", tellement loin des productions actuelles. Perle rare du fantastique, par son absurdité, sa ringardise, sa forme outrancière et son fond dénué de la moindre réflexion.
Pourtant il ne l'empêche pas d'être un bon film. Divertissant, drôle, prônant le ridicule au détriment d'un travail d'écriture.

A noter que ce film n'est jamais sorti en France au cinéma. Toujours inédit, il est question d'une sortie imminente, mais reste à savoir quand. Le petit Mendez mérite bien cela.

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29 avril 2007

THE ASSASSINATION OF RICHARD NIXON

Un film de Niels Mueller

Pays: Etats-Unis
Genre: Drame
Année: 2004
Casting: Sean Penn, Naomi Watts, Don Cheadle ...

18390420SYNOPSIS:

En 1974, peu de temps avant que n'éclate le scandale du Watergate, qui va pousser Richard Nixon à la démission, Sam Bicke est au bord du gouffre. Cet homme effacé, cerné par les trahisons et les mensonges de la vie, va s'attaquer au plus puissant des menteurs politiques : le Président des Etats-Unis...

INTRODUCTION:

Certains films laissent une empreinte. Sorte de trace indélébile dans le coeur, marquant à tout jamais l'idée que l'on peut se faire du cinéma.
"The Assassination of Richard Nixon" est de ceux là. Un film étrange, fascinant d'inquiètude, de mystère, à la fois cruel, sordide, sombre et mélancolique. Mais dans lequel subsiste un espoir. Celui d'un homme qui veut refaire la société. Un homme qui rêve d'un monde meilleur, sans mensonge, sans amertume.
Cet homme, c'est Sam Bicke.

PREMIERE PARTIE:18389090

Rapidement, le film étonne. Il surprend par sa mise en scène, discrète, légère, doublée d'une grande douceur.
Un rythme assez lent, et un calme apparent des plus inquiétants.

Le film de Niels Mueller carresse le spectateur, d'une drôle d'impression. A mi chemin entre un drame psychologique, toujours en retenue, et un film plus direct, inspiré d'une histoire vraie.
Mais là ou le film prend une tournure intéressante, c'est justement dans le parti pris formel du cinéaste, d'utiliser en permanence, une sorte de distance entre l'action et la pensée du personnage.

Effectivement, Sam Bicke, est un homme troublé, et troublant. Vendeur à la gomme dans une boutique de meubles.
Peu rassurant, peu sûr de lui, il éprouve des difficultés à renouer avec un passé plus glorieux. Sorte d'homme perdu dans un présent sans véritable avenir, il vit de son job et semble s'en satisfaire.
Du moins, en apparence.

Le cinéaste parvient avec beaucoup de classe, et une grande sobriété, à installer un climat d'opression constante. Il vole au dessus de Sam Bicke, le doute. L'identité bafouée d'un homme qui rêve d'une autre vie.
Va naître alors en lui, l'idée morbide qui changera sa vie à jamais. Tuer le mensonge, effacer l'homme à la toute puissance d'une société qui dérape. Le président Richard Nixon, alors plongé dans le scandale du Watergate.

Le cinéaste confond presque les époques, et il plane au dessus de sa première oeuvre, présentée en 2004 dans la section parallèle du festival de Cannes "Un certain regard", une étonnante sensation d'insécurité post-11 septembre.
Comme une manière d'apporter de la modernité, à une forme de classicisme.

18389094DEUXIEME PARTIE:

Le jeu tout en nuance de Sean Penn, apporte sans doute, sa pierre à l'édifice. Magnifique de naturel, de classe, de subtilité. L'acteur déroule son jeu sans en faire de trop. Toujours en parfaite osmose avec la ligne directrice d'un metteur en scène prometteur.

Le film s'inscrit dans un genre particulier. A la croisée d'un cinéma indépendant américain, plein de promesse, recherchant l'audace et la créativité, et d'un cinéma grand public, tourné de manière à toucher, interpeller le spectateur, d'une manière plus subtile et réfléchie que la plupart des oeuvres dites de "genre".

En somme, un cinéma commercial intellectuel. Une histoire vraie sans mélo, qui n'esquisse ni larmes forcées, ni émotion perverse.
Toujours juste, sobre et simpliste, "The Assassination of Richard Nixon" marque le retour du cinéma public, à l'échelle du microcosme. Ni voyeuriste, ni extravagant.

C'est surtout, une remarquable ascension vers la folie. Une lente chute aux enfers, provoquée par la quotidienneté d'une vie. Société du mensonge, dirigée par les hautes instances. Des hommes de paroles, plus que de terrain, qui balayent d'un coup de main, l'opinion publique.
A base de discours télévisés, de débats, de meeting, les politiques attaquent la réflexion. Ils privent le citoyen de sa liberté de penser, ou d'agir comme il lui semble. Le regard de la société est détourné, noyé dans les paroles et les promesses d'une vie meilleure.

Sam Bicke, derrière son visage marqué par l'incertitude, a compris depuis longtemps déjà, l'enjeu de sa démarche. De sa propre réflexion personnelle.
Mettre fin à l'image de la politique sécurisante, pour montrer la face cachée des mensonges.

Dans son dernier quart d'heure, le film se réveille d'une étonnante façon. Après l'apparente décontraction du personnage, arrive le moment de mettre à execution, son plan morbide.

Et la retenue du film, pendant plus d'une heure, laisse place à la sauvagerie. Non moins psychologique, que réellement physique, on y voit l'homme incertain, pris d'une étonnante certitude. Une grande confiance, sourire aux lèvres, dernier rampart de son chemin de traverse. Dernière étape de sa réflexion.

La folie de Bicke, ressemble à celle incarnée il y'a plusieurs années par De Niro dans "Taxi Driver".
La ressemblance est quasi frappante.

Le cinéaste lui, en revanche ne ressemble en rien à Scorsese. Plus contemplatif, son film n'a d'action que dix minutes. Le reste n'est que le parcours observateur d'un monde plus intelligent que la société elle même.

CONCLUSION:

Lente descente aux enfers, chemin psychologique emprunté par un homme, défendant une cause qui lui semble juste.
"The Assassination of Richard Nixon" est en fait l'inverse de son titre. C'est l'assassinat psychologique d'un homme qui rêve de mourir en effaçant le mensonge d'une société en plein déclin.
Ce n'est pas la mort de l'homme qui lui semble primordiale, mais celle de la tourmente, et de l'aveuglement collectif.
Un film distancié, abile, juste.

EN DEUX MOTS :

Plaidoyer sur la politique, et sur la société contemporaine, d'une grande justesse. :-)

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05 mars 2007

VICTIM

Un film de Ringo Lam

Pays: Hong Kong
Genre: Polar/Fantastique
Année: 1999
Casting: Tony Leung Ka-Fai, Lau Ching Wan, Emily Kwan, Yiu Cheung-Lai ...

fa3202a814011f1c6ab519de109ab467SYNOPSIS:

Kidnappé et retrouvé dans une demeure supposée hantée, l’informaticien Manson Ma est interrogé par l’inspecteur Pit dans les locaux de la police de Hong Kong. Très vite, la femme de Manson confie que son époux, la veille de son enlèvement, semblait avoir un comportement anormalement agressif. Que s’est-il réellement passé ?...

INTRODUCTION:

Il existe deux sentiments différents dans "Victim". Celui d'être trompé, et celui d'être surpris.
Trompés par la première demi-heure, que l'on observe avec un peu de frustration. Surfant sur le succés des "Ring" et autres films d'horreur de la nouvelle vague asiatique, "Victim" victimise le spectateur à coup de sons angoissants et plans typiquement sortis des meilleures oeuvres horrifiques.
Mais l'on ne peut s'empêcher de ressentir une légère deception. Et pourtant elle sera de très courte durée.

PREMIERE PARTIE:victim_032

Même pas totalement une demi-heure, avant de commencer à se poser de très larges questions. C'est à peu près le temps qu'il faudra au film pour véritablement démarrer. Non pas qu'il soit ennuyant avant cela, mais on va dire qu'il ne paraissait ni surprenant ni novateur. Mais l'introduction passée, Ringo Lam poursuit de manière assez admirable vers un désequilibre cinématographique, surprenant. Mi-fantastique, mi-polar, en fait, on ne sait pas trop dans quoi on va embarquer.

"Victim" parce que chacun des protagonistes est décrit comme une victime du quotidien, sombrant peu à peu dans une folie permanente.
Victimes d'un système, d'une routine, d'un certain classicisme, les héros du film de Lam sont en fait eux même les victimes de ce qu'ils traquent.

D'un coté, un flic qui recherche la vérité, de l'autre, un pauvre homme enlevé et battu, qui ne se souvient de rien et agit comme un coupable idéal.
Deux personnages en quête d'une vérité. Et finalement, deux hommes victimes de leur quotidien.

L'horreur chez Ringo Lam devient ainsi beaucoup plus intimiste. Le film bascule dans un polar qui oppose deux hommes, dans une traque d'abord psychologique avant d'être physique.
Comme si l'horreur provenait de ce qui les entourent, et non de l'action en elle même. Pit, le flic préfère passer du temps au boulot plutôt que d'affronter sa femme, qu'il soupçonne d'adultère. Passant de rares coups de téléphone à sa fille, sorte de fantôme de sa propre existence.
Manson Ma lui, passe son temps à bétonner son jardin, pour y enfermer un passé qu'il ne veut plus jamais avoir a subir.

Victim03DEUXIEME PARTIE:

Ringo Lam transforme l'horreur en psychose intimiste refoulée. On ne sait plus très bien qui traque qui, et pourquoi. C'est cette dernière question qui se révèle la plus difficile à résoudre. Pourquoi ?
Comme un quotidien qui oblige à agir, les deux hommes se croisent, se suivent, se battent, sans jamais parvenir à s'attrapper totalement. L'image de fin, sublime, prouve cette théorie de la poursuite infinie, sans aucune fin possible.

Surtout, "Victim" décrit une ville de Hong Kong en pleine dégénérescence, qui fait de tout ses habitants des victimes potentielles.
Même les seconds rôles, dans le film, sont emprunts d'une certaine impatience, prisonniers d'un système qui les victimisent de toute manière. Quelle qu'en soit l'issue.

Archétype même du film noir, sombre et pessimiste, "Victim" utilise la clé de deux genres paradoxaux.
D'un côté, un genre plus terre à terre, le polar, qui fait montre bien souvent, d'un réalisme abrupte. Une certaine rage ancrée dans une réalité vécue.
De l'autre, le fantastique, plus nuancé dans ses interprétations. Une sorte de double lecture possible, pour un film qui se veut ni réel, ni fantasmagorique.

Une histoire de fantômes réels, de victimes désancrées d'une vie banale. Comme pour en souligner la force et la rage, et prouver sa théorie, Ringo Lam filme la dernière séquence de son film dans un cimetière.
Un Hong Kong crépusculaire, un silence étrange, puis une traque quasi muette.

Les deux hommes se cherchent, puis finissent par se trouver dans une admirable scène de gunfight.

Là, le polar et le fantastique, plus que jamais semblent liés. Mais est-ce le réel qui est montré, ou au contraire, l'irréel ?
La réponse, ni nous, ni eux, ne la savent réellement. Il s'agit bel et bien d'un grand film, peut être le meilleur de son auteur...

CONCLUSION:

"Victim" est une oeuvre fascinante, surfant abilement entre deux genres remarquables. Un film à la fois millimétré et calculé comme un polar, sombre, pessimiste et inconsolable, et puis nuancé et libre dans son interprétation. Beaucoup plus ouvert qu'on ne le pense, cette nouvelle oeuvre de Ringo Lam est un plaisir difficile à décrire. Dérangeant, violent, sombre, puis en même temps, tout l'inverse...

EN DEUX MOTS:

Chef d'oeuvre perdu entre deux genres...

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21 janvier 2007

SEVEN SWORDS

Un film de Tsui Hark

Pays: Hong Kong
Genre: Action
Année: 2005
Casting: Leon Lai, Donnie Yen, Charlie Yeung, Liwu Dai, So-yeon Kim Duncan Lai, Liu Chia Kiang, Mickael Wong ...

SevenSwords_AfficheSYNOPSIS:

A l'aube des années 1660, la Mandchourie annexe la Chine pour y installer la dynastie Ching. A la suite des multiples insurrections contre le gouvernement, ce dernier interdit l'étude et l'exercice des arts martiaux afin de maintenir l'ordre et la discipline dans le pays. Fire-wind, chef militaire de la dynastie antérieure, se dit qu'en aidant le gouvernement à faire appliquer la nouvelle loi il parviendra à s'enrichir rapidement. Il a projeté de s'attaquer à la dernière ville frontière, petite bourgade du nom de Martial Village, dont les habitants sont réputés rebelles et courageux…

INTRODUCTION : 

On ne présente plus Tsui Hark, grand maître artificier du cinéma hong kongais des années 80. Au même titre que John Woo, il a su faire exporter le cinéma de son pays, vers des destinations en soif d’action et de créativité.

La créativité, sans doute la marque de fabrique du grand Tsui Hark, après de nombreuses œuvres à succès, telles que « The Blade » ou « Time and Tide » et la saga « Il était une fois en Chine ».

Le Wu Xia Pian, est un genre cinématographique qu’il maîtrise bien. Et avec « Seven Swords » il signe son grand retour…

PREMIERE PARTIE :SevenSwords_02

Impossible de ne pas faire une allusion à « Hero » ou « Le Secret des Poignards Volants » de Zhang Yimou, dès l’ouverture du film. Le visuel frappe instantanément. Une peinture animée à l’écran, d’une beauté éclatante. Des couleurs magnifiques, des costumes resplendissants, et une image propre en tout point.

Pourtant, par la suite les choses se corsent un peu. Loin du génie des films majeurs de ces dernières années, Tsui Hark semble s’enfermer avec « Seven Swords » dans un genre qu’il a su pourtant réinventer.

Du coup, on exige beaucoup de la part du cinéaste, peut être trop. Sa relecture des sept samouraïs de Kurosawa est trop fade. L’esthétisme forcené du métrage ne suffit pas à lui offrir l’intérêt nécessaire, que tout bon film se doit d’offrir au spectateur.

A commencer par la facilité qu’à le metteur en scène à se reposer sur le charisme de ses acteurs. Ceux-ci se laissent aller dans des dialogues parfois lourds de sens, sans pour autant que Tsui Hark, ne vienne y changer quoi que ce soit. Etrange de la part de celui que l’on considérait autrefois comme le « Spielberg » asiatique.

Bien sûr, hormis les quelques failles du casting, l’ensemble reste plus que correct, d’ailleurs mention spéciale à Sun Hong-Lei, vraiment impressionnant.

Le point fort du film réside évidemment dans son aspect formel. La mise en scène également, montre à nouveau, sans aucune difficulté, l’aisance et l’expérience de Tsui Hark derrière la caméra.
On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace, c’est un peu le sentiment évoqué par le cadrage du maître. Chaque mouvement de caméra, chaque plan, est d’une précision déconcertante.
Evidemment, aucun reproche ne peut être fait à cet égard.

SevenSwords_06DEUXIEME PARTIE:

La mise en scène donc, relate du savoir faire Harkien. Cependant, si techniquement parlant, il lui est difficile de le critiquer, on pourra se pencher sur certaines scènes de combat, qui pêchent un peu par un manque d’originalité.

Parfois l’issue demeure prévisible, parfois aussi, le spectateur ne ressent rien d’autre qu’une impression de platitude.

Tout va très vite, ou à contrario, tout est très lent. Mais ce manque de rythme constant, rend le nouveau long métrage de Tsui Hark, trop linéaire, voire carrément, long et ennuyant.

Peut être que les 2h30 du film se ressentent un peu trop, et pourtant ce n’est ici que la version courte. Parce qu’elle a été amputée de ses passages les plus liants peut être.
C’est la liaison justement, qui manque cruellement par moment, comme si deux scènes juxtaposées, n’étaient pas du tout en parfaite cohésion.

Normal, lorsqu’un film est massacré de la sorte. Le montage ne peut alors plus lié les éléments entre eux, et il devient difficile pour le cinéaste, de rester maître de son sujet.

Enfin, impossible aussi de ne pas parler de la superbe composition de Kenji Kawai. Musicien bien connu dans le monde du cinéma asiatique, puisqu’on lui doit notamment les partitions fabuleuses d’ « Avalon » ou celles de « Ghost In The Shell » de Mamoru Oshii.

Composition une nouvelle fois remarquable, bien qu’un tantinet timide et discrète, notamment sur certains passages du film.

CONCLUSION :

« Seven Swords » n’est donc pas un chef d’œuvre de plus. Il s’agit simplement d’un retour en demi-teinte, d’un auteur à l’immense filmographie.
On ne peut pas lui reprocher d’avoir voulu signer un retour fracassant, mais il est arrivé un peu trop tard. Ang Lee et Zhang Yimou, l’ont battu sur son propre terrain.

Le point positif, on le réserve pour une prochaine tentative. Un lion de la sorte, n’aime pas rester derrière la scène…

EN DEUX MOTS:

Retour en demi-teinte, pour auteur à succès...

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14 janvier 2007

DUELIST

Un film de Lee Myung-Se

Pays: Corée du Sud
Genre: Action
Année: 2005
Casting: Ha Ji-won, Gang Dong-won, Ahn Sung-ki, Song Young-chang ...

DuelistSYNOPSIS:

En Corée pendant l’ère Chosun, un complot visant à mettre à bas le pouvoir en place, met en circulation de la fausse monnaie dans le pays. Deux enquêteurs, une jeune femme, Namsoon (Ha Ji-won), et son mentor Ahn (Ahn Sung-ki) sont chargés d’identifier les auteurs du complot. Se dresse alors en travers de leur chemin un jeune homme mystérieux, Sad Eyes (Gang Dong-won), habile épéiste. S’engage ainsi un jeu de cache-cache entre tous ces protagonistes…

INTRODUCTION :

Lee Myung-Se, connu pour son film « Sur la trace du Serpent » , signe son second long métrage avec ce « Duelist ».
Mais l’impatience de découvrir son nouveau film, laisse surtout place à une déception me concernant, d’une nouvelle œuvre dénuée du moindre intérêt scénaristique, au profit d’une plastique cruellement belle, mais trop plate pour plaire réellement.

Le cinéaste signe une épopée magnifique, mais au goût profondément amer…

PREMIERE PARTIE : Duelist_05

Les premières minutes sont d’une grâce ultime. Virtuosité du cadrage, photographie spectaculaire, chorégraphies orchestrées avec dynamisme. Pour un peu, on aurait l’impression d’être chez Zhang Yimou, et son magnifique « Secret des Poignards Volants ».

Hélas, je précise bien pour un peu, parce que la suite n’arrêtera plus d’être décevante.

A commencer par le scénario. Plat, sans saveur, vu et revu à multiples reprises mais surtout, dénué d’une véritable identité.
C’est un peu le reproche que l’on peut faire à « Duelist », il reprend exactement, les éléments qui ont fait le succès des films de Yimou, de Tsui Hark ou d’Ang Lee.

Mais ces éléments à succès chez les autres, deviennent ici, d’une banalité déconcertante.
Parce que la mise en scène de Myung-Se, devient de plus en plus stigmatisée, de plus en plus calculée et surtout, devient de plus en plus prévisible.

Dès lors que le spectateur se met à deviner à l’avance, les scènes suivantes, l’engrenage du film sans surprise démarre lentement.

C’est le piège dans lequel le cinéaste va s’enfermer. L’excellence du début sombre peu à peu dans le grotesque, voire le navrant. Dommage avec un tel potentiel de départ.
Comme en témoigne cette scène magnifique, dans laquelle la caméra est placée dans un couloir à moitié plongé dans l’obscurité.

Une partie est ainsi complètement sombre, tandis que l’autre partie est éclairée par les lames qui se frottent les unes aux autres.
Scène magistrale, entachée par un dynamisme en dents de scies.

Duelist_01DEUXIEME PARTIE :

Le deuxième gros point noir du film concerne l’interprétation douloureuse des comédiens.
Un sur-jeu permanent, lourd, chiant, qui manque cruellement de caractère. En fait, il y’a même des dialogues pénibles – fait rare dans le cinéma asiatique, qui bien souvent, privilégie les images ou les non-dits – et des scènes d’un ridicule presque étonnant.

Cette scène dans laquelle l’acteur Ahn Sung-Ki, dévale les escaliers sur ses fesses, après avoir raté une marche à cause de la neige, est d’une nullité aberrante.
Ni drôle, ni voulant l’être, elle ne sert strictement à rien et colle en plus de cela, une étiquette de film de série B, à un film qui n’en avait absolument pas besoin.

C’est donc un sentiment mitigé qui s’empare de nous après la vision d’un tel film. Mélange de savoir faire coréen, et en même temps, cruelle expérience cinématographique, qui montre les faiblesses d’un pays qui tente de dynamiser son cinéma, en en faisant parfois un tantinet trop.

La faiblesse du cinéma coréen réside en cela, ce manque d’expérience et d’histoire, que le cinéma japonais a acquit depuis longtemps déjà.
Et finalement, cette adaptation du manwhas coréen (manga coréen) « Damo Nam-Soon » est un triste mélange de bon et de médiocre.

N’en demeure pas moins qu’un film de divertissement qui ne se revendique pas chef d’œuvre du genre.
Il saura trouver son public, afin de le satisfaire dignement.
Mais on ne peut s’empêcher d’être triste de la tournure provisoire du cinéaste, à vouloir copier si abjectement, le fruit d’un travail titanesque accompli par d’autres cinéastes, avec plus de qualité et de maîtrise cinématographique.

CONCLUSION :

La fin du film sonne comme une délivrance. On n’oserait pas dire "sauvé par le gong", mais presque.
Le sentiment final ressenti après « Duelist » serait en fin de compte le même que celui qui nous traverse après une mauvaise exposition de peinture…

La morale ?

Et bien, une belle peinture ne suffit pas à être intéressante…

EN DEUX MOTS...

Avis négatif... :-(

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03 décembre 2006

Fudoh

Film japonais de Takashi Miike
Genre: Action
Année: 1996            
"Vengeance sanglante..."

titleSynopsis:

Un Yakusa, père de deux garçons, échoue lors d'une mission et doit payer un tribut afin de prouver sa loyauté envers les autres familles de Yakusas. Pour cela, il doit tuer son fils aîné.
Dix ans plus tard, le jeune frère, devenu maintenant l'élève le plus intelligent et le plus populaire de son lycée, rassemble ses amis et décide de prendre sa revanche sur son père et tous les autres chefs Yakusas afin d'arrêter la pratique de ces coutumes ancestrales barbares, notamment celle qui consiste à tuer un membre de sa famille...

Introduction:

Takashi Miike... Un nom qui se suffirait presque à lui tout seul. Il n'y aurait pas besoin de plus d'explications, pour raconter en quelques lignes, les impressions ressenties après la vision de ce "Fudoh".
Mais en même temps, Miike, c'est un cinéma très particulier, souvent récurrent, mais aussi très différent dans sa démarche.
Aussi abile dans le cinéma underground que le cinéma d'auteur - Un chef d'oeuvre d'onirisme, à suivre dans quelques semaines sur ce blog - ce doux dingue du cinéma japonais contemporain, sait captiver le spectateur par n'importe quel moyen.
Fudoh, est un exemple de plus de la richesse délurée d'un metteur en scène, vraiment pas comme les autres...

Il était une fois...00

Tout commence par une scène dans des toilettes publics. Un mec téléphone à son patron, en crachant du sang. Deux hommes entrent dans les chiottes. Le gars se tait. Les deux hommes, look pêcheurs mafieux, armés de gros calibres se taisent aussi. La tension est palpable.
L'un d'eux pourtant prend la parole. Il dit: "Montagnes ?"
Le mec dans la cabine des toilettes répond: "Rivière ?"
Mauvaise réponse, la fusillade éclate. La tuerie s'achève dans un bain de sang, le gars au téléphone est étendu sur le sol. Son corps de vide de son sang, venant entraîner les milliers de douilles semées sur le sol.
La caméra reste fixe, les pieds des deux tueurs traversent le cadre. L'image se dérobe, le film démarre...

Scène inaugurale remarquable. Tout y est pour annoncer la couleur du métrage qui va suivre. L'action est déjà là, mais surtout, les personnages se dessinent en à peine 2 minutes. Sans les connaître, on veut déjà apprendre le fin mot de l'histoire.
L'histoire justement, se profile. C'est celle d'un gamin, d'une dizaine d'années à peine qui a vu son père exécuter son fils aîné pour rendre des comptes à la mafia locale.
C'est l'histoire d'un môme qui sera marqué à vie par cette vision, c'est l'histoire d'un gamin qui va vouloir diriger le monde des adultes.
La transition est parfaite, dans ce délire cinématographique, Takashi Miike parvient à instaurer une scène de contemplation spectaculaire. Le jeune Fudoh est assis devant une porte, il disparaît. Le plan reste fixe, un long couloir vide est alors le centre de l'action. Le silence est présent, quelques secondes. Le garçon réapparaît au même endroit, mais les années ont passées...

04Le début d'une longue ascension...

Miike signe avec Fudoh, le film précurseur d'Old Boy, du coréen Park Chan-Wook. C'est une adaptation d'un manga également, mais surtout, il tisse le portrait d'une vengeance préméditée.
Ainsi, l'on verra à l'écran, durant 1h30, l'ascension d'un jeune homme, vers la folie destructrice, assassine.
Un parcours ensanglanté, sombre, sur lequel chaque personnage qui s'y dresse, représente un pion de plus à éliminer.
Le film de Miike prend alors une toute autre dimension. La violence est synonyme de rédemption, les êtres humains sont comme des bâtons dans les roues.
La force de ce film réside dans la puissance qui se dégage des relations entre les protagonistes. Un mélange d'indifférence, allié à un jeu pervers et macabre, comme Michael Haneke a réussi à mettre en place dans son "Funny Games".

Parce que la violence au cinéma, reste difficile à aborder. La suggestion étant une arme imparable, que l'on doit à Kubrick, Peckinpah ou Haneke, il devient difficile de démontrer quelque chose, sans le montrer.
Miike, d'ailleurs, n'est pas du genre à esquiver la violence. Sa suggestion, il l'imagine par un tout autre procédé. L'abbération.

Dans ce souci d'éviter la démonstration de son degré de violence, le cinéaste japonais réussi à faire passer celle-ci comme une simple formalité. L'abbération de son cinéma prend alors tout son sens et tâte même le paroxysme.
C'est une violence prononcée, mais absurde. Aussi absurde que cette femme qui lance des flèchettes grâce à une sarbacane vaginale. Aussi absurde que ses enfants qui se promènent dans la rue et qui tirent sur des adultes. Aussi absurde qu'une femme hermaphrodite qui ne sait pas encore de quel sexe elle se sent le plus proche...

Oui, Miike c'est tout à la fois. Du profondément débile, allié à une profonde morale cinématographique.

Le début de la fin...11

Mais le cinéma de Takashi Miike, avant de n'être vu que comme un défouloir timbré et psychotique, renferme des subtilités importantes. Ici, comme dans "Izo" les enfants ont un rôle important. On pourrait faire un lien avec "Battle Royale" aussi, de Kinji Fukasaku, non pas dans son message, mais dans les rapports qu'entretiennent les enfants avec le monde adulte. Les rapports entre une société de violence et les acteurs qui la compose.

Dans "Izo", Miike n'hésitait pas à faire assassiner des enfants. Dans "Fudoh", ils tuent.
Il y'a cette dualité constante entre monde infantile et monde adulte. Dans "Ichi The Killer" les hommes se massacrent, dans "Visitor Q" les femmes se font frappées. Il y'a encore une fois une dualité, masculine/féminine cette fois-ci.
On devine alors le souhait du réalisateur, dans chacunes de ses oeuvres, de loger tout le monde à la même enseigne. Pas de différences de sexes - La preuve avec cette femme hermaphrodite - pas de différences entre adultes et enfants. Non, rien de tout ça. Juste des hommes, qui naissent et meurent sur cette terre, pour les mêmes motivations.

Conclusion:

"Fudoh" ne raconte pas grand chose de plus qu'une histoire de vengeance. Mais il le fait d'une admirable façon.
Une mise en scène à la hauteur de son auteur, qui n'a plus rien à prouver de son talent.
Si "Old Boy" a tant satisfait ce public occidental, avide de nouvelles sensations asiatiques, il n'en demeure pas moins une adaptation prononcée de "Fudoh".
Mais là ou Old Boy demeurait violent et dérangeant, Fudoh lui, saura vous convaincre par son goût de l'abbération, de l'absurde, et de l'infiniment grotesque...

Posté par a_c_t_e à 15:28 - Cinéma grand public - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 octobre 2006

S.P.L

Film hong kongais de Wilson Yip

Genre: Polar

Année: 2005                                      "Sang pour sang..."

SPL_affSynopsis:

L’Inspecteur de Police Chan et son équipe voient leur vie basculer lorsque la famille qu’ils protégeaient est exécutée sous leurs yeux. Le témoignage qui aurait dû envoyer pour de bon à l’ombre Po, la tête de proue de la pègre locale, n’aura pas lieu. Dès cet instant, Chan décide de stopper par tous les moyens, Po. Pourtant à quelques jours de sa retraite, Chan n’est toujours pas parvenu à le mettre sous les barreaux, et doit passer ses derniers moments à la tête de sa brigade d’intervention à débroussailler le terrain pour son remplaçant, l’Inspecteur Ma...

Introduction:

Retour au cinéma d'action qui a fait la gloire de Hong Kong, quelques décennies en arrière. "S.P.L " littéralement "Sha, Pô, Lang" les trois étoiles dont la combinaison, selon l'astrologie chinoise, est censée amener à la destruction, est un film d'une puissance remarquable.

L'auteur de "Juliet in Love" et "Bullets over Summer" parvient à surprendre le spectateur, dans ce film d'action à la beauté plastique indiscutable, à mi-chemin entre les films d'arts martiaux, et le néo polar hong kongais.

Un film poussé à l'extrême...SPL_05

Dès les premières minutes, le film place la barre très haute, la photographie sublime l'écran, et la musique accompagne les première ébauches du scénario implacable qui prendra vie sous nos yeux.

Même s'il n'est pas l'atout principal de ce film, il n'en reste pas moins très bien écrit, confrontant les personnages entre eux, créant ainsi des liens difficiles à couper.

La première séquence est d'une brillance absolue, à mon avis, car elle instaure le climat d'emblée. Un plan de grue, en mouvement léger, qui fixe l'architecture hong kongaise.

Un bâtiment, une autoroute, puis un bruit qui se fait entendre hors cadre.

La grue monte dans le ciel, la caméra s'incline vers le sol, et l'on voit deux voitures, encastrées l'une dans l'autre. La fumée se mélange à l'air ambiant, les protagonistes à l'intérieur n'ont rien eu le temps de faire.

Wilson Yip sidère le spectateur par sa seule mise en scène. Quelques mouvements seulement, et l'on sait déjà que l'on va assister à une oeuvre spectaculaire.

La suite n'en sera que mieux, les personnages se dessinent, les destins se croisent, se complètent, se confrontent.

Le film pousse à l'extrême, les scènes de combats, de violences, de fusillades.

Sammo Hung, grand et talentueux acteur de l'âge d'or du cinéma d'action hong kongais trouve ici sa rédemption, son ultime rôle, peut être l'un de ses plus beaux.

Une forme incroyable, mais surtout un charisme sidérant. Rarement un méchant n'aura si bien doré son blason.

Costard, cravate, cigare. Mélange récurrent, mais qui prend ici toute sa splendeur par l'interprétation.

Simon Yam, acteur convaincant, sorte de Tony Leung, qui prend son rôle de lieutenant très au sérieux. Puis Donnie Yen, qui a écrit le scénario et réalisé les scènes de combats. Peut être l'un des meilleurs maîtres d'arts martiaux, de toute l'asie. Oublions les Jet Li ou Tony Jaa un instant, bien plus formatés.

Il réalise des scènes de combats d'une fluidité et d'une précision sans égal. Le réalisme de l'action colle à merveille avec l'ambiance du film. Film sombre, glauque, tragique.

Mais c'est surtout le retour aux sources, d'un cinéma sans compromis, sans concessions qui fait de "S.P.L" un grand film.

Il casse un peu le modernisme apporté aux productions récentes, qui lorgnaient du côté des Etats-Unis, par une mise en scène très spectaculaire, des combats volants, des personnages haut en couleur.

Wilson Yip préfère une approche plus réaliste dans les combats, des chorégraphies improvisées selon les déplacements des personnages, et non selon le script original.

SPL_03Entre classicisme et innovation…

On pourrait reprocher à « SPL » un certain classicisme, du moins en apparence. Rien de bien original sur un plan strictement scénaristique.

Que ce soit la construction narrative, ou le récit dans son ensemble, Wilson Yip ne brille pas par un talent d’écriture, mais à contrario, par un sens de l’esthétisme et de la mise en valeur des plans.

Chaque plan à son équivalent, chaque recherche formelle, sa valeur cinématographique.

Comme un diamant que l’on taille pour le rendre parfait, le cinéaste dessine son film pour en faire un diamant.

C’est à dire, que la structure tient la route par la fondation qui le soutient.

SPL c’est un peu ça, la première pierre d’un édifice de grande taille.

L’innovation, je le disais, est à chercher du côté de la mise en scène. Mais aussi, plus profondément, du côté de la photographie.

Chaque séquence laisse place à une lumière enivrante. Les couleurs se fondent dans la noirceur de l’espace, le temps s’arrête.

Wilson Yip réalise une peinture remarquable. Les formes, les traits, les caractères, tout y passe, ou presque.

Puis le montage, agrémente alors, plus qu’il ne souligne, le parcours rédempteur des protagonistes de cette sombre histoire.

Parce que les personnages de Yip semblent morts, de honte, de peur, effrayés par les secondes qui défilent, le temps qui passe.

Ils ont quelque chose à avouer, à dire, ils les renferment, se mentent, pour mieux fuir.

Typiquement asiatique, cette violence brutale de l’esprit sur le corps, ce désir d’échapper au destin, de manière parfois tragique.

Résoudre ses problèmes par le sang, chercher sa rédemption dans la mutilation.

Un polar funeste…SPL_09

Inutile de se voiler la face, le film n’est pas une partie de plaisir. Sa violence quasi systématique, quelle soit morale ou simplement physique, renvoie à la même déduction.

Le mal de l’un, guérit l’autre.

C’est sur cette base que le cinéaste se focalise, n’hésitant pas à incruster à son récit, une sorte de philosophie astrale, vérifiée par l’astrologie chinoise.

Trois symboles, trois sens, une seule définition. S.P.L, pour mener le corps et l’esprit vers la destruction.

Dans quel but ? Guérir les maux, peut être. Ceux qui font mal au cœur, ceux qui rendent fous les hommes qui en souffre.

La chevauchée suicidaire des personnages met l’accent sur le désir de mourir pour fuir.

C’est le quotidien, manifesté par la fête des pères dans le film, qui est au centre de l’histoire finalement.

La sonnerie du téléphone qui retentit durant une fusillade, la femme qui veut parler à son mari, de manière aussi évidente que s’il se rendait au travail le matin, et qu’il avait oublié sa chemise à la maison. La sonnerie qui retentit à nouveau, la fille ou le fils qui veut parler à son père pour lui souhaiter bonne fête.

Ces moments ou l’action faiblit, juste pour sacraliser l’instant d’un amour que l’on ne dévoile pas.

Wilson Yip fait tout ça. A la fois un polar sombre, dans lequel les destins sont déjà tracés, avant même qu’ils ne se croisent, mais aussi une chronique sur l’espoir.

L’espoir d’un père pour son fils, l’espoir d’un amour qui ne faillit jamais, d’un pardon que l’on garde au fond de soi, ou d’une erreur que l’on ne parvient pas à assumer.

Conclusion :

C’est un film formidable que le cinéaste hong kongais nous offre une fois plus. Peut être aussi bon, voire plus, que « Bullets Over Summer » son chef d’œuvre.

« SPL » nous plonge dans l’abîme de la honte, dans la souffrance des être, mais dans l’espoir d’une meilleure vie, quelque part d’autre.

Sombre, violent, parsemé de combats réalistes et magnifiquement chorégraphiés, la dernière œuvre de Wilson Yip est tout à la fois. Un film d’arts martiaux, peut être l’un des meilleurs de ces dernières années, et un polar, tout aussi réussi que les premières œuvres de Woo ou Hark, dans le vieux Hong Kong. Celui de l’âge d’or.

Posté par a_c_t_e à 23:09 - Cinéma grand public - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 août 2006

Yesterday Once More

CHINEFilm hong-kongais de Johnnie To
Genre: Comédie
Année: 2004                            
"Vol au dessus d'un nid de bijoux..."

yesterday_once_moreSynopsis:

Monsieur et Madame To gagnent leur vie en volant des bijoux de valeur depuis qu'ils se sont rencontrés. Alors qu'ils viennent de s'emparer d'un important stock de diamants, le décompte du butin tourne au vinaigre et l'homme décide de divorcer, accusant sa femme de "partage non équitable". Deux ans plus tard, celle-ci est sur le point de se remarier avec un jeune homme de bonne famille dont elle convoite la fortune. Avant même le mariage, elle engage des hommes de main afin de dérober le collier de grande valeur que son futur promis vient lui offrir en gage d'amour. Mais elle se fait doubler au dernier moment par son ex-mari, qui refuse de lui révéler où il a caché le précieux collier…

Introduction:

On ne présente plus Johnnie To, cinéaste complet, spécialiste du film grand spectacle et véritable maître artificier.
"Yesterday Once More" est l'oeuvre qui prouve l'incroyable maîtrise de son auteur, et sa faculté à s'adapter à tous les registres.
Une comédie, chez Johnnie To, c'est également possible, et Andy Lau et Sammy Cheung se partagent la vedette, laissant leur vie de couple, dans le film, s'occuper de tout...
Récit d'un film hilarant, puis dramatique...

Coup de foudre à Hong-Kong...snapshot20060806183748

Mr et Mme To, jeune couple en apparence modèle, lui est un gentleman, elle une femme fatale.
Ils aiment le luxe, et partagent la même passion, le vol de bijoux.
Mais, d'une façon peu commode, et j'oserai même dire, relativement hiarante, les choses tournent mal pour le couple, lorsque dans une discussion, Mr To révèle à sa femme, qu'ils doivent à présent se séparer.
Elle ne comprend pas trop, mais il part en lui expliquant que le partage n'est pas équivalent, - Drôle de raison pour divorcer -
Lorsqu'elle comprend, il est déjà dans son bateau, s'éloignant au large...
Deux années passent, et le couple est à présent dans une relation étrange.
Elle, va sans doute se marier à un autre homme, et lui, refait surface à chaque fois pour l'en empêcher.
Mais c'est surtout sur le terrain, que la guerre est évidente.
Comme dans Mr et Mrs Smith, on a à faire à un couple qui s'auto-mutile, mais de façon plus hilarante que réellement dangereuse.
Ainsi, le film se focalise sur l'humour, mais surtout, s'inspire clairement de certaines comédies Hitchcockiennes, et du True Lies de Cameron.
Ce petit cynisme ambiant, vient en plus relever davantage le petit goût amer que l'humour de To, met en avant dans son film.

snapshot20060806184245Mélange des genres...

Johnnie To est un virtuose de la caméra, de ce fait, il ne pouvait pas filmer de manière classique ou sans apporter à son oeuvre, peu importe le genre, un petit coup de génie.
Du coup, il choisit de faire un film qui mélange les genres, pour pouvoir adapter sa caméra, à chaque situation.
De la comédie de départ, on bascule vite dans le mélodrame, pas larmoyant du tout, mais d'un pathétisme quasi comique.
Le couple uni au début, l'est tout autant à la fin, mais la vie a évolué.
Elle lui annonce qu'elle souffre d'une leucémie, il reste à son chevet.
Bien sûr, on s'écarte de la comédie, il n'y a plus rien de drôle, sauf si l'on apprend que tout est faux, et qu'en réalité elle prépare un coup.
Là, le sourire revient. Elle se moque de lui, comme lui se moque d'elle, mais quelque chose de triste, une nouvelle fois, va arriver...
Johnnie To est un auteur incroyable, il parvient toujours avec grâce et maîtrise, à insufler à son oeuvre, une fraîcheur inouïe.
Comme des notes de musiques, tantôt graves, tantôt aigues, mais toujours justes.

Un dernier coup ?snapshot20060806183919

Finalement, ils sont séparés, mais pour mieux se retrouver, car assurément, ils s'aiment encore.
Elle fait miroiter son nouvel ami, d'un éventuel mariage, pendant que Mr To, l'observe du coin de l'oeil, épiant ses faits et gestes, et lui volant un collier magnifique, que bien sûr madame To, veut absolument obtenir.
C'est un peu le fil rouge du film, le collier de la belle mère de Mme To, est d'une valeur inestimable. C'est en quelque sorte, le coup du siècle.
Monsieur To a réussi le vol de sa carrière, il l'a réalisé seul, et il sait que Mme To reviendra pour l'obtenir.
Il l'a mène en bateau, du début à la fin, lui indiquant des fausses pistes, lui révelant qu'il n'a rien volé, alors qu'elle même sait que son ex-mari l'a en sa possession.
C'est ce fil conducteur qui rend le film si drôle et si intéressant.
La relation "Je t'aime moi non plus" d'un couple que l'on devine d'avance fait l'un pour l'autre, mais qui joue à se faire du mal.
Jusqu'à l'ultime minute du film, jamais on ne décroche, jamais on n'émet le moindre doute quand à l'amour que l'un porte à l'autre.
Et le triangle amoureux, n'est en réalité qu'un couple, et un intru.

Conclusion:

Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un très bon film. Ce n'est pas le meilleur Johnnie To, mais c'est une excellente comédie.
Voilà la clé du succès de ce film, aucune prétention, mais un talent considérable.
Un film qui lorgne sur les genres, qui s'adapte à chaque situation, et qui a le mérite d'être drôle, très bien réalisé, et surprenant à chaque fois.
On a pas l'habitude de ce type de films chez To, et pourtant, force est de constater que c'est très bien fait.
Que demander de plus ? .... Ah si, un autre Monsieur To.... Un autre...

Posté par a_c_t_e à 09:48 - Cinéma grand public - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 août 2006

One Take Only

THAILANDEFilm thaïlandais d'Oxide Pang
Genre: Polar
Année: 2001                                    
"Bang à Bangkok..."

One_Take_OnlySynopsis:

Som se prostitue afin de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère. Bank fait du trafic de drogue et habite chez sa mère, laquelle claque son argent au casino depuis que son mari, le père de Bank, l'a quittée pour la première venue. Dans une Thaïlande minée par la pauvreté, les destins de Som et de Bank vont se rencontrer...

Introduction:

Beaucoup d'histoires entourent ce film.
Des anecdotes qu'un cinéaste se plairait à ne jamais subir.
Nous sommes juste après "Bangkok Dangerous" des deux frères Pang. Le film a très bien marché en thaïlande, de quoi permettre la production d'un futur long métrage des deux frères jumeaux.
Oxide réfléchi alors à un film reprenant la même trame que "Bangkok Dangerous", recréant un univer sombre et pessimiste, de la banlieue de la capitale du pays.
Les producteurs refusent l'idée, et ce qui aurait dû donner "Les bas-fonds de Bangkok" en signe de préquel à "Bangkok Dangerous" devient un film beaucoup plus minimaliste, presque personnel, au nom troublant et à sens multiples "One Take Only"...
Oxide Pang, le plus formaliste des deux frères cinéastes, sera seul à bord, et se lance dans sa première oeuvre en solitaire...
Récit d'un film fort, entre polar et intimisme, formalisme et simplicité...

Un audacieux polar...one_take_1

Difficile de classer ce film dans un genre bien spécifique, tant sa diversité, aussi bien technique que scénaristique est à souligner.
Un mélange abile de génie et de brouillon, que l'on sent pourtant volontaire chez le cinéaste.
Mais ce qui frappe à posteriori, c'est la mise en scène.
A la fois simpliste et radicale, complexe et voluptueuse, à grands coups de décadrages, d'alternance des échelles de plans - passant du gros plan au plan large - puis l'éclairage et la mise en valeur des corps.
La photo chez Oxide Pang - le futur Ab Normal Beauty, en sera le parfait exemple - alterne moments d'une grande noirceur à des contours en couleur, mettant en lumière les personnages hors du champs d'action.
Un peu comme l'acteur d'une pièce de théâtre, qui sur scène est eclairé par une poursuite, alors que le reste est plongé dans l'obscurité la plus totale.
Un parti pris formel, d'une brillance absolue, qui peut cependant surprendre quelques fois.
Notamment lorsque d'un plan raffiné et maîtrisé, le cinéaste enchaîne sur une séquence de qualité moindre, presque brouillone, à l'allure inachevée.
Comme pour faire chuter la sensation d'excellence, et créer une nouvelle surprise à chaque plan.
Un choix narratif particulier des frères Pang, qui d'un instant à l'autre, redéfinissent leur cinéma.
Ici c'est Oxide seul, mais son frère n'est jamais très loin, à quelques encablures seulement, bien qu'il soit davantage centré sur la dimension sociale des personnages.

one_take_4Un montage calculé...

Puis le film prend son envol, l'histoire commence à se former et à nous prendre aux tripes.
on adhère progressivement au concept filmique d'Oxide Pang - J'ai toujours défendu son cinéma et celui de son frère - et l'exubérance du montage prend alors tout son sens.
Oxide est un peu le spécialiste de la répétitions des gestes, des sens, des sons, des bruits.
Son montage, sous forme de "bis repetita" confirme ce positionnement esthétique.
Ainsi, il n'est pas rare d'observer trois fois de suite le même geste ou la même action, dans un flashback ou une séquence d'action.
Puis avec le brio le plus total, parfois même sous trois angles différents.
Cette précision dans le montage, offre un repositionnement de l'action. Redynamise l'observation d'un personnage, ou à contrario, l'isole de son cadre.
Procédé narratif propre à Oxide Pang, que de brouiller l'impression que l'on porte à son égard.
D'une virtuosité technique à une séquence brouillonne, difficile d'émettre un regard juste sur le travail d'un cinéaste que l'on sépare mal de son frère.
Pourtant je tiens vraiment à les distinguer car Oxide ou Danny sont très différents.
Suffit de jetter un oeil à "One Take Only" ou "AB-Normal Beauty" chez Oxide et basculer sur "Leave Me Alone" de son frère Danny.
Un cinéma plus contemplatif touche son jumeau, Une comédie gay, savoureuse, mais loin d'être parfaite sur un plan plus formel.
Il n'empêche qu'elle reste agréable et offre une direction d'acteur remarquable.

Basculement...one_take_5

Revenons à "One Take Only", oeuvre "expérimentale" finalement, très proche par exemple, esthétiquement d'une part et dans sa structure d'autre part, du "Millenium Mambo" d'Hou Hsiao Hsien.
La même ambivalence sonore, les mêmes choix musicaux -Techno rigide et figée - accompagnant la descente aux enfers des protagonistes et enfin, un scénario quasi similaire, du moins la morale qui l'accompagne.
Mais là ou Hou Hsiao Hsien choisit la fixité, les longs plans séquence et le cadrage épuré, subtil et précis, Oxide Pang préfère le montage brut, découpant la continuité des plans, une mise en scène plus fracturée et un cadrage décousu.
A la fois magnifique et d'un coup, plus haché.

Conclusion:

Au final, oeuvre inclassable que cet étrange "One Take Only".
Un film d'action musclé, puis épuré. D'une beauté fascinante, puis soudainement d'une fragilité déconcertante.
Un mélange d'excellence, puis d'un coup de film plus radical.
On ne peut pas dire qu'il s'agisse du plus grand film de l'histoire, dans le genre, mais difficile de dire qu'il ne s'agit pas non plus d'une oeuvre magnifique, rythmée par des séquences anthologiques.
Finalement Oxide Pang c'est ça, un cinéma improbable, à la fois beau et médiocre, mais d'une justesse et d'une audace inqualifiable...

Posté par a_c_t_e à 18:03 - Cinéma grand public - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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