ACTE

Le tour du monde du cinéma...

10 juillet 2007

UN TAXI POUR TROIS (Taxi para Tres)

taxipour3_afFilm chilien d'Orlando Lübbert

Genre: Comédie noire - 2001

Réalisateur: Orlando Lübbert
Scénario: Orlando Lübbert
Directeur de la Photographie: Patricio Riquelme

Avec: Alejandro Trejo, Daniel Munos, Fernando Gomez-Rovira, Christian Quezada et Elsa Pobletes

Avis: sourire_broches_8539

A plusieurs milliers de kilomètres de chez nous, le cinéma existe aussi. Il n'a pas les mêmes moyens, pas le même savoir faire, mais il possède autre chose. On pourrait parler du cinéma américain, du cinéma japonais ou encore Australien. Ceux là sont tous différents, et tous à des milliers de kilomètres.

Tout aussi lointain, mais aux moyens dérisoires, je vais vous parler d'un petit film Chilien. Réalisé par Orlando Lübbert, chilien de naissance mais d'origine allemande. Cinéaste nouveau, ancien architecte et documentariste, revenu au pays pour filmer cette histoire de braquages à l'Italienne.

Ulises est chauffeur de taxi. Son gagne pain quotidien, mais assez peu fructueux. Croulant sous les dettes de sa Lada-Taxi, il a bien du mal à vivre paisiblement, et faire vivre par la-même, sa famille. Le jour ou tout bascule, est la conséquence de sa rencontre avec deux malfrats locaux, spécialistes de vols à la tire, Coto et Chavelo.
Ils vont prendre en otage le pauvre Ulises, et l'embarquer dans leur braquages, à travers la ville, au risque de finir en prison...p2_w434_h289_q80

Orlando Lübbert choisit un ton volontairement tragi-comique. Trois personnages, sortes d'anti-héros, mi-crétins mi-voyous, vivant d'argent facile.
Ulises, on le sent bien, est un homme loyal. Il tente de faire vivre sa famille, durant la crise sociale de son pays. La découverte de l'argent facile va soudainement l'aveugler. Lui faisant quitter le droit chemin, au profit d'un bénéfice à court terme.
Coto et Chavelo eux, paraissent tout aussi loyaux. Pas vraiment des bandits, mais des voyous de bas étage profitant de la crise chilienne pour se faire de l'argent.

Bandits bas de gamme, s'attaquant à une vieille pour lui piquer son sac, ou encore braquer une station service.
Le cinéaste dit s'être inspiré d'une histoire racontée jadis, par un chauffeur de taxi du pays, lorsqu'il était en déplacement. Fait divers lui permettant de raconter dans "Un Taxi pour Trois" cette histoire à la fois drôle et dramatique.
Rapidement, le réalisateur chilien imprime son film d'une touche humoristique. Comédie grinçante, acerbe, au goût amer, il dépeint avec habileté l'état social de son pays, au tout début du 21 ème siècle.
50 ans de retard sur les Etats-Unis, sorte de voyage dans le temps, en arrière, le film est la caractéristique même de la différence de moyens, et de culture qui sépare l'Amérique du Nord, à celle du Sud.
Pas de misérabilisme pour autant, mais on le sent, une volonté de faire au mieux, avec les moyens du bord.
Image granuleuse, vieille caméra en 4/3. Eclairage naturel, parfois très sombre, presque invisible.

p3_w434_h289_q80Marque de fabrique d'un cinéma chilien à la rue. Equipe réduite, acteurs amateurs - Mais très bons - "Un Taxi pour Trois" est un film pourtant remarquable.
Un scénario intéressant, profitant d'un trio de personnages attachants et un retournement de situation final, dramatique et touchant à l'image d'un film sachant parfaitement surfer sur les deux vagues.

Le film relate avec quel acharnement, les personnages désirent d'abord satisfaire leur situation ,avant d'oser faire le mal autour d'eux. Le bonheur est à quelques encablures, mais la malchance aussi.
Le cinéaste de continuer ainsi tout au long du film, passant du sourire esquissé par le spectateur, à l'angoisse, de voir ainsi ses héros, échouer au seuil de la réussite.

Le doute permanent de l'incertitude. L'incroyable ascension de trois destins, sur le point de réussir l'incroyable mais confrontés à la maladresse ou la malchance de tomber, un jour ou l'autre, de très haut.
En confortant le spectateur dans cette incertitude, Lübbert évite le manichéisme. Il évite aussi à ce que l'on s'attende à l'issue des trois personnages. Dotant la fin de son film, d'une surprise de taille. Peut être la fin à laquelle personne ne s'attendait.
Mais il montre bien là, à quel point le cinéma n'est pas qu'une question de moyens, mais surtout d'idée. Une idée rappellant furieusement "L'Ultime Razzia", de Stanley Kubrick. Eloigné cependant de toute influence à ce film, on sent chez Orlando Lübbert, la fougue d'un grand cinéaste en devenir.

Très bon film donc, que ce Taxi pour Trois. Embarquement pour le Chili, réussi pleinement et audacieusement par ce metteur en scène encore inconnu...

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11 décembre 2006

Archangel

Film canadien de Guy Maddin
Genre: Drame
Année: 1990            
"Un chef d'oeuvre venu du froid..."

31Synopsis:

1917, Arkhangelsk: la cité russe ensevelie sous le givre pendant la Grande Guerre. Les gaz moutarde ont endormi la mémoire des soldats qui oublient d’arrêter de combattre, oublient de dormir, oublient qu’ils sont morts. Ils ne se souviennent que d’une chose: aimer. Sans jamais se rappeler qui...

Introduction:

Comment caractériser les oeuvres de Guy Maddin, cinéaste canadien d'origine islandaise, tant elles sont différentes du monde cinématographique actuel.
Nous sommes en 1990, mais rien dans ce film, ne semble d'actualité.
En fait, "Archangel" pourrait être un film des années 20, en pleine période d'expressionnisme.
Parce qu'il demeure hors du temps, mais surtout, d'une audace et d'une complexité rare.
Véritable film d'avant garde, plongée cinématographique de plus de 70 ans en arrière, voici l'histoire d'un film pas comme les autres, voici l'histoire d'un chef d'oeuvre d'outre monde...

Un autre cinéma...arch4site

Première image du film, quelques secondes viennent de s'écouler. Plongeons de 70 ans en arrière, aux origines du cinéma.
C'est la première impression que l'on ressent en voyant les premiers plans d'Archangel.
Image granuleuse, noir et blanc poussiéreux, intertitres. Pas de doutes, il s'agit d'un film muet. Et pourtant, la surprise est de taille, nous sommes en 1990 à cette époque là...

Guy Maddin, cinéaste d'un autre monde, signe son second long métrage. Renouant avec l'expressionnisme allemand des années 20. Décors en carton, cadrage épuré, mise en scène baroque. Gros plans, superpositions, et lumière surréaliste.
"Archangel" étonne, fascine, surprend, en 15 secondes à peine.

Les minutes passent, l'histoire se dessine. Elle se penche sur les songes, les rêves de soldats morts ou amnésiques. La cité d'Arkhangelsk semble fantômatique, comme bombardée par des millions d'hommes qui l'auraient traversé des années durant. Mais le cinéaste invente un monde qui n'existe pas, crée un passé qui n'a jamais eu lieu, il raconte une guerre fictionnelle, qui aurait pu anéantir toute une population.
Le cinéma de Maddin recrée un language cinématographique d'une grande complexité, mais avec une simplicité évidente, celle d'un retour aux sources inattendu au cinéma d'antan, celui ou l'image primait sur le reste, ou les intertitres suffisaient à faire évoluer les personnages dans un contexte bien précis. Celui aussi, ou la parole était absente.
Mais il est aussi un cinéaste novateur, étrangement créatif, capable de moderniser une époque révolue et définie.

"Archangel" est un savant mélange de classicisme baroque et de modernité formelle. La mise en scène met en lumière, un cadrage typique de l'ère muette. Des visages illuminés, en gros plans, des gestes désynchronisés et les lèvres qui bougent, sans laisser sortir de sons.
L'apparence granuleuse du métrage, alliée à un noir et blanc contrasté, vieilli, sale et poussiéreux offre cette allure classique à l'oeuvre de Maddin.

Mais l'originalité apportée aux décors, reconstitutions imagées d'une cité inexistante, offrent une touche moderne à Archangel. Le montage joue la carte du cut rapide, une forme de dynamisme bien typique de l'époque actuelle.

Le cinéaste évoque les formes expressionnistes, ces jeux d'ombres et de lumières projetées sur des décors en pré-fabriqué. Des cartons peints, plaqués sur les murs d'un studio. Une cité inventée de toute pièce, jouant la carte du surréalisme, par ses lieux insolites, et ses formes audacieuses.

archsite3Influences et folies...

"Rappelant à la fois le cinéma muet, certaines images de l'expressionnisme allemand, "Un chien Andalou" de Bunuel, et "Eraserhead", de David Lynch, ce film d'une force visuelle étonnante tranche sur l'ordinaire du cinéma..." C'est à peu près ce que titrait "Le Monde" lors de la sortie du film en France.
C'est une vérité que l'on ne peut nier, tant la qualité du film semble légitime. Parce que Maddin est un cinéaste intelligent, mais surtout, doté d'une extrême audace.

Déjà dans son premier long métrage "Tales from the Gimli Hospital", le réalisateur explorait un aspect formel novateur. Mais au delà de l'esthétique de son oeuvre, se cache une vraie exploration de l'inconscient humain.

Dans "Tales from the Gimli Hospital" l'histoire mettait en scène la folie de deux personnages, qui d'une manière ou d'une autre, ont aimé la même femme. Maddin parvenait à instaurer une ambiance étrange à son film, partagé entre onirisme et conte fantastique d'une étourdissante beauté. Nous étions plongés dans une sorte de cauchemar éveillé mais inconscient, et une distorsion exploratrice de la folie.

Dans "Careful" son troisième long, le questionnement sur l'être humain, pouvait faire référence, dans un même soucis de thématique, à la folie et l'inconscient.

Dans "Archangel" l'exploration de la folie se fait à travers l'oubli. L'amnésie partielle ou définitive des personnages, plongés dans des rêves posthumes, ou réels, les rendent dépendants d'un univers, lui même irréel. A tel point que l'on ne sait plus ce qui est réel, et ce qui ne l'est pas. Parce que Maddin se plaît à tordre son récit, perturbant le spectateur dans des flashs backs teints à la palette graphique et des prémonitions impalpables.

Ombres et symboles...article06

"Archangel" regorge de symboles divers. L'amour bien sûr.
Philbin, aviateur belge qui a perdu la mémoire, et qui ne se souvient plus de sa femme Veronhka.
Le lieutenant Boles, qui aime Iris, une femme morte. Il croise un jour Veronhka, qu'il prend pour Iris.
Veronhka elle, pense avoir perdu la mémoire, et crois que Boles est son mari. Puis Douchnack, femme soldat russe, qui aime Boles.

On parle d'un triangle amoureux, qui se croise, se recroise et qui fini par se perdre.
Avec une maîtrise incroyable, Guy Maddin filme ce chassé-croisé improbable. Sous la neige d'Arkhangelsk, les personnages se neutralisent du regard, se rencontrent et se perdent constamment. Il en est ainsi tout au long de son oeuvre.

Certaines séquences résonnent comme d'étranges paraboles. Des sens cachés peut être, ou des convictions non avouées.
Maddin, comme Lynch, renferme dans son cinéma, un nombre de pièces incalculables. Sorte de labyrinthe filmique, "Archangel" est un vaste territoire inexploré.

Conclusion:

Difficile d'analyser objectivement une telle oeuvre. D'une beauté fulgurante, d'une audace formelle et scénaristique éblouissante, "Archangel" est une plongée baroque et lyrique dans l'esprit d'un créateur complexe mais fascinant.
Guy Maddin, comme David Lynch, sait perdre le spectateur de manière admirable, sans jamais le lâcher totalement. Il le raccroche par des indices, dispersés dans une filmographie audacieuse, d'une justesse étonnante.
Personnellement, il s'agit de l'un des plus beaux films qu'il m'ait été donné de voir, alors Archangel, chef d'oeuvre ?... La réponse paraît évidente...

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04 novembre 2006

Les Lumières du Faubourg

Film finlandais d'Aki Kaurismäki
Genre: Drame
Année: 2006                          "Les lumières du désespoir..."
 

les_lumi_res_du_faubourgSynopsis: 

Koistinen, gardien de nuit, arpente le pavé à la recherche d'une petite place au soleil, mais l'indifférence générale et la mécanique sans visage de la société se liguent pour briser ses modestes espoirs les uns après les autres.
Un groupe de bandits exploite sa soif d'amour et son poste de veilleur de nuit avec l'aide d'une femme calculatrice. Ils organisent un cambriolage dont Koistinen est rendu seul responsable. Et voilà celui-ci privé de son travail, de sa liberté et de ses rêves...

Introduction: 

Rarement, pour ne pas dire jamais, la solitude n'aura paru si belle que chez Kaurismäki.
"Les Lumières du Faubourg" clôt une trilogie entamée par "Au Loin s'en vont les Nuages" et poursuivit par le grand prix cannois 2002, "L'Homme sans Passé".
Une trilogie basée sur la solitude et le désespoir des êtres.
"Les Lumières du Faubourg" résonne comme un hommage direct à Chaplin, et ses "Lumières de la Ville". Minimalisme du cadrage, sens de l'épure, radicalisme formel.
Une alliance sublimée par une prestation d'acteur remarquable.
Récit d'une aventure oubliée, lors du récent festival de Cannes 2006.

Le sens de l'épure...les_lum2 

Caméra plantée au milieu d'un paysage froid et dépouillé. Cadrage fixe, puis quelques mouvements succincts. Nous sommes bien dans un film de Kaurismaki.
Couleur chaude, sur ambiance amère. Le silence est glacial, la solitude règne.
Koistinen, erre dans cette société. Tel un vagabond démuni, solitaire et incertain. La tristesse se lit sur son visage, mais le fatalisme ne l'atteint pas. Il préfère se taire, plutôt que de ne parler pour rien dire.
Le cinéaste dessine la toile de son anti-héros. Un homme bien ordinaire, touché par le quotidianisme d'une vie morose et dépourvue d'intérêt.
Mais dont la brillance de l'aura, va faire ressortir une lueur d'espoir.
Parce que le cinéma de Kaurismakï c'est un peu ça, chercher la brillance d'une étoile, dans une galaxie qui a sombrée dans le noir.
Rapidement, on s'aperçoit du minimalisme de la mise en scène, installé par le cinéaste.
Quelques mouvements qui accompagnent les gestes et les attitudes des protagonistes, mais surtout, un retour au cinéma de gestes et d'expressions.
Sans jouer du dialogue systématiquement, les images parlent d'elles-mêmes. Personnages faces caméra, gros plan sur les visages, flou d'arrière plan. En réalité, on est assez proche d'Ozu. Le système formel Kaurismakien devient alors une évidence. De films en films, il a su instaurer sa touche personnelle, une alliance de froideur et de chaleur des plans.

Le cadrage, se plaît à effacer toute trace de superficialité. Les déambulations de Koistinen sont accompagnées de plans séquences magistraux, tout à la fois simples et complexes.
Le cinéaste balaye l'espace réduit qu'il veut montrer, par des jeux de lumières, des espaces sombres, des objets kitch, ou des zones de noirceurs inouies.
Telle une gouache, le tableau illumine de milles feux le désespoir, pour le rendre merveilleux, somptueux même.
Comme Chaplin, on assiste à la naissance d'un personnage burlesque, naïf et imprécis.
Vaurien notoire, ou être ordinaire, fade et sans âme. Koistinen ne semble être en réalité qu'une forme de spectre. Allure fantomatique, inexistence physique au sein d'une société monotone et monochrome.

les_lum1Défaillance des êtres... 

Les lumières joueront ainsi un rôle essentiel dans l'existence de Koistinen. Titre à double sens, renfermant à la fois les lumières de l'être qu'il représente, mais aussi les couleurs qui entourent son quotidien.
Titre à triple sens lorsque l'on observe l'aura dégagée par son corps. Une aura qui semble éteinte, loin d'être effective.
Et la photographie, de jouer là dedans la contradiction parfaite.
Les personnages s'observent, s'écoutent, se taisent puis se séparent. Chaque forme d'expression est ainsi froidement dessoudée.
La rigidité des corps, l'absence de communication, bien souvent, engendre un phénomène de contemplation. On reste ébahis devant un tel degrés d'incommunicabilité. Parfois des minutes durant, Koistinen taira mots. N'observant que son assiette, ou les détails d'une pièce vide.
Puis comme dans "L'Homme sans Passé", le personnage central est malmené. Déplacé comme un pion, à la recherche d'une histoire, d'un passé dans le précédent film, d'un avenir dans "Les Lumières du Faubourg".
Un avenir autre part, dans une autre vie.

Le cinéaste s'attache à la médiocrité des êtres. Koistinen, lui, déambule dans les couloirs d'un mélodrame stylistique de grande classe.
Personnages sombrant dans les marasmes existentiels, balançant leurs nonchalances de droite à gauche.
Kaurismaki filme l'ennui, le temps qui passe, mais dans lequel rien ne s'y passe.
L'idée du film est aussi de revenir à une forme classique de cinéma. Un film bercé par quelques notes mélancoliques, et un graphisme rétro.
Couleurs kitch, mais habillage millimétré. On sombrerait presque dans la maniaquerie dans "Les Lumières du Faubourg".
perfectionnisme de l'auteur, ou cinéma de perfection, il n'y a qu'un pas.

Fin de l'histoire...les_lum3 

Là ou le film précédent de Kaurismaki, appuyait sur la reconstruction d'un homme en quête de son passé, "Les Lumières du Faubourg" prend le sens inverse.
Le début du film marque l'apogée du personnage, même s'il sombre dans la morosité. Il n'est que victime de la routine, de la pauvreté de l'esprit, mais fini dans une lueur d'espoir, que l'on devine amère, mais existante.

Ici, pas de sentimentalisme, mais à l'évidence, Koistinen ne finira pas dans l'optimisme le plus avoué.
Roué de coups à la fin de son périple, il reste un bon moment assis, à contempler l'horizon infini. On ne sait que trop peu ce qu'il adviendra de son existence, mais il ne marquera jamais les esprits.
L'espoir fait place au doute, mais les lumières restent allumées, la noirceur du quotidien reste en suspend, mais ne frappe pas.
Le personnage féminin rompt avec le fil rouge de l'histoire. L'amour n'est beau que lorsqu'il est réciproque. Et si cet amour ne l'est pas, c'est qu'un autre peut être veille.
Koistinen ne comprendra peut être jamais sa chance. L'amour est à ses côtés, au détour d'une rue, autour d'un hot dog et d'une limonade.

Comme la fin d'une farce, émouvante et drolatique, burlesque et timbrée, le film s'en va. Le générique défile et l'on reste baba d'admiration.
Une larme coule sur le visage, le sourire se lit sur nos visages. On reste assis un bon moment avant de s'en remettre totalement.

Conclusion: 

On aime ou l'on réfute le cinéma Kaurismakien. Mais l'ennui prend de l'importance avec lui et la solitude n'aura jamais parue si belle.
"Les Lumières du Faubourg", cinéma chaplinesque, peinture sublime du désarroi, et de la perversion des êtres.
Peut être le meilleur film de cette année. Chef d’œuvre puissant, fort, juste et d'une immense précision.
Sans doute le grand oublié du dernier palmarès cannois.
Fin d'une trilogie magique, qui dans la noirceur de son propos, aura évoquée les lumières du désespoir d'une admirable façon..

Sublime !

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24 octobre 2006

Romanzo Criminale

Film italien de Michele Placido
Genre: Drame
Année: 2006

  © 2006 Warner Bros. Entertainment Inc.
All rights reserved
                        
"Romance criminelle..."

aca518a713a3f53b262d95b953cae68dSynopsis:

1975. Le Libanais a un rêve : conquérir Rome. Pour réaliser cette entreprise sans précédent, il met en place une organisation criminelle sans pitié. Pendant 25 ans elle se développera et son histoire sera indubitablement liée à la période la plus noire que l'Italie ait connue ces années-là : terrorisme, enlèvements et corruption au plus haut niveau politique.
L'inspecteur Scialoia ne cessera de traquer cette organisation, tout en conquérant le cœur de Patricia, la femme de l'un d'entre eux…

Introduction :

Adapté du roman éponyme de Giancarlo De Cataldo, « Romanzo Criminale » raconte l’histoire d’une organisation criminelle, qui durant 25 ans, va semer le trouble en Italie.
Dans l’ombre des Brigades Rouges, cette petite organisation dirigée par trois amis d’enfance, va se développer, puis devenir l’une des plus importantes du pays.
Récit d’une chronique sociale féroce, sombre et glaciale…

Première partie…Romanzo_critique_photo1

Le film débute par une séquence montrant des enfants qui renversent un homme sur la route. Ils trouvent refuge dans une petite cabane isolée en bord de plage.
L’un d’eux, est grièvement blessé. Les autres tentent de le soulager, mais sont contraints de l’abandonner lorsque la police débarque sur les lieux.
Pendant qu’ils se font attraper uns à uns, il meurt.

Puis le film démarre véritablement, les années ont passées, et les potes d’enfance sortent de prison. Ils ont purgés leurs peines mais décident très vite, de monter ensemble, une arnaque qui prendra l’allure d’une tragique descente aux enfers.
Michele Placido, à l’image des films de gangsters de Scorsese, comme « Les Affranchis » ou « Mean Street » place sa caméra en plein cœur d’un groupe d’homme sans pitié. Le pouvoir, l’argent, le sexe, en fait tous les éléments qui font la gloire de l’homme sont soudainement mis en avant par les protagonistes. Car le cinéaste balaye rapidement l’espace, et dessine le portrait de personnages assoiffés par la richesse.

C’est une prise d’otage qui est le point de départ du film. Le Libanais, décideur propulsé chef de groupe, réclame une rançon improbable, pour la libération d’un homme haut placé.
Il aura l’argent, puis le réinvestira dans l’immobilier, le commerce, la drogue, le sexe.
Pas ou peu de compromis, dans la mise en scène de Placido. A la fois intime avec les personnages, les accompagnant dans leur ascension, ou à défaut, dans leur chute.
Parce qu’il s’agit bien là d’une longue et pénible descente aux enfers. Le film se décompose en trois parties bien distinctes, en réalité, trois points de vue différents. Ou plutôt, trois histoires, trois moments de gloire, puis trois fins inexorables, douloureuses et sans pitié.
La première, celle du Libanais, nous plonge dans l’ascension soudaine de son entreprise. Il n’aime pas grand monde, et n’a qu’un véritable ami, Freddo.

Il rêve de pouvoir, au point d’en faire une obsession. Et le cinéaste le souligne très bien, notamment lors d’une scène dans laquelle il ose révéler son admiration pour Hitler, ou Mussolini.
Le Libanais, on le devine, méprise la bourgeoisie, il crache au visage de l’institution, et se fait hors la loi.
Charisme évident, silhouette d’homme sûr, précis et calculateur. Il ne porte sur lui que les marques d’un passé qu’il tente d’oublier. Une jambe boiteuse, suite à un corps à corps avec les flics, cette nuit  ou il se firent arrêter, lui et ses amis.
Puis cette attirance pour la sauvagerie, la froideur de l’existence. Personnage esquissé par la déchéance, dès sa plus tendre enfance.
On le suivra durant une bonne partie du film, avant que ne résonne sa fin, la chute de son empire personnel.
Ses plus proches collaborateurs, qui retournent leurs vestons de côté, et son meilleur ami Freddo, devenu amoureux, cherchant sa rédemption et une nouvelle vie, d’un coup, lui tourne le dos.
Ce n’est pas tant son empire qui chutera, mais son ego, sa dimension humaine, son charisme de chef. Il est abandonné de ses proches, et signe de la sorte son arrêt de mort. Au détour d’une ruelle, sa fin semble soudain si proche…

62b12917ef4867fa6d4eebf3c481ad9aDeuxième partie…

Freddo, meilleur ami du Libanais, jusqu’à ce qu’il vienne rompre le pacte infantile. Bras droit moral, confident, mais surtout, homme de confiance pour Le Libanais.
Discret, il accompagne les escapades de son patron, et ami.
Le cinéaste fait une admirable transition, car avant la chute du Libanais, on observait déjà l’ascension de Freddo. Prenant du galon, de l’assurance, mais devenant aussi plus humain.

Une bombe éclate à Bologne, il est présent sur les lieux. Les corps déchiquetés au beau milieu de la place de la gare, lui font prendre conscience de la manipulation qu’il subit. Non pas de son propre groupuscule, mais des idéologies politiques. Un coup des Brigades Rouges, sans doute, sorte d’extrémistes politiques révoltés contre l’état.
Freddo veut à présent sa rédemption, il veut effacer les traces du passé, laisser son enfance derrière lui pour mieux se concentrer sur l’avenir. Roberta, une jolie femme qu’il a rencontré, dont il est tombé amoureux. Il lui promet une autre vie, mais doit d’abord quitter sa misérable existence. C’est à ce moment là qu’il choisit de quitter la Magliana, l’organisation criminelle, mais aussi famille.

On est pile avant la mort du Libanais. Parce qu’après cela, c’est une histoire de vengeance qui est mise en avant. Il en oublie ses belles paroles, et s’autorise la liquidation de l’assassin de son meilleur ami. Avant cela, il devra répondre aux accusations dont il est victime, questionné par un enquêteur diaboliquement parfait.
Cette seconde partie permet d’entrer davantage encore dans les relations entretenues par les personnages. Poussant l’aspect psychologique, grâce notamment à une mise en scène radicale, en parfaite décomposition. Cadrage en gros plan, restriction du champs, et minimalisme de l’espace.

La décadence viendra ensuite. Un indic qui balance toute la bande, et le voilà condamné à 30 ans de taule…

Troisième partie…125a7a1b495b4fd29b8eabc689c1badf

La troisième partie, est celle qui met en avant le troisième personnage central de cette organisation. Il est appelé « Dandy ». Attiré par le sexe, il aime plaire et utiliser le pouvoir pour le faire.

Au départ, il n’est que peu bavard, surtout pendant le règne du Libanais. Ou il ne servait qu’à rendre service. C’était un homme de confiance, mais pas un homme d’action. Il prendra du galon lors de l’ascension de Freddo. Devenant le seul personnage mis hors de cause des accusations qui touchèrent l’organisation. Il est néanmoins le personnage le plus recherché, depuis le début, par la police Italienne. Faute de preuves, il ne sera jamais inculpé.

Cette troisième partie permet d’assister à son heure de gloire, lorsque Freddo est jugé et emprisonné pour trente ans.
Homme d’affaire imperturbable, il n’en demeure pas moins affaibli par son attirance pour Patrizia, putain sublime, raffinée et fascinante, également maîtresse de Scialoia, l’inspecteur de police.
Femme de désir, sorte de victime prise dans les mailles d’un système cyclique, sans fin. D’un côté, l’organisation qui la paye et l’utilise, de l’autre, l’inspecteur qui cherche à lui soutirer quelques informations sur l’organisation et plus particulièrement sur le Dandy.
Partagée constamment entre les deux clans, elle ne parviendra jamais réellement à trouver son chemin et ses convictions enfouies…

Dandy demeure ainsi comme la dernière roue d’un carrosse démoli. La dernière pièce encore intacte d’un système écartelé.
Il fait preuve d’une extrême audace en réussissant à faire sortir Freddo de prison, qui sera victime d’une maladie incurable par la suite.

Conclusion:

Le cinéaste, a su tout au long des deux heures trente que durent le film, instaurer un climat tendu, froid et sanglant. Un retour aux sources, d’un cinéma italien politique, d’une grande noirceur.
Comme le livre, le film retrace amèrement les années sombres de L’Italie. Période à la fois tragique et sanglante, qui a aujourd’hui encore, laissée des traces dans le système politique du pays.
La mise en scène emprunte d’un certain radicalisme joue un rôle primordial dans l’instauration de ce climat. La photographie est sublime, passant du noir céleste des polars, aux couleurs sordides des films de gangsters.
Michele Placido, en somme, réalise un film d’une grande classe. Brillante chronique sociale et politique, mais aussi fiction enivrante sur la corruption et la décadence. Tragédie contemporaine, marquée par les vestiges d’un passé maculé de sang, « Romanzo Criminale » c’est aussi ça, une sublime romance criminelle…

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09 octobre 2006

Little Miss Sunshine

Film américain de Jonathan Dayton et Valérie Faris
Genre: Comédie dramatique
Année: 2006                                  
"Famille au bord de la crise de nerfs"

18667455Synopsis:

L'histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes". La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l'hôpital après avoir été congédié par son amant.
Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'Air Force Academy.
Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l'Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus...

Introduction:

Unanimité des spectateurs, unanimité de la presse, applaudi et récompensé à Deauville, voici que sort sur nos écrans le très remarqué, mais néanmoins simpliste, "Little Miss Sunshine" ou comment peindre l'amérique, au travers d'un voyage familial.
Un film tendre, sincère, parfois dur mais souvent drôle. Avec cette pointe de noirceur, ce tissu familial rongé jusqu'à la moelle, on se croirait dans un drame familial, et pourtant, au delà des apparences, le film parvient à rendre positive, cette vie si triste et ennuyeuse... Portrait d'un road movie édulcoré, quelque part entre l'est et l'ouest américain...

Le ton du départ...18472057

Les premières séquences font preuve d'un grand sang froid. Caméra posée quelque part dans une pièce, à capter les gestes et les mouvements. Un malaise se fait ressentir.
On est au beau milieu d'une famille brisée. Brisée par le quotidianisme, par la routine du lendemain. Le fils ne parle plus depuis 9 mois, la fille est l'exemple du rêve américain, désirant devenir miss junior Amérique. Le père est un écrivain râté et fauché, et la mère, bonne femme de foyer, sans réelle ambition.
Ne parlons pas du grand père, cocaïnoman assidu, un peu taré et déconnecté. Manque plus que le beau frère suicidaire pour compléter ce tableau d'un rare pessimisme. Beau frère qui ne tardera pas à faire son arrivée, dès le début du film, se mélant alors à ce tissu familial décomposé.
Le malaise se fait croissant, la caméra toujours placée au milieu des discours et échanges, les pointes de sarcasmes envahissent l'espace et les tensions augmentent.
Puis vient ce coup de téléphone, résonnant comme un gong. Olive, la jeune fillette est autorisée à participer à un concours de beauté, à 1500 km de là, sur la côte Ouest des Etats-Unis.
La joie d'Olive est palpable, celle de sa famille un peu moins. Non pas qu'ils ne soient pas ravi, mais il faut décider qui l'accompagnera. Le fils refuse d'être de la partie, et le grand père n'aime pas être mis à l'écart. Finalement, tout le monde prendra la route, certains viveront ce voyage comme une rédemption, d'autres, comme un ultime voyage, mais avant tout, c'est pour esquisser le sourire d'une jeune fille, remplie d'espoir.

Un mini van, il n'en faudra guère plus pour cette famille pour prendre la route. Le voyage sera long, 3 jours au moins. Ce n'est pas tant le trajet qui paraîtra long, mais davantage les conditions à accepter durant ce voyage.
Des conditions dont l'acceptation se fera par amour, par dignité, plutôt que par désir réel. La haine est tant dans cette famille, que le moindre mot de travers, est sujet à dispute.
Les cinéastes s'en donneront à coeur joie, à mi chemin entre Wes Anderson et les frères Coen, ils vont faire de ce film, un petit bijou inoubliable...

18649642Le voyage de la guérison...

Dès l'instant ou chacun dans le van, à trouvé sa place, le film démarre intensément.
Puis rapidement, on devine que l'amour a encore une place à bord. Même si le sentiment reste en retrait, il est clair qu'il existe.
Mais pour raviver la flamme de l'amour, entre les parents et les enfants, et entre le mari et la femme, ce n'est pas le simple voyage qui fera l'affaire. C'est là que le film prend un tournant inattendu puisque c'est les situations, les évenements rencontrés ou subis par la petite famille qui sera sujet à réconcialiation.
Le van qui tombe en panne, au beau milieu d'une ville désertique, la mort soudaine de l'un des membres, mais surtout son transport assez comique vers la destination voulue, les problèmes de klaxon et la crise de nerfs de Dwayne, le fiston si calme en apparence.
Autant d'éléments qui au fur et à mesure de la traversée, vont rendre les situations tour à tour drôles, hilarantes, tendres, émotives, tristes, puis à nouveau hilarantes.

La mise en scène est dynamique, originale par moments. Les angles de caméra sont relativement bien choisis, et les paysages traversés accompagnent fièrement le road movie.
En fait, nous sommes typiquement dans le film indépendant US. Sans moyens, mais bourré d'idées. Le petit film qui ne prétend rien, et qui vaut tant.
Parce que finalement, au delà du pessimisme de départ, c'est une véritable bouffée d'air frais qui s'empare du spectateur, le forçant à rire, sourire puis éclater d'hilarité.
Un optimisme certain, téléguidé avec maîtrise et profondeur, par le duo de cinéastes.

La fin du voyage...18649643

Mais tout à une fin, qu'elle soit belle ou triste. Ici, inutile de préciser s'il s'agit d'une fin attendue, ou inopinée, mais elle représente l'image de ce film.
Du positif dans le négatif et du bon dans le moins bon. Un indice conséquent pour le spectateur, puisqu'il est confronté depuis le départ au passage de l'un à l'autre.
Une chose demeure certaine, le voyage aura été bénéfique, peu importe l'issue. Parce qu'au final, c'est une solidarité évidente qui en est ressortie. Un parcours rédempteur, mais aussi des instants magiques, ou sans un mot, sans un bruit, l'amour était en suspension dans l'air.
Pas étonnant donc que les cinéastes s'en soient sortis avec les honneurs et les standing ovation. Difficile de trouver les mots justes, ce film est une expérience à traverser, comme le font si amèrement les personnages.
On est un peu membre de cette famille atypique, mais marquée par le traditionalisme américain. Une vie de surenchère, d'artifices, une vie remplie d'étoiles, mais qui se confronte bien souvent à la dure réalité d'une société pas évidente à vivre.
Les interprétations des comédiens sont stupéfiantes. Le beau frère et le fils en premier lieu, absolument grandioses.
Puis la fillette, attachante et le père, attendrissant de drôlerie et de sarcasmes. Le grand père, véritable perle cachée derrière une apparence dépravée puis la mère, en femme incertaine, touchante de par l'amour qu'elle a enfouit au plus profond d'elle.

Conclusion:

Un film remarquable, simple et complexe à la fois. Simple dans sa structure, complexe dans ce qu'il aborde.
Un film pour tous, pour faire réflechir sur nos proches, sur l'amour qu'on leur porte, mais que des fois on a bien du mal à leur avouer. Un film sur le rêve, sur la passion, sur l'amour.
Au final, et ce sera mon ultime mot, "Little Miss Sunshine" peut être le film le plus touchant et le plus drôle de cette année.

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24 septembre 2006

La Science des Rêves

Film franco-britannique de Michel Gondry
Genre: Comédie
Année: 2006                        " Gondry au pays des merveilles"

18647318Synopsis:

Venu travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu'il compense par ses rêves. Devant des caméras en carton, il s'invente une émission de télévision sur le rêve.
Un jour, il fait la connaissance de Stéphanie, sa voisine, dont il tombe amoureux. D'abord charmée par les excentricités de cet étonnant garçon, la jeune femme prend peur et finit par le repousser. Ne sachant comment parvenir à la séduire, Stéphane décide de chercher la solution de son problème là où l'imagination est reine...

Introduction:

Très agréablement surpris par cette "Science des Rêves" sortit de nulle part finalement.
Un petit bout de film, fait à partir de rien, à part quelques idées loufoques et du carton pâte.
Un film fascinant, nous plongeant directement dans les songes.
Des songes que l'on vit tous, la nuit, lorsque l'on dort, mais qu'au petit matin, nous avons bien souvent du mal à mettre en images...

Les premières pièces...18476481

Ici, Gondry dessine une à une les fractures de nos rêves, permettant d'immerger le spectateur dans un défouloir de bonheur et de drôlerie.
Un film qui va au-delà de la simple expérience cinématographique, tant sa forme et son fond exploitent l'essence même de notre subconscient.

Un groupuscule d'acteurs, tous plus attrayants et attachants les uns les autres.
Chabat en sorte de père spirituel ou ami déglingué, un peu taré mais terriblement drôle et inoffensif.
Puis comme ensorcelé par l'existence de l'être humain, et sa véritable quête terrestre, se pose la question de son existence dans une société endormie, guidée par le quotidianisme et l'endoctrinement.
Le personnage loufoque devient subitement un bijou d'auto-critique, parfaitement censé, qui balance sa télé dans un fleuve, comme pour se débarasser de toute la merde qui pollue son existence.

Bernal, admirable petit bonhomme, drôle et touchant, tantôt enfant naïf, tantôt adulte parfaitement réfléchi, qui fait de ses rêves, sa vie quotidienne.
Un homme dont l'enfance et le désir de vivre une autre vie, ne sont jamais très loin.
Sorte de clown, triste ou drôle, qui au-delà de sa manière de voir, espère concevoir.
Un artiste, peintre ou illusioniste, qui cherche la couleur dans un monde gris.
Puis enfin, Charlotte Gainsbourg, admirable femme enfant, femme objet, ou les deux à la fois, jouant le jeu de la séduction, puis réfutant également l'indifférence.
Elle cherche le droit d'exister, différemment, et se plaît à discuter avec ce voisin d'en face, à la fois étrange et discret, puis terriblement exhubérant.

Et Gondry, de jouer là dedans, le chef d'orchestre, qui d'un coup de baguette magique, donne vie à ces pantins de l'espoir et du désespoir, d'une admirable façon.
A grand coup d'ellipses ou d'astuces de montage, on passe des songes à la réalité, chaque fois de fort belle manière.
Le puzzle Gondryesque se met doucement en place, perdant le spectateur, pour mieux le rattrapper ensuite.

18612888Le décor, un personnage à part entière...

Des éléments destructurés, offrant une forme d'abstraction visuelle absolument sublime.
Des décors en carton-pâte, nous voici plongés à l'intérieur de l'esprit d'un artiste.
Comment redéfinir le champs visuel de l'homme, en plein rêve ? Gondry y voit visiblement une forme de construction enfantine, à base de carton, de maquettes, de formes simples et maléables à souhait.
Ce n'est pas de la pâte à modeler, pour bambins de 4 ans, mais presque.
Comme si pour Gondry, l'être humain n'avait en fait qu'une seule façon de rêver, comme peuvent le faire les enfants.

Un monde à la fois coloré et déconstruit. Un monde matériel, rempli d'objets et formes d'apparence dérisoire, qui prennent pouvoir sur le quotidien.
A l'image de Chabat et la télé, mais aussi la machine à remonter le temps, ou le téléphone, serré dans les mains de Stéphane, pour rester en contact avec Stéphanie, sa charmante voisine.

Cette focalisation sur les objets, rend le métrage de Gondry, profondément réussi. Sur un plan technique bien sûr, puisque la mise en scène, fidèle à l'auteur de "Eternal Sunshine of The Spotless Mind" reste le point fort du film, avec son montage, puis sur un plan scénaristique aussi, grâce à une histoire non linéaire, parsemée d'indices et de chemins différents à emprunter.

Les dernières pièces...18612904

Etrange objet donc que ce "rêve" imagé. Surfant du côté rétro, puis futuriste en même temps.
Gondry préférant laisser libre court à la poésie, à l'onirisme, plutôt que d'attérir sur terre.
Semblable à un sachet plastique, son oeuvre est étanche, ne prenant jamais l'eau, ne coulant pas non plus dans les méandres du sentimentalisme ou du gag forcé.
C'est drôle, très drôle. C'est parfois plus attendrissant, mais le rire aux coins des lèvres, ne faillit jamais.

On rit de bon coeur, de plaisir, de bonheur peu importe finalement, l'essentiel étant là.
La galerie de personnages, tissé par le cinéaste, renforce l'attachement que l'on éprouve à cette histoire de souvenirs perdus.
Souvenirs d'enfance, ou d'adolescence, paumés entre un désir de futur atypique, un peu rose bonbon, les personnages, finalement, ne passent leur temps qu'à rêver.
Si bien que l'on se met à penser avec eux, à notre sortie de la salle de ciné. Et si le monde avait changé durant la projection ?

Les rails du tramway ne seraient-ils pas de vulgaires tuyaux, et les bus ? Les voitures ? Les grandes surfaces ? Les parcs publics ? Les routes ? Les machines à laver ? Ne seraient-ils pas des objets animés, vivants, en 2D, en carton ?...
Cette vie rêvée, partir en voyage sans voyager, voler avec des draps, Cogner avec des poings géants, faire de la musique déguisé en lapin .... Tout ça, c'est possible, et on l'a tous vécu.
Ne fusse que de manière symbolique, ou spirituelle...

Conclusion :

Oui, Gondry nous dit tout ça, il l'a vécu lui, et nous interroge sur notre vie et nos rêves.
Ils nous dit que nous aussi, on a vécu tout ça.
Il suffit juste de s'en souvenir, comme l'on se souviendra de son film, sortit un beau jour de 2006, alors qu'il ne savait pas encore, qu'il marquerait le monde du cinéma...

Posté par a_c_t_e à 17:34 - Cinéma d'auteur - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 septembre 2006

Kekexili (Mountain Patrol)

KEKEXILICHINEFilm chinois de Lu Chuan
Genre: Drame
Année: 2006      
"Perdus dans les montagnes..."

Synopsis:

Pour empêcher le massacre des dernières antilopes du Tibet, une patrouille de volontaires part à la recherche d'un gang de braconniers sur les plateaux du Kekexili. Une poursuite impitoyable s'engage entre les deux groupes dans des conditions extrêmes, à 5000 mètres d'altitude...

Introduction:

Il existe des films, parfaitement inconnus de tous mais qui pourtant, au sortir d'un passage bref au cinéma, parviennent à marquer les esprits.
Kekexili est de ceux là.
Un film presque parfait, envelloppé dans un emballage magnifique.
Lu Chuan, dont s'est ici le premier long métrage, réussi un tour de force impressionnant.
En haut de l'affiche, avec son premier film, voilà un cinéaste à surveiller de très près.
Plongeons à présent dans "Kekexili"...

Un film difficile...367_4

Tout commence par un tournage éprouvant, terriblement fatiguant, mais surtout, pratiquement impossible.
Le cinéaste rentre ainsi dans l'histoire du cinéma, en ayant eu l'incroyable courage d'aller jusqu'au bout de son rêve.
Pour situer un peu les difficultés, il faut revenir aux conditions de tournage.
Kekexili est un haut plateau montagneux, perché dans le désert tibétain.
Un désert qui affichait au thermomètre: -20°C.
5 mois de tournage, contre trois prévus initialement, et une équipe réduite de plus de la moitié, passant de 108 personnes, à 40 à la fin.
Des maladies, des difficultés respiratoires, et même le décès d'un producteur de la columbia, qui tentait de venir voir ou en était le film de Lu Chuan.
Le plus difficile cependant, résidait dans le fait d'obtenir les faveurs des tibétains, propriétaires de cette histoire vraie. Lu Chuan a tout fait pour les convaincre de le laisser tourner dans ce désert, l'un des plus dangereux du monde...
Mais au delà des péripeties, le cinéaste prend tout le monde à revers, et réalise l'un des plus beaux films de ces dernières années...

Kekexili sort sur les écrans français fin janvier de cette année, restant à peine deux semaines à l'affiche, dans certaines salles seulement.
Une distribution tout aussi laborieuse que le tournage.
Comme un signe du destin, ou le triste parcours d'un film venu d'ailleurs. Un film viscéral, magnifique, un appel à la beauté du monde, mais une triste vérité aussi.
Celle du massacre de milliers d'antilopes tibétaines, pour la contrebande.
Le commerce illégal de peaux, monnaie précieuse dans cet endroit du monde.
C'est sur ce thème presque documentaire que Lu Chuan transforme l'essai en chef d'oeuvre de fiction...

Simplicité, force et maîtrise...dd

La mise en scène, d'abord. Une caméra observatrice, manipulée avec maîtrise et sens de l'épure.
Une incroyable sobriété, quelques mouvements, des plans fixes, des plans séquence, et cette fluidité stupéfiante.
La photographie, sublime, laissant entrevoir de l'aube à l'aurore, les rayons du soleil, et cette sensation d'immensité.
Immensité dans laquelle l'être humain n'est plus qu'un grain de poussière. Balayé par le vent, ou ensseveli sous les sables mouvants.
Une sensation de gigantisme à l'écran, absolument grandiose.
L'ambiance sonore, ensuite, rappellant à l'être humain, que le danger vient de ce que l'on ne voit pas, de ce que l'on ne sent pas, et qui d'un coup vous emporte.
Lu Chuan effectue un travil sonore sur son film, comme j'ai rarement observé.
Grésillement du vent, silence du désert, crépitement du sable et le bruit des pas, sur ce sol infini...
La musique se fait rare, laissant les sons agirent à sa place. Des sons ambiants formant une douce musicalité, bien plus naturelle et inquiétante.
Enfin, un scénario taillé dans la roche, une aventure humaine fabuleuse, enrichie par les épreuves physiques et psychologiques des protagonistes.

etrgUne épreuve humaine...

Une poignée d'aventuriers, qu'ils soient chasseurs ou chassés, patrouilleurs ou braconniers, qui s'affrontent dans un lieu de fin du monde.
Comme une ultime respiration, le souffle à moitié coupé.
Lu Chuan brosse le portrait de ses personnages, sous deux angles différents. Celui d'un petit groupe d'hommes, frères de galère, compagnons d'aventure et amis, quoiqu'il arrive.
Un groupe fraternel, hissé par les mêmes convictions. Défendre la nature, aussi hostile soit-elle, afin de se laver peut être, de tous ses péchés...
Puis celui d'un autre groupes d'hommes, assoifés par le pouvoir et la supériorité sur l'animal.
Un groupe tout aussi soudé, et paradoxalement, tout aussi humain.
Davantage obnubilés par l'apât, le goût de l'interdit, mais aussi le besoin de survivre pour nourir sa famille.
Une devise condamnable, certes, mais tout aussi logique que celle de défendre ses pauvres bêtes, pour gagner sa croûte.
C'est avec ce regard, neutre et sans parti pris, que le cinéaste dessine au fur et à mesure, les traits de son long métrage.

Conclusion:

Un film qui va au-delà de tout, au-delà de l'expérience humaine, au-delà de l'expérience visuelle. Un film OVNI, grandiose et magnifique.
La simplicité n'est-elle pas la plus belle des façons pour un film, de faire passer un message ?
Si tel est le cas, alors "Kekexili" est un chef d'oeuvre... Sinon, il est un film fascinant, comparable à rien, unique en son genre, et d'une beauté foudroyante.
On a envie de dire merci au destin, d'avoir permis à une telle perle de se former, et briller de son éclat...

Posté par a_c_t_e à 11:30 - Cinéma d'auteur - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 août 2006

Sue perdue dans Manhattan

ETATS_20UNISFilm américain d'Amos Kollek
Genre: Drame
Année: 1997                                             
"Alone in the Dark..."

sue_perdue_dans_manhattanSynopsis:

Les errances d'une jeune femme seule et sans emploi qui vit a New York. Sue a quitté depuis longtemps sa province, sa famille et ses amis pour New York. Elle a perdu son emploi de secrétaire et ne peut plus payer son loyer. Attirante et sexy, elle s'en remet au hasard des rencontres inattendues d'un soir pour soulager sa solitude. Armée d'une tenacité surprenante et d'une grande dignité, elle essaie de nouer des relations d'amitié avec des femmes pour alléger son chagrin...

Introduction:

Silhouette écorchée, splendide et dégénérée. Corps encore criblé des stigmates de la vie New-Yorkaise, l'histoire de Sue, perdue dans Manhattan, femme fragile et incertaine, à la fois belle et défigurée, dont le désarroi et la solitude, va la plonger dans un gouffre sans fin...
Un film fort et poignant, caméra plantée dans les bas-fonds New-Yorkais, Amos Kollek, cinéaste indépendant magnifie l'image, offrant de l'espoir au désespoir, et de l'amour à la haine...

Un plongeon dans la ville...sue1

Le cadre est à l'image du film, bancal, incertain, tiraillé par le doute.
La caméra gigote, elle accompagne les mouvements, les rend plus forts, moins forts, puis le calme frappe soudainement.
Sue, est seule, seule dans cette immensité, une gigantesque mégalopole qui ne demande qu'à être traversée.
Mais Sue schématise son parcours, elle ne sort qu'à certains moments de la journée ou de la nuit, se rendant dans les mêmes lieux, sirotant un café, puis deux, puis trois, puis plus rien.
Puis elle rentre chez elle, croisant un voisin de palier, lui fredonnant quelques mots à l'oreille, en ramassant son courrier.
Une facture, puis deux, puis trois, puis un coup de téléphone.
Son proprio la menace d'expulsion, Sue est condamnée à errer, pour trouver un boulot, de quoi payer son loyer.
Le film pose les bases d'un phénomène assez fréquent dans les grandes villes.
Une forme avancée d'incommunicabilité, d'incompréhension, d'indifférence.
Un mélange des trois peut être, avec comme toile de fond, un personnage troublé, perdu dans ses pensées, incompris et dénué de bonheur.
De manière virtuose, le cinéaste agite sa caméra, carressant dans le sens contraire, une héroïne atypique, sorte de figure emblématique du désarroi collectif.
Une femme belle d'apparence, mais sale à l'intérieur. Rongée par un passé troublant, dont elle préfère oublier l'existence.
Sans doute fille unique, femme frustrée malheureuse en amour, elle trouve réconfort dans l'échange des quelques mots qu'elle sort de sa bouche en croisant dans la rue un vieil homme lui demandant de voir ses seins, ou encore en discutant avec un homme assis derrière elle dans une salle de restaurant.

sue2Le début de la fin...

De ces rencontre anodines, Sue en tire les bénéfices adéquats. Pleurant les larmes de son corps pour préserver sa dignité, et riant fièrement avec des amies d'un jour, rencontrées au grè de sorties nocturnes.
Puis Sue découvre Ben, homme élégant, qui jongle sa vie avec son travail.
Le bel homme voyage beaucoup, errant lui aussi seul, loin du cocon familial.
Son destin attire Sue, qui redéfini le sens du mot amour. Un flirt de courte durée puisque Ben s'en va en Inde.
L'élégance et la sincérité de la relation de ces deux êtres déchûs, comme un signe du destin, ne se concrétise pas, et Sue, est à nouveau abandonée, livrée à elle même.
Mais Lola se trouve là, en bas de la rue dans un bar, elle lui propose son aide...
L'amour cède, mais l'amitié renaît. Sue sent qu'elle peut se faire une alliée, une amie, une confidente.
Bonheur une nouvelle fois écourté, Lola s'en va étudier en Californie. Sue, comme un cycle perpétuel, est à nouveau seule...
Amos Kollek évite toute forme de misérabilisme, conférant à son oeuvre une saveur particulière.
Il ne juge, ni ne condamne personne, refusant l'empathie spectactorielle, ou le mélo larmoyant.
Le spectateur seul, conclue le film à sa façon, gardant en mémoire l'image de fin.
De façon optimiste, ou pessimiste, de toute manière l'objectivité sera remise en cause, car le film ne laisse pas les clés en main.
Il déroule son manteau de hasards et de coincidences.
La vie étant un hasard total, parfois gaie, parfois triste, mais n'épargnant personne.

Sue...Perdue dans Manhattan...sue3

Sue pense peut être depuis le début à cette notion de hasard. Elle refuse de se laisser prendre au jeu de l'attachement.
Elle s'auto-mutile, whisky dans la main droite et clope dans la main gauche, en se défendant de vivre longtemps.
Pour éviter le chagrin lié à la perte d'un proche ou d'un mari, ou encore pour s'éviter les problèmes d'amitié foireuse, les demandes d'argent ou les prises de parti, elle condamne les liens affectifs qu'elle pourrait éprouver.
D'extérieur, Sue paraît maîtresse de son destin, alors qu'en réalité elle ne maîtrise rien.
Sa carapace robuste l'empêche de s'envoler, elle est cramponnée à la désillusion, au mécanisme radical de la déchéance.
Mais après tout, tout est un choix personnel...
De facto, Amos Kollek parvient à instaurer les codes de sa narration. Il parvient à rendre attrayant, une histoire qui ne l'est pas en surface.
Caméra portée à l'épaule, dynamique et sensuel, il dessine le portrait d'une femme blessée, qui cherche le bonheur là ou il n'existe pas.

Conclusion:

Solitude, cri de douleur ou d'agonie, et pourtant terrible espoir d'une femme qui ne demande rien d'autre que la solitude, malgrè l'apparence qu'elle en donne.
Un film magistral, simple comme bonjour, qui redonne à la fois goût en la vie, et en ressort tous les aspects négatifs.
Un film ni positif, ni négatif, mais qui évoque les deux impressions.
Amos Kollek, nom méconnu du grand public, et qui mérite pourtant que l'on se penche sur son oeuvre.
"Sue perdue dans Manhattan", un vent d'air frais dans toute la grisaille du cinéma moderne...

Posté par a_c_t_e à 02:43 - Cinéma d'auteur - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 juillet 2006

Vagues Invisibles (Invisible Waves)

THAILANDEFilm thaïlandais de Pen-Ek Ratanaruang
Genre: Polar
Année: 2006                                          
"Le vent du large..."

Vagues_InvisiblesSynopsis:

Macau. Un jeune chef d’entreprise débordé, Kyoji, est contraint d’assassiner l’amour de sa vie, Seiko. Il s’exécute et se retrouve submergé par la culpabilité. Pour fuir ses tourments et éviter une probable arrestation, il quitte la ville et traverse la Thaïlande. Mais l’éloignement n’empêche pas les tourments qui ne le quittent pas. Au cours de son voyage, il se lie d’amitié avec une séduisante jeune femme, Noi, mais petit à petit, Kyoji perçoit en elle un comportement étrange, et très vite il perd confiance...

Introduction:

Je l'attendais ce nouveau film du réalisateur de "Monrak Transistor" et "Last Life in the Universe".
Deux oeuvres de qualité incontestable, dans deux registres bien différents.
Mais ce fut surtout le second, qui laissait une impression de chef-d'oeuvre. Un film maîtrisé, à l'esthétique remarquable.
Ici, les ingrédients semblent une nouvelle fois réunis, sous forme de récit cyclique, dans lequel chaque objet est à sa place, dans une mise en scène d'une immense sobriété, alternant rigidité des corps, et douceur d'un cadrage minimaliste, mais Ô combien formel...
Au bord de l'autisme, Tadanobu Asano offre l'un de ses plus beaux rôles, et fait de ce film, un chef-d'oeuvre à la limite de la perfection, explications....

Descente aux enfers...Vagues_invisibles_3

Le ton est donné dans les premiers instants, plan fixe, corps rigide et sans mouvement, Kyoji semble errant, avant même de n'avoir commis le moindre geste.
L'opacité de la scène, sa transparence visuelle, transcende l'image, les couleurs sont froides, mais belles, grâce au travail du meilleur chef opérateur actuel, je pense, Christopher Doyle, que l'on connaît chez Wong Kar-Wai, ou prochainement au cinéma dans le nouveau film de Shyamalan (mon dieu quel joie.........)
Une impression de noirceur, qui isole l'action, dans son stricte cadrage.
On imagine assez mal le monde qui entoure Kyoji, parce qu'il est comme prisonnier par le cadre du cinéaste, renfermant des objets, des tableaux, par une mise en scène décomposée.
Une réalisation qui marque une rupture dans les mouvements, préférant le cadrage fixe, pour photographier une démarche, un pas, un geste.
Cette facilité dans le désaxement, presque hors champs, offre une possibilité de lecture inédite chez Ratanaruang, car le formalisme de ce "Vagues Invisibles" ne ressemble en rien à la structure de ses précédentes oeuvres.
Bien que "Last Life..." emprunte quelques idées à ce "Vagues Invisibles", à moins que ce ne soit l'inverse...Sans doute...

Vagues_invisibles_5jpgAu bord de la nevrose...

Une fois l'acte commis, Kyoji n'est plus que l'ombre de lui même, tiraillé entre doute et remords.
Les personnages qu'il va croiser sur son chemin, sans autant que lui, des fantômes d'une vie passée. Refuge des laissés pour compte, ils se retrouvent sur un bateau de croisière, en direction de Phuket, en Thaïlande.
Et ce qui ne devait, dans un film standard par exemple, ne durer qu'une fraction de seconde, dure ici une eternité, comme les vagues inlassables, qui se frottent à la coque d navire.
La séquence du bateau est longue, comme un chemin de traverse, comme le parcours d'un assassin qui cherche sa rédemption.
Kyoji découvre le voyage, la solitude, la mort...?
De ses longues enjambées, à travers les étroits et interminables couloirs du bateau, il découvre le calme, de manière frontale, radicale.
Un radicalisme, allié à un sens de l'épure chez Ratanaruang, qui plonge le spectateur, à coup de sonorités anodines, bruits de coque rouillée, ou mouettes criant au large, une frustration certaine.
Frustration dans le bon sens du terme. Ce désespoir de ne rien connaître, de constater la déchéance morale d'un homme qui a sacrifié son existence pour de l'argent, pour une mission d'une dimension qui dépasse la simple cohérence humaine.
Kyoji, se lave de ses pêchés, en cherchant ailleurs, la même solitude qu'au plus profond de son âme...

Le début de la fin...Vagues_invisibles_1

L'arrivée à Phuket se fait dans la paranoia la plus totale, persuadé (à raison) d'être poursuivi, Kyoji passe son temps à se cacher, dans des endroits ou l'affluence n'existe pas.
Des ruelles sordides, un hôtel poussiéreux, une piscine fermée par des sapins et des arbres.
Une façon de fuir le quotidien, de fuir le monde. Monde auquel il n'appartient plus, depuis longtemps déjà.
Ratanaruang, à travers son récit évoque le destin de ses personnages.
Cette même inexistence au sein d'un monde, cette même apparence fantômatique, ce même passé qu'ils cherchent à fuir, et au final, une trajectoire similaire.
Kyoji, on le sait depuis le tout début, veut mourir.
Son voyage n'est que prétexte à effacer son apparence physique, gommer son existence, son identité.
Mais sa moralité, elle, restera intacte, tant qu'il ne se sera pas supprimé.
Toute la morale du film réside dans cette réflexion. L'homme peut-il tout oublier ?
Vraisemblablement, le cinéaste cherche à confondre physique et psychisme.
L'ambiance de son film le prouve, le cinéaste cherche à travailler l'amplitude d'un espace sonore, créant des sonorités à partir de mouvements, discordants et timides.
Ou encore, la désorientation provoquée par le montage, perturbant toute notion de temps et de lieu précis.
Comme dans "Last Life" le décor avance, et les personnages reculent...

Conclusion:

Le cinéma de Pen-Ek Ratanaruang, c'est confronter l'homme à ses propres peurs. C'est effacer la notion de sentiments, au profit d'un regard glacial et distant sur une situation, mais c'est aussi, beaucoup d'humour dans des moments d'une grande noirceur.
Le cinéaste thaïlandais prouve avec ce film, toute sa dimension artistique.
Entre polar et drame mélancolique, "Vagues invisibles" est ce vent du large, que l'on ne parvient jamais à dompter. Cette vague qui jamais ne s'arrête de se former, prête à tout engloutir sur son passage.
Le plus beau film de cette année, parce qu'il ne se vante de rien, il se forme telle la nature, évoquant un doux parfum de mélancolie chez le spectateur.
Plongé entre onirisme et surréalisme, on ne peut que se laisser emporter par la vague...

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14 juillet 2006

Takeshis'

JAPONFilm japonais de Takeshi Kitano
Genre: Comédie dramatique
Année: 2005                      
"Un acteur peut en cacher un autre..."

Takeshi_sSynopsis:

Beat Takeshi vit la vie irréelle d'une célébrité du show biz. Son sosie, un caissier timide, rêve aussi de gloire. Après avoir croisé l'original, et subi plusieurs auditions frustrantes, le sosie semble tomber mystérieusement dans un état imaginaire, qui mêle des aspects de la vie réelle de Beat et sa violente personnalité à l'écran...

Introduction:

Un nouveau film de Kitano pour moi, c'est un peu comme si Kubrick était encore en vie et sortait un nouveau film.
C'est un bonheur sans précédent qui s'empare de moi à chaque fois, et je me précipite au cinéma pour voir sa nouvelle oeuvre.
"Takeshi's" c'était pour moi l'occasion rêvée de recoller au cinéaste, qui après un décevant "Zatoichi" me semblait perdu dans les méandres d'un cinéma devenu plus commercial.
2 années d'attente, pour un résultat à la hauteur de ce que j'espérais, et peut être un peu plus encore...

Un film de rupture...Takeshis2

En fait, dès le départ on assiste à une mise en scène surprenante de la part de son auteur.
Le traditionnel plan fixe d'introduction, chez Kitano, est ici remplacé par un cadrage en mouvement, une troupe de soldats américains qui s'avancent dans un étroit couloir.
La photographie est remarquable, et le montage, vient casser cette atmosphère en insérant un plan de corps, allongés sur le sol.
Parmi eux, Kitano, qui observe les alentours et remarque devant lui, un soldat américain qui le fixe.
Une ellipse abile et fascinante plonge à présent le récit dans une pièce sombre, Kitano tient une arme à la main, et dans la droite lignée du polar, fait face à son ennemi, lui aussi armé.
Le cadre est propre, la photo fabuleuse, l'image légèrement granuleuse, et le suspense est au rendez-vous.
Les deux hommes s'observent puis la tuerie commence.
Une scène de gunfight, entre yakuzas, récurrente chez le cinéaste, qui utilise cette fois les ralentis, un peu à l'image de Sam Peckinpah par exemple, dont Kitano reproduit ici fièrement, la même virtuosité.
D'un coup, la caméra recule, elle recule tellement qu'elle quitte le film pour nous montrer l'écran d'une télévision.
Il s'agissait d'un film, le vrai Kitano est là, assis autour d'une table, à jouer au Mah-Jong.
Ses partenaires d'un soir le félicite de sa performance d'acteur.
Et voilà comment en l'espace d'une scène d'introduction, Kitano trompe le spectateur de manière très subtile.
La suite n'en sera que davantage surprenante...

Takeshis1Le film de la maturité...

Premier constat, pour tout fan de Kitano, la mise en scène a radicalement changée d'allure, elle est devenue plus mature, plus réfléchie, dans sa simple structure.
Constamment fixes, ses plans sont devenus soudain plus en mouvements.
A l'image de nombreux travellings, latéraux pour la plupart, voire circulaires.
Un peu comme dans le cinéma de Jarmusch, Kitano semble avoir trouvé une nouvelle façon d'accompagner latéralement, l'errance de ses personages.
Puis, il utilise aussi une grue, permettant des plans larges, beaucoup plus conséquent.
Une vision d'ensemble, qui jusqu'à présent, restait très restreinte chez le cinéaste, plus à l'aise dans des décors fixes, servant de toile sur lesquelles il pouvait dessiner son récit.
Kitano le peintre, qui parvenait à embarquer le spectateur dans ses fresques colorées, dans "Dolls" par exemple ou "Hana-Bi" lâche ici son costume, pour ne se contenter que d'être un cinéaste qui manie l'image comme un "réalisateur".
Son cinéma semble en parfaite rupture avec ce qu'il a fait avant, comme s'il avait oublié son passé, pour se refaire une santé, avec quelque chose de beaucoup moins palpable.
Parce que "Takeshi's" c'est ça, un film improbable, un OVNI que seul Kitano pouvait réussir à mettre en scène, ou peut être David Lynch.
Parce qu'il y'a assurément des idées lynchéennes dans ce film, notamment dans toutes les séquences de rêves, du vrai-faux Kitano, le caissier, pas l'acteur.
Une scène avec une route jonchée de cadavres, que Kitano en chauffeur de taxi s'amuse à éviter, accompagné dans son véhicule de deux sumos de 300 kilos, un attaché de presse, normalement chauffeur de taxi, et un petit enfant (celui de Zatoichi) transformé pour l'occasion en acteur de théâtre marionnettes, comme dans "Dolls".
Une scène de fou, pour les fous...

Variation autour du "double"...Takeshis3

C'est un vrai film schizophrène que Kitano a voulu démontrer. Un film dans lequel les idées ne s'emboîtent pas toujours, afin de perturber le spectateur, un film qui pose clairement la question de la double identité.
Sauf que rien n'est linéaire ici. Toute idée de solution évidente est réfutée. La lecture première de ce film rend impossible la compréhension, il faudra attendre une seconde, voire une troisième vision, pour déceler les éléments d'un puzzle gigantesque, complètement fractionné.
Mais disons que le première lecture permet une multiplicité d'hypothèses, que tout fan du cinéma Kitanesque va s'amuser à emboîter.
La notion de songes, entremêlés à une réalité tout aussi irréelle.
Comme s'il s'agissait, au delà du principe du film dans le film, d'une idée de rêve dans le rêve.
Finalement, la seule cohérence possible et avérée demeure celle de la personnalité du récit.
Kitano parle de lui, de son cinéma, du regard qu'il porte sur lui même, mais aussi de celui que l'on porte sur lui.
Une autobiographie bafouée et cachée derrière un cadre plus fictionnel, mais typiquement Kitanesque.
Des allusions à certains de ses films, "Aniki mon frère", "Sonatine", "Getting Any" ou encore "Zatoichi".
Le cinéaste balaye sa filmographie, reprenant ses récurrences, mais aussi ses manies.
De la contemplation de ses personnages, assis fixement au bord d'une plage, en passant par les tueries entre yakuzas, de l'humour sordide ou imbécile provenant d'abrutis évidents, scènes vues sous différents points de vue, personnage d'emmerdeur, ici incarnée par une femme, véritable tête à claque qui suit Kitano partout dans le film, en se mêlant de tout, autant de choses, à la fois variées et contenues, qui rappellent fièrement le cinéma du Kitano des débuts.
Sauf que ce qui trouvait logique avant, est ici, perpétuellement remis en cause, bousculé, mélangé, jusqu'à se trouver totalement abstrait et onirique, impalpable et dérisoire.
Jusqu'au final, explosif, magistral, virtuose, qui ponctue un film cyclique en tout point, qui aussitôt fini, pourrait redémarrer....

Conclusion:

Finalement, "Takeshi's" dans tout ça, marque un renouveau dans le cinéma de Takeshi Kitano, comme une sorte de contemplation de sa propre oeuvre et sa propre existence.
Une remise en question, une rupture dans son cinéma.
Mais au delà de ça, il s'agit surtout de l'une de ses plus belles oeuvres, je dirai la troisième, derrière les deux chefs d'oeuvre que sont "Dolls" et "Hana-Bi".
En allant au cinéma, je m'attendais à du bon Kitano, sûrement quelque chose de mieux que "Zatoichi", mais je ne pensais certainement pas avoir à faire à l'un de ses meilleurs films.
C'est donc une demi-surprise, qui fait que Kitano, non seulement confirme ce que l'on pense de lui, mais surtout, prouve une nouvelle fois, sa capacité à remettre en cause systématiquement, les ficelles de son art.
Un artiste qui se moque totalement de ce que les gens pensent, qui continue de faire du cinéma pour faire rêver, mais surtout, pour s'amuser lui même, loin des méandres du cinéma commercial...

Posté par a_c_t_e à 13:03 - Cinéma d'auteur - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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