ACTE

Le tour du monde du cinéma...

19 juillet 2007

MY LITTLE EYE

my_little_eyeANGLETERREFilm britanique de Marc Evans

Genre: Horreur - 2002

Réalisateur: Marc Evans
Scénario: David Hilton, James Watkins
Directeur de la Photographie: Hubert Taczanowski

Avec: Sean C.W Johnson, Jennifer Sky, Kris Lemche, Stephen O'Reilly, Laura Regan et Bradley Cooper.

Avis:

number_one_respect_953

Parfois, il existe des films dont on entend peu parler. Des films qui sortent du circuit de distribution classique en étant finalement très peu représentés dans les salles de cinéma. Cela s'explique souvent par le nombre de tirage des copies - Moins de copies, moins de salles - Mais aussi le manque de publicité entourant la sortie du film.
Ici, on est en plein dans ce que l'on appelle un film à petit budget.

Petit budget, petits moyens, et donc marketing à la ramasse. C'est un peu ce qui a fait faux bond à ce film sans prétention aucune, et pourtant, très bon.

Marc Evans, réalisateur anglais, assez méconnu de surcroît, tente avec "My Little Eye" un pari à la fois audacieux et osé.
Celui de réussir un film d'horreur expérimental, avec un budget dérisoire, en espérant sauver sa carrière de jeune cinéaste, après le double échec de ses deux précédentes oeuvres.mylittleeye2

Pas facile d'entrer ainsi en contact avec un public qui jusqu'à présent n'a pas sû suivre le flaire d'Evans, jeune cinéaste talentueux mais incompris.
Jamais deux sans trois avec "My Little Eye", qui vient pourtant contredire l'expression, par la qualité notable et certaine de ce troisième coup d'essai.

Essai transformé de belle manière, autour d'une histoire un brin classique, mais dotée d'une mise en scène en béton. Pour situer le décor - Le film a été tourné au Canada - 5 jeunes se laissent enfermer pendant six mois, pour les besoins d'un programme de télé-réalité diffusé sur internet, dans une maison équipée d'une multitude de caméras qui épient le moindre de leur mouvement. Un million de dollars est promis au vainqueur. Une seule règle : aucun des cinq participants ne doit quitter la maison durant le jeu. Si les débuts se déroulent sans encombre, les rancoeurs et les jalousies aidant, la situation ne tarde pas à se dégrader.

Décor en huis clos principalement, avec quelques prises de vues extérieures, pour rompre la claustrophobie du spectateur. Economie de moyens évidente, caméras fixes, filmant en numérique, assurément on se trouve dans du film à petit budget.
Mais un petit budget efficace qui vient lorgner du côté des "Blair Witch" et consorts. Avec une audace monstre, celle de perturber l'équilibre psychologique du spectateur.

Par ses cadrages, parfois vicieux, stylisés, bord cadre, flous, on assiste à de la vidéo surveillance en permanence, renforçant l'aspect télé-réalité et observation.
Cette impression d'observation justement, est parfaitement rendue opressante, par un rythme très lent dans les mouvements de caméra. Comme un oeil, manipulateur et vicieux on observe la déliquescence des personnages, tombant peu à peu dans la folie.

mylittleeye3Le cinéaste réussi un incroyable pari. Parvenir à rendre possible le sentiment d'enfermement psychologique de ses protagonistes. Ainsi, l'étouffement puis la claustrophobie viennent envahir des héros en mal d'ouverture sur le monde. En rompant tout contact avec le monde extérieur, la folie gagne le pas sur la raison, délivrant alors la partie sombre de l'être humain.

Cette attitude de malaise, de folie semble tout à fait réaliste, dans la manière qu'a trouvée Marc Evans pour la restituer.
Malgré des difficultés à tenir l'histoire tout à fait cohérente du début à la fin, on sent une volonté chez Evans à rester fidèle à l'aspect expérimental de son oeuvre.

Clairement, le film insiste sur la thématique de l'observation. Observation psychologique, physique, ludique, cruelle.
Si la récurrence du mot "Producteurs" est de mise, c'est aussi peut être une belle métaphore sur le monde du cinéma, sur son exploitation, sa distribution, sa perversité.

Belle vision du monde télévisuel également, en se moquant délibérement mais subtilement de la mode télé-réalité. De la mode loft story et survivor, du voyeurisme audiovisuel.
Sous la forme de l'horreur psychologique, le film ne fait pas peur par sa forme, mais davantage par son fond. Neutralisant ainsi une profonde réflexion sur l'effet voyeuriste actuel et sur son impact évident sur la société américaine et la mondialisation qui l'accompagne.

Bel effet de style que ce petit film, qui par quelques cadrages et une histoire qui tient la route, parvient à instaurer un climat d'opression rarement atteint ces dernières années.

A ranger du côté du projet Blair Witch, ce film d'horreur peu conformiste est une franche réussite...

Posté par a_c_t_e à 09:57 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juillet 2007

UN TAXI POUR TROIS (Taxi para Tres)

taxipour3_afFilm chilien d'Orlando Lübbert

Genre: Comédie noire - 2001

Réalisateur: Orlando Lübbert
Scénario: Orlando Lübbert
Directeur de la Photographie: Patricio Riquelme

Avec: Alejandro Trejo, Daniel Munos, Fernando Gomez-Rovira, Christian Quezada et Elsa Pobletes

Avis: sourire_broches_8539

A plusieurs milliers de kilomètres de chez nous, le cinéma existe aussi. Il n'a pas les mêmes moyens, pas le même savoir faire, mais il possède autre chose. On pourrait parler du cinéma américain, du cinéma japonais ou encore Australien. Ceux là sont tous différents, et tous à des milliers de kilomètres.

Tout aussi lointain, mais aux moyens dérisoires, je vais vous parler d'un petit film Chilien. Réalisé par Orlando Lübbert, chilien de naissance mais d'origine allemande. Cinéaste nouveau, ancien architecte et documentariste, revenu au pays pour filmer cette histoire de braquages à l'Italienne.

Ulises est chauffeur de taxi. Son gagne pain quotidien, mais assez peu fructueux. Croulant sous les dettes de sa Lada-Taxi, il a bien du mal à vivre paisiblement, et faire vivre par la-même, sa famille. Le jour ou tout bascule, est la conséquence de sa rencontre avec deux malfrats locaux, spécialistes de vols à la tire, Coto et Chavelo.
Ils vont prendre en otage le pauvre Ulises, et l'embarquer dans leur braquages, à travers la ville, au risque de finir en prison...p2_w434_h289_q80

Orlando Lübbert choisit un ton volontairement tragi-comique. Trois personnages, sortes d'anti-héros, mi-crétins mi-voyous, vivant d'argent facile.
Ulises, on le sent bien, est un homme loyal. Il tente de faire vivre sa famille, durant la crise sociale de son pays. La découverte de l'argent facile va soudainement l'aveugler. Lui faisant quitter le droit chemin, au profit d'un bénéfice à court terme.
Coto et Chavelo eux, paraissent tout aussi loyaux. Pas vraiment des bandits, mais des voyous de bas étage profitant de la crise chilienne pour se faire de l'argent.

Bandits bas de gamme, s'attaquant à une vieille pour lui piquer son sac, ou encore braquer une station service.
Le cinéaste dit s'être inspiré d'une histoire racontée jadis, par un chauffeur de taxi du pays, lorsqu'il était en déplacement. Fait divers lui permettant de raconter dans "Un Taxi pour Trois" cette histoire à la fois drôle et dramatique.
Rapidement, le réalisateur chilien imprime son film d'une touche humoristique. Comédie grinçante, acerbe, au goût amer, il dépeint avec habileté l'état social de son pays, au tout début du 21 ème siècle.
50 ans de retard sur les Etats-Unis, sorte de voyage dans le temps, en arrière, le film est la caractéristique même de la différence de moyens, et de culture qui sépare l'Amérique du Nord, à celle du Sud.
Pas de misérabilisme pour autant, mais on le sent, une volonté de faire au mieux, avec les moyens du bord.
Image granuleuse, vieille caméra en 4/3. Eclairage naturel, parfois très sombre, presque invisible.

p3_w434_h289_q80Marque de fabrique d'un cinéma chilien à la rue. Equipe réduite, acteurs amateurs - Mais très bons - "Un Taxi pour Trois" est un film pourtant remarquable.
Un scénario intéressant, profitant d'un trio de personnages attachants et un retournement de situation final, dramatique et touchant à l'image d'un film sachant parfaitement surfer sur les deux vagues.

Le film relate avec quel acharnement, les personnages désirent d'abord satisfaire leur situation ,avant d'oser faire le mal autour d'eux. Le bonheur est à quelques encablures, mais la malchance aussi.
Le cinéaste de continuer ainsi tout au long du film, passant du sourire esquissé par le spectateur, à l'angoisse, de voir ainsi ses héros, échouer au seuil de la réussite.

Le doute permanent de l'incertitude. L'incroyable ascension de trois destins, sur le point de réussir l'incroyable mais confrontés à la maladresse ou la malchance de tomber, un jour ou l'autre, de très haut.
En confortant le spectateur dans cette incertitude, Lübbert évite le manichéisme. Il évite aussi à ce que l'on s'attende à l'issue des trois personnages. Dotant la fin de son film, d'une surprise de taille. Peut être la fin à laquelle personne ne s'attendait.
Mais il montre bien là, à quel point le cinéma n'est pas qu'une question de moyens, mais surtout d'idée. Une idée rappellant furieusement "L'Ultime Razzia", de Stanley Kubrick. Eloigné cependant de toute influence à ce film, on sent chez Orlando Lübbert, la fougue d'un grand cinéaste en devenir.

Très bon film donc, que ce Taxi pour Trois. Embarquement pour le Chili, réussi pleinement et audacieusement par ce metteur en scène encore inconnu...

Posté par a_c_t_e à 14:09 - Cinéma d'auteur - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 juillet 2007

THE GRAVEDANCERS

gravedancers110806ETATS_20UNISFilm américain de Mike Mendez

Genre: Horreur - 2006

Réalisateur: Mike Mendez
Scénario: Brad Keene et Chris Skinner
Directeur de la photographie: David A.Armstrong

Avec: Dominic Purcell, Clare Kramer, Josie Maran, Marcus Thomas et Tchéky Karyo.

Avis

sourire_broches_8539

Imaginons un instant Edward Wood, jadis cinéaste réputé mauvais, renaître de sa tombe pour visiter le cinéma contemporain. Un cinéma moderne, celui d'aujourd'hui. Loin de l'exploitation hollywoodienne mais arpentant fiévreusement le même type de processus créatif.

Ce travail de réflexion fait, on peut à présent imaginer assez aisément qui peut être Mike Mendez, réalisateur de ce film "has-been", dont il est question ici.

"The Gravedancers", titre assez éloquent, en dit long sur ce cinéaste de l'étrange. Le gore, le fantastique, l'horreur. Domaines de prédilection, de ce jeune cinéaste, déjà auteur de deux films du même type: "Serial Killers" en 1996 et le plus récent, "The Covent (Le Couvent) ".

Ce dernier, d'ailleurs, n'a pas laissée indifférente la presse et les spectateurs. Pas forcément en bien, mais en tout cas il y'a eu matière à polémique.
Mike Mendez, vous l'aurez compris, est un peu le Ed Wood des temps modernes - Rien de péjoratif là dedans- il ne se revendique en aucun cas grand cinéaste, et joue même de cette image pour se permettre l'ultra gore, sans retenue mais avec beaucoup de distance sur lui même.

En effet, "The Gravedancers" est un film de second degré. En permanence, les images renvoyées par le film, invitent à une réflexion qui va bien au delà de ce qu'elles veulent montrer.
Non pas qu'il y'ait chez Mendez, quelconque réflexion sur la violence, sur le crime, le fantastique ou autre, mais bel et bien un sacerdoce, lui servant à rire ou se foutre du genre.grave

Pour situer le décor, trois amis se recueuillent sur la tombe d'une ancienne camarade de classe. Légèrement sous l'emprise de l'alcool, ils commencent à danser sur les tombes, attisant ainsi, la colère des forces surnaturelles. Problème, c'est un coin ou ont été enterrés, tous les psychopathes du pays.

Le film, se moque assez ouvertement du genre fantastique. Jamais il n'est question de moquerie gratuite, au contraire. Beaucoup plus d'un abile tour de manège. Un ensemble de clichés, qui desservent le film, plus qu'ils ne lui nuisent. Dès le départ d'ailleurs, en choisissant dans son casting, des adultes bien trempés, ayant un pas dans la vie active depuis belle lurette.
Plutôt que de choisir un casting adolescent, à l'image des "teen movies" actuels.

Oui, la trentaine passée est la marque de fabrique des personnages de Mike Mendez. On y retrouve ainsi l'acteur Dominic Purcell, le Lincoln Burrows de "Prison Break" ou encore le très connu et hétéroclite acteur français Tchéky Karyo.
Un choix troublant, dans la mesure ou il décrédibilise l'histoire centrale, qui aurait gagnée de l'intérêt en prenant des adolescents plutôt que des adultes.
Mais c'est cette audace de casting qui offre au film sa qualité. Parce qu'il s'agit bien là, d'un film de qualité.
Peut être le fond, peu intéressant, parce que vu et revu mille fois, mais un parti pris osé, et une forme relativement travaillée.
Le directeur photo, a effectué un travail sur l'image, d'autant plus génial qu'il surpasse même la réalisation à la toute fin du film, sur les derniers plans.

gravedancers2Ce choix donc du second degré en permanence rend le film réussi. On laissera aisément de côté les clichés en abondance, pour ne se concentrer que sur l'humour et l'autodérision.

Une galerie de personnages invraisemblables, des dialogues à la frontière du ridicule, et des effets spéciaux à outrance. Comment se satisfaire alors d'un tel film ? Justement dans la frontière qui le sépare de toutes les productions actuelles. Des effets réalisés sur After Effect ou un logiciel grand public, une économie de moyens évidente, ou encore un humour dérisoire, cynique ou absurde.
Une poignée de références, "Evil Dead" en tête de gondole, et une bonne dose d'hémoglobine.

"The Gravedancers" est un film intriguant. On se demande encore comment il a pu se réaliser en 2006. Tant son processus de création paraît "has been", tellement loin des productions actuelles. Perle rare du fantastique, par son absurdité, sa ringardise, sa forme outrancière et son fond dénué de la moindre réflexion.
Pourtant il ne l'empêche pas d'être un bon film. Divertissant, drôle, prônant le ridicule au détriment d'un travail d'écriture.

A noter que ce film n'est jamais sorti en France au cinéma. Toujours inédit, il est question d'une sortie imminente, mais reste à savoir quand. Le petit Mendez mérite bien cela.

Posté par a_c_t_e à 13:02 - Cinéma grand public - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1