ACTE

Le tour du monde du cinéma...

27 décembre 2006

La Forteresse Cachée

Film japonais d’Akira Kurosawa

Genre : Action

Année : 1958                           "Un monde ailleurs..."

forteresse_cachee_2006_hdSynopsis :

Pendant les guerres civiles du XVI° siècle, plusieurs clans s'affrontent. Le clan des Akizuki a été décimé par les autres, et seule demeure la princesse héritière, chargée de refonder la dynastie. Elle doit pour cela réussir à quitter les contrées hostiles pour atteindre les territoires d'un clan allié.
Deux paysans, Tahei et Matashichi, qui quittent un champ de bataille, où ils sont arrivés après le combat, trouvent lors d'une de leur halte, de l'or caché dans une branche d'arbre. Ils pensent avoir découvert une partie du trésor de guerre des Akizuki, et décident de se mettre en chasse du reste…

Introduction :

Entre deux films sombres et durs, « Les Bas-fonds » et « Le Château de l’Araignée ».

Kurosawa a réalisé une œuvre relâchée, fresque d’aventure épique, quête d’une princesse sorti d’un conte de fée pour un monde meilleur.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une fable, mais non. Kurosawa parvient à en faire un film d’une immense classe, relativement atypique dans sa filmographie, « La Forteresse cachée » n’en demeure pas moins une œuvre intéressante, dont Georges Lucas avoue sans honte s’être librement inspiré pour créer sa saga désormais culte… Star Wars…

Humanisme, le maître mot…01_wild_side

Evidemment, parmi la noirceur de ses précédentes œuvres, « La Forteresse cachée » fait office de divertissement sympathique, à voir pour ne pas réfléchir. Sorte de pause considérablement audacieuse, avant se sombrer à nouveau dans le pessimisme humaniste des « Salauds dorment en Paix ».

Mais l’aspect comique du film n’exclue en rien l’admirable pot pourri de thématiques chères au cinéaste, telles que la fidélité, l’honneur, la trahison ou l’humanisme.

Parce que le cinéma de Kurosawa, n’a jamais cessé d’être humaniste. Que ce soit dans ses polars crépusculaires - ou l’esprit torturé de ses protagonistes n’exprimait en réalité qu’un profond désarroi -, ou simplement dans ses films sociaux tels que « Vivre » ou « Les Bas-fonds » qui traitent de manière parfois cruelle, le destin de personnages banals, inexistants au sein d’une société hiérarchisée.

« La Forteresse cachée », résonne comme un nouveau coup d’alerte du cinéaste, planqué cette fois ci derrière une façade tragi-comique.

L’inspiration de Georges Lucas est assez nette en fin de compte. La princesse, et ses deux sbires un peu débiles, qui parcourent un monde fait d’embûches.

Les deux sbires, ici, font un peu penser à des Laurel et Hardy nippons, ou un Chaplin burlesque au sommet de sa forme. Des personnages un peu beaufs, pas vraiment intelligents, toujours prêts à faire les cons pour esquisser le sourire d’un spectateur avide d’action à l’américaine, empruntée d’humour, le plus souvent.

03_wild_sideMultiplicité des genres

Ici, en revanche, l’action est diluée de manière constante, alternant les scènes spectaculaires assimilées à des centaines de milliers de figurants, avec des scènes plus calmes, qui préféreront attirer le regard du spectateur sur l’interprétation nuancée des protagonistes principaux.

D’ailleurs, en restant dans les scènes d’action, il y’a une scène qui rappelle fortement la montée des marches d’Odessa, dans « Le Cuirassé Potemkine » de S.M Eisenstein.

Hasard ? ou clin d’œil ? Mystère…

La multiplicité des genres s’affère de plus en plus, et bien souvent on passe d’un genre à un autre sans vraiment s’en rendre compte.

Je pense que la séquence la plus évocatrice du film, qui viendrait alors confirmer mon impression, se situe pile à l’ouverture de l’œuvre de Kurosawa, en introduction.

Tahei et Matashichi marchant le long d’une route. Ils se disputent, se frappent, se battent. Le film est placé sous le signe de l’humour, dès la première seconde. Puis comme un éclair, le basculement devient soudain. Un samouraï arrive dans le cadre, il titube et semble blessé. Puis il se fait tuer, là, juste sous nos yeux.

Formidable scène inaugurale. Simple mais efficace, mais surtout comme à l’accoutumée dans le cinéma de Kurosawa, radicale.

Parce qu’au delà des fresques habituelles du cinéaste, se cachent en fait, à chaque fois, des instants d’une grâce inoubliable.

Entre des moments d’ennui se glissent des passages d’une admirable beauté, faisant rebondir le récit vers de nouvelles pistes d’interprétation.

Le cinéma du maître est ainsi construit. L’ennui puisant sa force dans ses envolées subites, de grande classe.

Un film théâtral…08_wild_side

Puis, récurrence oblige, le dernier point essentiel à souligner dans cette œuvre, se situe au niveau de la mise en scène générale qui l’entoure.

Tout d’abord, un format scope inédit alors au japon, caractérisant chaque personnage, et mettant en lumière d’incroyables décors. Puis enfin, une approche théâtrale dans les mouvements, dans le cadrage, dans les expressions.

Comme dans « Le Château de l’Araignée », l’influence du théâtre Nô se fait très nettement ressentir. Les personnages ne jouant pas réellement par les paroles, mais davantage par les gestes.

D’ailleurs, à ce titre, le comportement délibérément gestuel des deux guignols du film pourrait confirmer son rapprochement au Nô.

La scène de l’affrontement à la lance entre Makabe et Tadokoro, le prouve également, par sa singularité, sa simplicité formelle et l’utilisation quasi permanente du plan d’ensemble, au lieu du traditionnel gros plan.

Ici, comme dans « Le Château de l’Araignée » justement, c’est le plan d’ensemble qui différencie l’œuvre de Kurosawa, par rapport à un autre film du même genre, et d’un autre cinéaste. Dans un souci de coller toujours au plus près, à ce théâtre Nô, tradition nippone à l’état pure, et fer de lance du cinéma toujours théâtral de Kurosawa.

Conclusion :

« La forteresse cachée » demeure une œuvre déroutante, qui derrière un aspect simpliste de film de divertissement, renferme un message bien plus profond. L’humanisme bien sûr, mais aussi et toujours cette quête du cinéaste pour un autre monde.

Un film troublant, comique qui esquisse tout à la fois sourire et questionnement fondamental.

Pas un chef d’œuvre, mais assurément, une grande œuvre...

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18 décembre 2006

Le Château de l'Araignée

Film japonais d’Akira Kurosawa

Genre : Drame

Année : 1957                  "Pris dans la toile..."

538daf3ee83ba9e7d051f8814f4264caSynopsis :

Le général Washizu et son ami Miki rencontrent une sorcière dans la forêt qui leur prédit que Washizu deviendra seigneur du château de l'araignée mais que ce sont les descendants de Miki qui lui succéderont. La femme de Washizu va influencer son mari pour que la prophétie se réalise seulement à l'avantage de celui-ci…

Introduction :

« Le Château de l’Araignée » est un film complexe. A sa sortie, en 1957, il s’annonce comme étant le premier volet d’une trilogie historique, qui se poursuivra par deux œuvres cultes, « Les Bas-fonds » et « La forteresse cachée ».

Libre adaptation de la pièce de Shakespeare, « MacBeth », « Le château de l’araignée » met en avant de manière très personnelle, l’ambition obsessionnelle de ses personnages.

Tourné de manière peu orthodoxe à l’époque, de façon à coller au plus près à un système formel proche du théâtre Nô, le film de Kurosawa reste à mon sens, l’une des plus belles adaptations d’une œuvre shakespearienne au cinéma.

Un film théatral…chateau_araignee1

Première séquence, sous un épais brouillard. On aperçoit une pierre tombale, mettant en abîme les vestiges du château de l’araignée.

On sent dès le départ, un style très particulier dans l’adaptation de la pièce par Kurosawa. Bien sûr, la transposition d’une pièce occidentale en une fresque asiatique, implique des changements radicaux dans l’écriture et le travail de réadaptation.

Ainsi, les noms changent, mais aussi toute la mystification qui entoure la pièce de W.Shakespeare.

Chez Kurosawa, l’ambiance diffère beaucoup, notamment grâce à la culture nipponne. Le cinéaste va ainsi rendre beaucoup plus fantomatique, l’atmosphère de son métrage.

Cela commence par un travail formel d’une grande maîtrise. Un grain particulier à l’image qui apporte une sensation de brouillard constant. Comme une sorte de toile d’araignée, justement, opaque et omniprésente, qui recouvre la transparence d’une image traditionnelle.

Cela s’observe dès le premier plan, mais aussi sur beaucoup d’autres qui suivront juste après.

De plus, la mise en scène ajoute une dimension nouvelle à l’adaptation libre de Kurosawa.

En effet, l’influence constante au théâtre Nô confère une unicité à l’œuvre du réalisateur nippon.

Comme en témoigne cette séquence, se passant dans une pièce plus ou moins vide, dans laquelle deux personnages se font face. Le plan est pris de profil, exactement comme pourrait le voir un spectateur au théâtre.

Kurosawa oublie alors le traditionnel champs/contre champs pour se concentrer sur un aspect scénique, beaucoup plus proche du monde théâtral que du monde cinématographique.

Je dirai qu’à ce jeu là, il semble aussi bon, voire meilleur que le « Falstaff » d’Orson Welles.

Ensuite, il y’a ce non-jeu permanent des acteurs. Comme dans le théâtre Nô, justement, ou il s’agit beaucoup plus pour un acteur de jouer sur les mimiques, que sur les paroles.

Il y’a exagération permanente de la gestuelle, pour dé-stigmatiser un peu les à priori théâtraux traditionnels, assimilés outrageusement parfois à la parole et les discours infinis.

Ici, les gestes et les mouvements, toujours menés de façon appropriée et intelligente.

chateau_ws2Un film de fantômes ?

« Le Château de l’Araignée », marque également les esprits, par sa multiplicité de lecture. En fait, on croirait un genre filmique, dans un autre genre filmique.

Sensation étrange, mais finalement pas si surprenante que ça chez Kurosawa, chez qui, on a l’habitude d’être subjugué par les sens cachés dans ses œuvres.

La sensation ressentie ici, se situerait au niveau de l’expérience surnaturelle. Une sorte de film de fantômes inavoué, sur lequel plane tout au long, les spectres d’une vie antérieure.

Chez Shakespeare, 3 sorcières numérotées, créaient le côté dramatique et presque effrayant de la pièce. Chez Kurosawa, l’idée des trois sorcières à été modifiée de façon à ne créer qu’une seule entité, sous la forme de l’esprit malin d’une forêt.

Puis surtout, dans la mise en scène, le ressentiment se fait d’autant plus fort qu’il trouble les sensations primaires  que l’on pourrait avoir en principe, en visionnant l’œuvre telle quelle.

Cette femme qui disparaît subitement de l’écran, dans un admirable plan séquence. Asaji, happée par le noir du fond de la pièce, lorsqu’elle cherche l’urne de saké qui servira à endormir les gardes de Tsuzuki.

Fixité du cadrage, plan séquence admirable, qui nous montrera cette même femme réapparaître quelques secondes plus tard, en entrant de la même manière qu’elle sortait juste avant.

Une assimilation assez nette, au monde spectral à mon humble avis.

Mise à mort anthologique...chateau_araignee2

Mais la grande force du film, tant pis si je gâche le suspense de ceux qui ne l’auraient pas vu, réside dans sa fin anthologique, d’une souffrance inouïe.

Washizu, trahit par ses troupes, surplombe son armée immobile. Apeuré il recule et se plaque contre un mur. Une première flèche vient alors se planter juste à côté de lui. Un sifflement strident, qui perturbe le silence de l’instant. Un ultime mouvement de rébellion, puis c’est une seconde flèche qui vient l’assaillir. Cette fois ci, elle ne le rate pas, et se plante dans sa poitrine.

Puis c’est une véritable envolée de flèches, sifflantes, claquant contre le vent, qui viennent se planter tout autour de lui, formant une sorte de toile d’araignée, accompagnée d’un léger grain à l’écran.

L’homme est alors entouré de flèches, mais tente de sortir son sabre, comme un dernier espoir de survie. Une ultime flèche vient se glisser dans son cou, l’étouffant ainsi progressivement.

Il s’écroule sur le sol, et meurt en silence. Mais nous retiendrons l’image forte, d’une agonie qui aura durée plus de trois minutes. Une chute sans précédent, qui met fin à une tragédie Shakespearienne d’une beauté remarquable.

Un homme trahit, mort de manière brutale et inconcevable.

Conclusion :

Ce n’est pas forcément le film le plus connu de Kurosawa, mais pas non plus le plus dénué d’intérêt. Sa force visuelle, et sa libre adaptation d’une pièce reconnue à travers le film, en font un film d’une grande puissance. Œuvre finalement complexe, malgré une allure plus conventionnelle qu’audacieuse.

Je n’ai pas plus de défauts à lui trouver, parce que le « Château de l’Araignée » c’est un peu comme un insecte. Ephémère, peut être, mais marquant à vie…

Posté par a_c_t_e à 23:17 - Grands classiques - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 décembre 2006

Archangel

Film canadien de Guy Maddin
Genre: Drame
Année: 1990            
"Un chef d'oeuvre venu du froid..."

31Synopsis:

1917, Arkhangelsk: la cité russe ensevelie sous le givre pendant la Grande Guerre. Les gaz moutarde ont endormi la mémoire des soldats qui oublient d’arrêter de combattre, oublient de dormir, oublient qu’ils sont morts. Ils ne se souviennent que d’une chose: aimer. Sans jamais se rappeler qui...

Introduction:

Comment caractériser les oeuvres de Guy Maddin, cinéaste canadien d'origine islandaise, tant elles sont différentes du monde cinématographique actuel.
Nous sommes en 1990, mais rien dans ce film, ne semble d'actualité.
En fait, "Archangel" pourrait être un film des années 20, en pleine période d'expressionnisme.
Parce qu'il demeure hors du temps, mais surtout, d'une audace et d'une complexité rare.
Véritable film d'avant garde, plongée cinématographique de plus de 70 ans en arrière, voici l'histoire d'un film pas comme les autres, voici l'histoire d'un chef d'oeuvre d'outre monde...

Un autre cinéma...arch4site

Première image du film, quelques secondes viennent de s'écouler. Plongeons de 70 ans en arrière, aux origines du cinéma.
C'est la première impression que l'on ressent en voyant les premiers plans d'Archangel.
Image granuleuse, noir et blanc poussiéreux, intertitres. Pas de doutes, il s'agit d'un film muet. Et pourtant, la surprise est de taille, nous sommes en 1990 à cette époque là...

Guy Maddin, cinéaste d'un autre monde, signe son second long métrage. Renouant avec l'expressionnisme allemand des années 20. Décors en carton, cadrage épuré, mise en scène baroque. Gros plans, superpositions, et lumière surréaliste.
"Archangel" étonne, fascine, surprend, en 15 secondes à peine.

Les minutes passent, l'histoire se dessine. Elle se penche sur les songes, les rêves de soldats morts ou amnésiques. La cité d'Arkhangelsk semble fantômatique, comme bombardée par des millions d'hommes qui l'auraient traversé des années durant. Mais le cinéaste invente un monde qui n'existe pas, crée un passé qui n'a jamais eu lieu, il raconte une guerre fictionnelle, qui aurait pu anéantir toute une population.
Le cinéma de Maddin recrée un language cinématographique d'une grande complexité, mais avec une simplicité évidente, celle d'un retour aux sources inattendu au cinéma d'antan, celui ou l'image primait sur le reste, ou les intertitres suffisaient à faire évoluer les personnages dans un contexte bien précis. Celui aussi, ou la parole était absente.
Mais il est aussi un cinéaste novateur, étrangement créatif, capable de moderniser une époque révolue et définie.

"Archangel" est un savant mélange de classicisme baroque et de modernité formelle. La mise en scène met en lumière, un cadrage typique de l'ère muette. Des visages illuminés, en gros plans, des gestes désynchronisés et les lèvres qui bougent, sans laisser sortir de sons.
L'apparence granuleuse du métrage, alliée à un noir et blanc contrasté, vieilli, sale et poussiéreux offre cette allure classique à l'oeuvre de Maddin.

Mais l'originalité apportée aux décors, reconstitutions imagées d'une cité inexistante, offrent une touche moderne à Archangel. Le montage joue la carte du cut rapide, une forme de dynamisme bien typique de l'époque actuelle.

Le cinéaste évoque les formes expressionnistes, ces jeux d'ombres et de lumières projetées sur des décors en pré-fabriqué. Des cartons peints, plaqués sur les murs d'un studio. Une cité inventée de toute pièce, jouant la carte du surréalisme, par ses lieux insolites, et ses formes audacieuses.

archsite3Influences et folies...

"Rappelant à la fois le cinéma muet, certaines images de l'expressionnisme allemand, "Un chien Andalou" de Bunuel, et "Eraserhead", de David Lynch, ce film d'une force visuelle étonnante tranche sur l'ordinaire du cinéma..." C'est à peu près ce que titrait "Le Monde" lors de la sortie du film en France.
C'est une vérité que l'on ne peut nier, tant la qualité du film semble légitime. Parce que Maddin est un cinéaste intelligent, mais surtout, doté d'une extrême audace.

Déjà dans son premier long métrage "Tales from the Gimli Hospital", le réalisateur explorait un aspect formel novateur. Mais au delà de l'esthétique de son oeuvre, se cache une vraie exploration de l'inconscient humain.

Dans "Tales from the Gimli Hospital" l'histoire mettait en scène la folie de deux personnages, qui d'une manière ou d'une autre, ont aimé la même femme. Maddin parvenait à instaurer une ambiance étrange à son film, partagé entre onirisme et conte fantastique d'une étourdissante beauté. Nous étions plongés dans une sorte de cauchemar éveillé mais inconscient, et une distorsion exploratrice de la folie.

Dans "Careful" son troisième long, le questionnement sur l'être humain, pouvait faire référence, dans un même soucis de thématique, à la folie et l'inconscient.

Dans "Archangel" l'exploration de la folie se fait à travers l'oubli. L'amnésie partielle ou définitive des personnages, plongés dans des rêves posthumes, ou réels, les rendent dépendants d'un univers, lui même irréel. A tel point que l'on ne sait plus ce qui est réel, et ce qui ne l'est pas. Parce que Maddin se plaît à tordre son récit, perturbant le spectateur dans des flashs backs teints à la palette graphique et des prémonitions impalpables.

Ombres et symboles...article06

"Archangel" regorge de symboles divers. L'amour bien sûr.
Philbin, aviateur belge qui a perdu la mémoire, et qui ne se souvient plus de sa femme Veronhka.
Le lieutenant Boles, qui aime Iris, une femme morte. Il croise un jour Veronhka, qu'il prend pour Iris.
Veronhka elle, pense avoir perdu la mémoire, et crois que Boles est son mari. Puis Douchnack, femme soldat russe, qui aime Boles.

On parle d'un triangle amoureux, qui se croise, se recroise et qui fini par se perdre.
Avec une maîtrise incroyable, Guy Maddin filme ce chassé-croisé improbable. Sous la neige d'Arkhangelsk, les personnages se neutralisent du regard, se rencontrent et se perdent constamment. Il en est ainsi tout au long de son oeuvre.

Certaines séquences résonnent comme d'étranges paraboles. Des sens cachés peut être, ou des convictions non avouées.
Maddin, comme Lynch, renferme dans son cinéma, un nombre de pièces incalculables. Sorte de labyrinthe filmique, "Archangel" est un vaste territoire inexploré.

Conclusion:

Difficile d'analyser objectivement une telle oeuvre. D'une beauté fulgurante, d'une audace formelle et scénaristique éblouissante, "Archangel" est une plongée baroque et lyrique dans l'esprit d'un créateur complexe mais fascinant.
Guy Maddin, comme David Lynch, sait perdre le spectateur de manière admirable, sans jamais le lâcher totalement. Il le raccroche par des indices, dispersés dans une filmographie audacieuse, d'une justesse étonnante.
Personnellement, il s'agit de l'un des plus beaux films qu'il m'ait été donné de voir, alors Archangel, chef d'oeuvre ?... La réponse paraît évidente...

Posté par a_c_t_e à 00:51 - Cinéma d'auteur - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 décembre 2006

Fudoh

Film japonais de Takashi Miike
Genre: Action
Année: 1996            
"Vengeance sanglante..."

titleSynopsis:

Un Yakusa, père de deux garçons, échoue lors d'une mission et doit payer un tribut afin de prouver sa loyauté envers les autres familles de Yakusas. Pour cela, il doit tuer son fils aîné.
Dix ans plus tard, le jeune frère, devenu maintenant l'élève le plus intelligent et le plus populaire de son lycée, rassemble ses amis et décide de prendre sa revanche sur son père et tous les autres chefs Yakusas afin d'arrêter la pratique de ces coutumes ancestrales barbares, notamment celle qui consiste à tuer un membre de sa famille...

Introduction:

Takashi Miike... Un nom qui se suffirait presque à lui tout seul. Il n'y aurait pas besoin de plus d'explications, pour raconter en quelques lignes, les impressions ressenties après la vision de ce "Fudoh".
Mais en même temps, Miike, c'est un cinéma très particulier, souvent récurrent, mais aussi très différent dans sa démarche.
Aussi abile dans le cinéma underground que le cinéma d'auteur - Un chef d'oeuvre d'onirisme, à suivre dans quelques semaines sur ce blog - ce doux dingue du cinéma japonais contemporain, sait captiver le spectateur par n'importe quel moyen.
Fudoh, est un exemple de plus de la richesse délurée d'un metteur en scène, vraiment pas comme les autres...

Il était une fois...00

Tout commence par une scène dans des toilettes publics. Un mec téléphone à son patron, en crachant du sang. Deux hommes entrent dans les chiottes. Le gars se tait. Les deux hommes, look pêcheurs mafieux, armés de gros calibres se taisent aussi. La tension est palpable.
L'un d'eux pourtant prend la parole. Il dit: "Montagnes ?"
Le mec dans la cabine des toilettes répond: "Rivière ?"
Mauvaise réponse, la fusillade éclate. La tuerie s'achève dans un bain de sang, le gars au téléphone est étendu sur le sol. Son corps de vide de son sang, venant entraîner les milliers de douilles semées sur le sol.
La caméra reste fixe, les pieds des deux tueurs traversent le cadre. L'image se dérobe, le film démarre...

Scène inaugurale remarquable. Tout y est pour annoncer la couleur du métrage qui va suivre. L'action est déjà là, mais surtout, les personnages se dessinent en à peine 2 minutes. Sans les connaître, on veut déjà apprendre le fin mot de l'histoire.
L'histoire justement, se profile. C'est celle d'un gamin, d'une dizaine d'années à peine qui a vu son père exécuter son fils aîné pour rendre des comptes à la mafia locale.
C'est l'histoire d'un môme qui sera marqué à vie par cette vision, c'est l'histoire d'un gamin qui va vouloir diriger le monde des adultes.
La transition est parfaite, dans ce délire cinématographique, Takashi Miike parvient à instaurer une scène de contemplation spectaculaire. Le jeune Fudoh est assis devant une porte, il disparaît. Le plan reste fixe, un long couloir vide est alors le centre de l'action. Le silence est présent, quelques secondes. Le garçon réapparaît au même endroit, mais les années ont passées...

04Le début d'une longue ascension...

Miike signe avec Fudoh, le film précurseur d'Old Boy, du coréen Park Chan-Wook. C'est une adaptation d'un manga également, mais surtout, il tisse le portrait d'une vengeance préméditée.
Ainsi, l'on verra à l'écran, durant 1h30, l'ascension d'un jeune homme, vers la folie destructrice, assassine.
Un parcours ensanglanté, sombre, sur lequel chaque personnage qui s'y dresse, représente un pion de plus à éliminer.
Le film de Miike prend alors une toute autre dimension. La violence est synonyme de rédemption, les êtres humains sont comme des bâtons dans les roues.
La force de ce film réside dans la puissance qui se dégage des relations entre les protagonistes. Un mélange d'indifférence, allié à un jeu pervers et macabre, comme Michael Haneke a réussi à mettre en place dans son "Funny Games".

Parce que la violence au cinéma, reste difficile à aborder. La suggestion étant une arme imparable, que l'on doit à Kubrick, Peckinpah ou Haneke, il devient difficile de démontrer quelque chose, sans le montrer.
Miike, d'ailleurs, n'est pas du genre à esquiver la violence. Sa suggestion, il l'imagine par un tout autre procédé. L'abbération.

Dans ce souci d'éviter la démonstration de son degré de violence, le cinéaste japonais réussi à faire passer celle-ci comme une simple formalité. L'abbération de son cinéma prend alors tout son sens et tâte même le paroxysme.
C'est une violence prononcée, mais absurde. Aussi absurde que cette femme qui lance des flèchettes grâce à une sarbacane vaginale. Aussi absurde que ses enfants qui se promènent dans la rue et qui tirent sur des adultes. Aussi absurde qu'une femme hermaphrodite qui ne sait pas encore de quel sexe elle se sent le plus proche...

Oui, Miike c'est tout à la fois. Du profondément débile, allié à une profonde morale cinématographique.

Le début de la fin...11

Mais le cinéma de Takashi Miike, avant de n'être vu que comme un défouloir timbré et psychotique, renferme des subtilités importantes. Ici, comme dans "Izo" les enfants ont un rôle important. On pourrait faire un lien avec "Battle Royale" aussi, de Kinji Fukasaku, non pas dans son message, mais dans les rapports qu'entretiennent les enfants avec le monde adulte. Les rapports entre une société de violence et les acteurs qui la compose.

Dans "Izo", Miike n'hésitait pas à faire assassiner des enfants. Dans "Fudoh", ils tuent.
Il y'a cette dualité constante entre monde infantile et monde adulte. Dans "Ichi The Killer" les hommes se massacrent, dans "Visitor Q" les femmes se font frappées. Il y'a encore une fois une dualité, masculine/féminine cette fois-ci.
On devine alors le souhait du réalisateur, dans chacunes de ses oeuvres, de loger tout le monde à la même enseigne. Pas de différences de sexes - La preuve avec cette femme hermaphrodite - pas de différences entre adultes et enfants. Non, rien de tout ça. Juste des hommes, qui naissent et meurent sur cette terre, pour les mêmes motivations.

Conclusion:

"Fudoh" ne raconte pas grand chose de plus qu'une histoire de vengeance. Mais il le fait d'une admirable façon.
Une mise en scène à la hauteur de son auteur, qui n'a plus rien à prouver de son talent.
Si "Old Boy" a tant satisfait ce public occidental, avide de nouvelles sensations asiatiques, il n'en demeure pas moins une adaptation prononcée de "Fudoh".
Mais là ou Old Boy demeurait violent et dérangeant, Fudoh lui, saura vous convaincre par son goût de l'abbération, de l'absurde, et de l'infiniment grotesque...

Posté par a_c_t_e à 15:28 - Cinéma grand public - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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