Film japonais de Mikio Naruse

Genre : Drame

Année : 1955                  "Au loin s'en vont les nuages..."

afficheSynopsis :

Hiver 1946. Yukiko Koda est rapatriée à Tokyo en provenance de l'Indochine française. Après s'être installée, en son absence, chez Sugio Iba qui avait fait d'elle, contre son gré, sa maîtresse, Yukiko se rend aussitôt à l'adresse de Kengo Tomioka où elle est reçue par son épouse. La jeune femme, alors âgée de 22 ans, avait rencontré Kengo à Dalat, employés tous les deux par le ministère des Forêts. Malgré un premier contact peu engageant, la dactylo et l'ingénieur étaient rapidement devenus amants. Désormais négociant en bois aux faibles ressources, Kengo n'envisage plus de divorcer pour vivre avec Yukiko, elle-même à la recherche d'un travail...

Introduction :

Le nom de Mikio Naruse est presque inconnu en occident. La raison en est bien simple, le cinéaste a vécu dans l’ombre des grands cinéastes japonais de l’époque, Ozu, Mizoguchi, Kurosawa et consorts…

Leur faculté à s’expatrier hors des frontières japonaises, les a aider à atteindre très vite une notoriété que Naruse n’a jamais eu la chance de vivre.

C’est les cinéphiles, et surtout l’industrie du DVD qui aidera Naruse à se faire connaître de part chez nous.

Nuages flottants, est avant tout une grande œuvre, laissée trop longtemps dans l’oubli…

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« Nuages Flottants » clôt temporairement une série de 5 films adaptés des romans de Fumiko Hayashi.

Le sixième sera « Hôrôki » adapté à l’écran en 1962.

Le système cinématographique Naruséen est délicat à retranscrire, peut être parce qu’il n’a pas réellement de système propre.

Sa mise en scène utilise très peu d’artifices, les mouvements sont discrets, le cadrage est instinctif, simpliste.

Dans la construction, son film emploie de nombreux flash-back, mais surtout une dimension sous influence directe du néo-réalisme.

Les influences néo-réalistes justement, sont intelligemment dosées avec des scènes davantage mélodramatiques. Utilisant avec pertinence les musiques ou les instants mélodieux, pour renforcer le drame.

Naruse, évite l’emphase en stigmatisant son récit de moments de grâce ultime, dans lesquels le jeu des acteurs prend une allure de poésie acharnée, d’une beauté sidérante.

Parce que là se trouve peut être le cinéma de Naruse, celui de la femme. La grâce naturelle qui s’en émane, la part de mystère qui l’entoure, mais surtout le réalisme politico-historique dans lequel elle évolue.

Naruse est peut être l’un des rares cinéastes de l’époque à oser placer son cadre dans une réalité bien définie. La femme ne prend alors pas du tout l’allure d’être mystérieux, surréaliste ou mythique comme chez Mizoguchi par exemple, ou Ozu.

Ici, l’héroïne se place dans un contexte de l’instant. Elle est déterminée à vivre le grand amour avec un homme qu’elle a rencontré en Indochine. Le problème est que cet homme est marié.

8341_7afa11e620f725ef607de015eabe5fb9Un genre à part…

Naruse est considéré, comme un auteur de films à femmes. Un cinéaste qui retranscrit avec finesse et intelligence, le destin et la vie des femmes de son pays, durant la guerre.

Il œuvre de la même manière que certains cinéastes américains de l’époque, que l’on a longtemps considéré comme les meilleurs. Joseph L. Mankiewicz, Georges Cukor, Douglas Sirk entre autres.

Ainsi l’on pourrait émettre je pense, une comparaison avec ces trois réalisateurs. Davantage en tout cas, que de tenter une comparaison avec Ozu et Mizoguchi.

Naruse, un cinéaste japonais, mais aux accents occidentaux…

« Nuages flottants » est un drame social, un film dont les valeurs traditionnelles sont bafouées, par une toile de fond omniprésente.

Ici on parle de la guerre, et de la difficulté de deux êtres de se reconstruire une vie à travers un pays qui cherche lui même la reconstruction.

La détermination de la femme de vivre son amour avec cet homme coureur de jupons, suffit déjà à constater le phénomène.

Lui même, éprouvant une attirance inavouée pour cette femme.

Le cinéaste exploite pleinement les non-dits, les scènes de silence, d’absence même.

On croirait un film muet, en pleine période de film parlant, tant la dimension de ses silences est importante.

Des minutes dans lesquelles les personnages passent de regards à gestes délicats, de sourires ironiques à larmes discrètes, et de moments de joie intense à une tristesse implacable.

Desservi il est vrai par un duo remarquable, Masayuki Mori, dans le rôle du mari-amant et Hideko Takamine dans celui de la femme amoureuse, douce et charmante.

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Le sentiment qui ressort de ce film, peu avant qu’il ne se termine, existe dans le titre même.

Une impression de nuages flottants, au dessus d’une histoire d’amour atypique, gracieuse et magnifique.

Un sentiment d’amour nouveau, véritable, éphémère mais sublime.

La magie du cinéma de Naruse, se trouve dans ses secondes ou rien ne se passe. Dans les regards qui s’échangent, sans qu’un mot ne sorte.

Dans les mouvements légers d’une caméra qui observe, sans jamais rien montrer.

En voyant ce « Nuages flottants » on comprend mieux pourquoi le talent du cinéaste est aujourd’hui mis en avant. Laissé trop longtemps dans l’oubli, une rétrospective de ses chefs d’œuvres aidera le public à adhérer à son cinéma. Sorte de contemplation finalement, tant la magie et le lyrisme qui en ressort sont les instants les plus magiques de ses films.

Conclusion : 

Nuages Flottants est comme une pause de courte durée, dont on apprécie chaque seconde qui défile.

Une tasse de thé, douce et à la saveur exquise. Un parfum subtil qui se dégage, la captation d’un temps qui passe, que l’on arrête pour apprécier les moindres détails.

Il est tout à la fois, le rayon de soleil d’un matin de printemps, et la brume d’une nuit d’été. Parfumée, belle et rafraîchissante.

Comme un nuage, il survole dans les airs, laissant baba d’admiration, subjugué de plaisir et enivrant comme un bon vin…