24 octobre 2006
Romanzo Criminale
Film italien de Michele Placido
Genre: Drame
Année: 2006
© 2006 Warner Bros. Entertainment Inc.
All rights reserved "Romance criminelle..."
1975. Le Libanais a un rêve : conquérir Rome. Pour réaliser cette entreprise sans précédent, il met en place une organisation criminelle sans pitié. Pendant 25 ans elle se développera et son histoire sera indubitablement liée à la période la plus noire que l'Italie ait connue ces années-là : terrorisme, enlèvements et corruption au plus haut niveau politique.
L'inspecteur Scialoia ne cessera de traquer cette organisation, tout en conquérant le cœur de Patricia, la femme de l'un d'entre eux…
Introduction :
Adapté du roman éponyme de Giancarlo De Cataldo, « Romanzo Criminale » raconte l’histoire d’une organisation criminelle, qui durant 25 ans, va semer le trouble en Italie.
Dans l’ombre des Brigades Rouges, cette petite organisation dirigée par trois amis d’enfance, va se développer, puis devenir l’une des plus importantes du pays.
Récit d’une chronique sociale féroce, sombre et glaciale…
Le film débute par une séquence montrant des enfants qui renversent un homme sur la route. Ils trouvent refuge dans une petite cabane isolée en bord de plage.
L’un d’eux, est grièvement blessé. Les autres tentent de le soulager, mais sont contraints de l’abandonner lorsque la police débarque sur les lieux.
Pendant qu’ils se font attraper uns à uns, il meurt.
Puis le film démarre véritablement, les années ont passées, et les potes d’enfance sortent de prison. Ils ont purgés leurs peines mais décident très vite, de monter ensemble, une arnaque qui prendra l’allure d’une tragique descente aux enfers.
Michele Placido, à l’image des films de gangsters de Scorsese, comme « Les Affranchis » ou « Mean Street » place sa caméra en plein cœur d’un groupe d’homme sans pitié. Le pouvoir, l’argent, le sexe, en fait tous les éléments qui font la gloire de l’homme sont soudainement mis en avant par les protagonistes. Car le cinéaste balaye rapidement l’espace, et dessine le portrait de personnages assoiffés par la richesse.
C’est une prise d’otage qui est le point de départ du film. Le Libanais, décideur propulsé chef de groupe, réclame une rançon improbable, pour la libération d’un homme haut placé.
Il aura l’argent, puis le réinvestira dans l’immobilier, le commerce, la drogue, le sexe.
Pas ou peu de compromis, dans la mise en scène de Placido. A la fois intime avec les personnages, les accompagnant dans leur ascension, ou à défaut, dans leur chute.
Parce qu’il s’agit bien là d’une longue et pénible descente aux enfers. Le film se décompose en trois parties bien distinctes, en réalité, trois points de vue différents. Ou plutôt, trois histoires, trois moments de gloire, puis trois fins inexorables, douloureuses et sans pitié.
La première, celle du Libanais, nous plonge dans l’ascension soudaine de son entreprise. Il n’aime pas grand monde, et n’a qu’un véritable ami, Freddo.
Il rêve de pouvoir, au point d’en faire une obsession. Et le cinéaste le souligne très bien, notamment lors d’une scène dans laquelle il ose révéler son admiration pour Hitler, ou Mussolini.
Le Libanais, on le devine, méprise la bourgeoisie, il crache au visage de l’institution, et se fait hors la loi.
Charisme évident, silhouette d’homme sûr, précis et calculateur. Il ne porte sur lui que les marques d’un passé qu’il tente d’oublier. Une jambe boiteuse, suite à un corps à corps avec les flics, cette nuit ou il se firent arrêter, lui et ses amis.
Puis cette attirance pour la sauvagerie, la froideur de l’existence. Personnage esquissé par la déchéance, dès sa plus tendre enfance.
On le suivra durant une bonne partie du film, avant que ne résonne sa fin, la chute de son empire personnel.
Ses plus proches collaborateurs, qui retournent leurs vestons de côté, et son meilleur ami Freddo, devenu amoureux, cherchant sa rédemption et une nouvelle vie, d’un coup, lui tourne le dos.
Ce n’est pas tant son empire qui chutera, mais son ego, sa dimension humaine, son charisme de chef. Il est abandonné de ses proches, et signe de la sorte son arrêt de mort. Au détour d’une ruelle, sa fin semble soudain si proche…
Freddo, meilleur ami du Libanais, jusqu’à ce qu’il vienne rompre le pacte infantile. Bras droit moral, confident, mais surtout, homme de confiance pour Le Libanais.
Discret, il accompagne les escapades de son patron, et ami.
Le cinéaste fait une admirable transition, car avant la chute du Libanais, on observait déjà l’ascension de Freddo. Prenant du galon, de l’assurance, mais devenant aussi plus humain.
Une bombe éclate à Bologne, il est présent sur les lieux. Les corps déchiquetés au beau milieu de la place de la gare, lui font prendre conscience de la manipulation qu’il subit. Non pas de son propre groupuscule, mais des idéologies politiques. Un coup des Brigades Rouges, sans doute, sorte d’extrémistes politiques révoltés contre l’état.
Freddo veut à présent sa rédemption, il veut effacer les traces du passé, laisser son enfance derrière lui pour mieux se concentrer sur l’avenir. Roberta, une jolie femme qu’il a rencontré, dont il est tombé amoureux. Il lui promet une autre vie, mais doit d’abord quitter sa misérable existence. C’est à ce moment là qu’il choisit de quitter la Magliana, l’organisation criminelle, mais aussi famille.
On est pile avant la mort du Libanais. Parce qu’après cela, c’est une histoire de vengeance qui est mise en avant. Il en oublie ses belles paroles, et s’autorise la liquidation de l’assassin de son meilleur ami. Avant cela, il devra répondre aux accusations dont il est victime, questionné par un enquêteur diaboliquement parfait.
Cette seconde partie permet d’entrer davantage encore dans les relations entretenues par les personnages. Poussant l’aspect psychologique, grâce notamment à une mise en scène radicale, en parfaite décomposition. Cadrage en gros plan, restriction du champs, et minimalisme de l’espace.
La décadence viendra ensuite. Un indic qui balance toute la bande, et le voilà condamné à 30 ans de taule…
La troisième partie, est celle qui met en avant le troisième personnage central de cette organisation. Il est appelé « Dandy ». Attiré par le sexe, il aime plaire et utiliser le pouvoir pour le faire.
Au départ, il n’est que peu bavard, surtout pendant le règne du Libanais. Ou il ne servait qu’à rendre service. C’était un homme de confiance, mais pas un homme d’action. Il prendra du galon lors de l’ascension de Freddo. Devenant le seul personnage mis hors de cause des accusations qui touchèrent l’organisation. Il est néanmoins le personnage le plus recherché, depuis le début, par la police Italienne. Faute de preuves, il ne sera jamais inculpé.
Cette troisième partie permet d’assister à son heure de gloire, lorsque Freddo est jugé et emprisonné pour trente ans.
Homme d’affaire imperturbable, il n’en demeure pas moins affaibli par son attirance pour Patrizia, putain sublime, raffinée et fascinante, également maîtresse de Scialoia, l’inspecteur de police.
Femme de désir, sorte de victime prise dans les mailles d’un système cyclique, sans fin. D’un côté, l’organisation qui la paye et l’utilise, de l’autre, l’inspecteur qui cherche à lui soutirer quelques informations sur l’organisation et plus particulièrement sur le Dandy.
Partagée constamment entre les deux clans, elle ne parviendra jamais réellement à trouver son chemin et ses convictions enfouies…
Dandy demeure ainsi comme la dernière roue d’un carrosse démoli. La dernière pièce encore intacte d’un système écartelé.
Il fait preuve d’une extrême audace en réussissant à faire sortir Freddo de prison, qui sera victime d’une maladie incurable par la suite.
Conclusion:
Le cinéaste, a su tout au long des deux heures trente que durent le film, instaurer un climat tendu, froid et sanglant. Un retour aux sources, d’un cinéma italien politique, d’une grande noirceur.
Comme le livre, le film retrace amèrement les années sombres de L’Italie. Période à la fois tragique et sanglante, qui a aujourd’hui encore, laissée des traces dans le système politique du pays.
La mise en scène emprunte d’un certain radicalisme joue un rôle primordial dans l’instauration de ce climat. La photographie est sublime, passant du noir céleste des polars, aux couleurs sordides des films de gangsters.
Michele Placido, en somme, réalise un film d’une grande classe. Brillante chronique sociale et politique, mais aussi fiction enivrante sur la corruption et la décadence. Tragédie contemporaine, marquée par les vestiges d’un passé maculé de sang, « Romanzo Criminale » c’est aussi ça, une sublime romance criminelle…
16 octobre 2006
S.P.L
Film hong kongais de Wilson Yip
Genre: Polar
Année: 2005 "Sang pour sang..."
L’Inspecteur de Police Chan et son équipe voient leur vie basculer lorsque la famille qu’ils protégeaient est exécutée sous leurs yeux. Le témoignage qui aurait dû envoyer pour de bon à l’ombre Po, la tête de proue de la pègre locale, n’aura pas lieu. Dès cet instant, Chan décide de stopper par tous les moyens, Po. Pourtant à quelques jours de sa retraite, Chan n’est toujours pas parvenu à le mettre sous les barreaux, et doit passer ses derniers moments à la tête de sa brigade d’intervention à débroussailler le terrain pour son remplaçant, l’Inspecteur Ma...
Introduction:
Retour au cinéma d'action qui a fait la gloire de Hong Kong, quelques décennies en arrière. "S.P.L " littéralement "Sha, Pô, Lang" les trois étoiles dont la combinaison, selon l'astrologie chinoise, est censée amener à la destruction, est un film d'une puissance remarquable.
L'auteur de "Juliet in Love" et "Bullets over Summer" parvient à surprendre le spectateur, dans ce film d'action à la beauté plastique indiscutable, à mi-chemin entre les films d'arts martiaux, et le néo polar hong kongais.
Dès les premières minutes, le film place la barre très haute, la photographie sublime l'écran, et la musique accompagne les première ébauches du scénario implacable qui prendra vie sous nos yeux.
Même s'il n'est pas l'atout principal de ce film, il n'en reste pas moins très bien écrit, confrontant les personnages entre eux, créant ainsi des liens difficiles à couper.
La première séquence est d'une brillance absolue, à mon avis, car elle instaure le climat d'emblée. Un plan de grue, en mouvement léger, qui fixe l'architecture hong kongaise.
Un bâtiment, une autoroute, puis un bruit qui se fait entendre hors cadre.
La grue monte dans le ciel, la caméra s'incline vers le sol, et l'on voit deux voitures, encastrées l'une dans l'autre. La fumée se mélange à l'air ambiant, les protagonistes à l'intérieur n'ont rien eu le temps de faire.
Wilson Yip sidère le spectateur par sa seule mise en scène. Quelques mouvements seulement, et l'on sait déjà que l'on va assister à une oeuvre spectaculaire.
La suite n'en sera que mieux, les personnages se dessinent, les destins se croisent, se complètent, se confrontent.
Le film pousse à l'extrême, les scènes de combats, de violences, de fusillades.
Sammo Hung, grand et talentueux acteur de l'âge d'or du cinéma d'action hong kongais trouve ici sa rédemption, son ultime rôle, peut être l'un de ses plus beaux.
Une forme incroyable, mais surtout un charisme sidérant. Rarement un méchant n'aura si bien doré son blason.
Costard, cravate, cigare. Mélange récurrent, mais qui prend ici toute sa splendeur par l'interprétation.
Simon Yam, acteur convaincant, sorte de Tony Leung, qui prend son rôle de lieutenant très au sérieux. Puis Donnie Yen, qui a écrit le scénario et réalisé les scènes de combats. Peut être l'un des meilleurs maîtres d'arts martiaux, de toute l'asie. Oublions les Jet Li ou Tony Jaa un instant, bien plus formatés.
Il réalise des scènes de combats d'une fluidité et d'une précision sans égal. Le réalisme de l'action colle à merveille avec l'ambiance du film. Film sombre, glauque, tragique.
Mais c'est surtout le retour aux sources, d'un cinéma sans compromis, sans concessions qui fait de "S.P.L" un grand film.
Il casse un peu le modernisme apporté aux productions récentes, qui lorgnaient du côté des Etats-Unis, par une mise en scène très spectaculaire, des combats volants, des personnages haut en couleur.
Wilson Yip préfère une approche plus réaliste dans les combats, des chorégraphies improvisées selon les déplacements des personnages, et non selon le script original.
Entre classicisme et innovation…
On pourrait reprocher à « SPL » un certain classicisme, du moins en apparence. Rien de bien original sur un plan strictement scénaristique.
Que ce soit la construction narrative, ou le récit dans son ensemble, Wilson Yip ne brille pas par un talent d’écriture, mais à contrario, par un sens de l’esthétisme et de la mise en valeur des plans.
Chaque plan à son équivalent, chaque recherche formelle, sa valeur cinématographique.
Comme un diamant que l’on taille pour le rendre parfait, le cinéaste dessine son film pour en faire un diamant.
C’est à dire, que la structure tient la route par la fondation qui le soutient.
SPL c’est un peu ça, la première pierre d’un édifice de grande taille.
L’innovation, je le disais, est à chercher du côté de la mise en scène. Mais aussi, plus profondément, du côté de la photographie.
Chaque séquence laisse place à une lumière enivrante. Les couleurs se fondent dans la noirceur de l’espace, le temps s’arrête.
Wilson Yip réalise une peinture remarquable. Les formes, les traits, les caractères, tout y passe, ou presque.
Puis le montage, agrémente alors, plus qu’il ne souligne, le parcours rédempteur des protagonistes de cette sombre histoire.
Parce que les personnages de Yip semblent morts, de honte, de peur, effrayés par les secondes qui défilent, le temps qui passe.
Ils ont quelque chose à avouer, à dire, ils les renferment, se mentent, pour mieux fuir.
Typiquement asiatique, cette violence brutale de l’esprit sur le corps, ce désir d’échapper au destin, de manière parfois tragique.
Résoudre ses problèmes par le sang, chercher sa rédemption dans la mutilation.
Inutile de se voiler la face, le film n’est pas une partie de plaisir. Sa violence quasi systématique, quelle soit morale ou simplement physique, renvoie à la même déduction.
Le mal de l’un, guérit l’autre.
C’est sur cette base que le cinéaste se focalise, n’hésitant pas à incruster à son récit, une sorte de philosophie astrale, vérifiée par l’astrologie chinoise.
Trois symboles, trois sens, une seule définition. S.P.L, pour mener le corps et l’esprit vers la destruction.
Dans quel but ? Guérir les maux, peut être. Ceux qui font mal au cœur, ceux qui rendent fous les hommes qui en souffre.
La chevauchée suicidaire des personnages met l’accent sur le désir de mourir pour fuir.
C’est le quotidien, manifesté par la fête des pères dans le film, qui est au centre de l’histoire finalement.
La sonnerie du téléphone qui retentit durant une fusillade, la femme qui veut parler à son mari, de manière aussi évidente que s’il se rendait au travail le matin, et qu’il avait oublié sa chemise à la maison. La sonnerie qui retentit à nouveau, la fille ou le fils qui veut parler à son père pour lui souhaiter bonne fête.
Ces moments ou l’action faiblit, juste pour sacraliser l’instant d’un amour que l’on ne dévoile pas.
Wilson Yip fait tout ça. A la fois un polar sombre, dans lequel les destins sont déjà tracés, avant même qu’ils ne se croisent, mais aussi une chronique sur l’espoir.
L’espoir d’un père pour son fils, l’espoir d’un amour qui ne faillit jamais, d’un pardon que l’on garde au fond de soi, ou d’une erreur que l’on ne parvient pas à assumer.
Conclusion :
C’est un film formidable que le cinéaste hong kongais nous offre une fois plus. Peut être aussi bon, voire plus, que « Bullets Over Summer » son chef d’œuvre.
« SPL » nous plonge dans l’abîme de la honte, dans la souffrance des être, mais dans l’espoir d’une meilleure vie, quelque part d’autre.
Sombre, violent, parsemé de combats réalistes et magnifiquement chorégraphiés, la dernière œuvre de Wilson Yip est tout à la fois. Un film d’arts martiaux, peut être l’un des meilleurs de ces dernières années, et un polar, tout aussi réussi que les premières œuvres de Woo ou Hark, dans le vieux Hong Kong. Celui de l’âge d’or.
09 octobre 2006
Little Miss Sunshine
Film américain de Jonathan Dayton et Valérie Faris
Genre: Comédie dramatique
Année: 2006 "Famille au bord de la crise de nerfs"
L'histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes". La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l'hôpital après avoir été congédié par son amant.
Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'Air Force Academy.
Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l'Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus...
Introduction:
Unanimité des spectateurs, unanimité de la presse, applaudi et récompensé à Deauville, voici que sort sur nos écrans le très remarqué, mais néanmoins simpliste, "Little Miss Sunshine" ou comment peindre l'amérique, au travers d'un voyage familial.
Un film tendre, sincère, parfois dur mais souvent drôle. Avec cette pointe de noirceur, ce tissu familial rongé jusqu'à la moelle, on se croirait dans un drame familial, et pourtant, au delà des apparences, le film parvient à rendre positive, cette vie si triste et ennuyeuse... Portrait d'un road movie édulcoré, quelque part entre l'est et l'ouest américain...
Les premières séquences font preuve d'un grand sang froid. Caméra posée quelque part dans une pièce, à capter les gestes et les mouvements. Un malaise se fait ressentir.
On est au beau milieu d'une famille brisée. Brisée par le quotidianisme, par la routine du lendemain. Le fils ne parle plus depuis 9 mois, la fille est l'exemple du rêve américain, désirant devenir miss junior Amérique. Le père est un écrivain râté et fauché, et la mère, bonne femme de foyer, sans réelle ambition.
Ne parlons pas du grand père, cocaïnoman assidu, un peu taré et déconnecté. Manque plus que le beau frère suicidaire pour compléter ce tableau d'un rare pessimisme. Beau frère qui ne tardera pas à faire son arrivée, dès le début du film, se mélant alors à ce tissu familial décomposé.
Le malaise se fait croissant, la caméra toujours placée au milieu des discours et échanges, les pointes de sarcasmes envahissent l'espace et les tensions augmentent.
Puis vient ce coup de téléphone, résonnant comme un gong. Olive, la jeune fillette est autorisée à participer à un concours de beauté, à 1500 km de là, sur la côte Ouest des Etats-Unis.
La joie d'Olive est palpable, celle de sa famille un peu moins. Non pas qu'ils ne soient pas ravi, mais il faut décider qui l'accompagnera. Le fils refuse d'être de la partie, et le grand père n'aime pas être mis à l'écart. Finalement, tout le monde prendra la route, certains viveront ce voyage comme une rédemption, d'autres, comme un ultime voyage, mais avant tout, c'est pour esquisser le sourire d'une jeune fille, remplie d'espoir.
Un mini van, il n'en faudra guère plus pour cette famille pour prendre la route. Le voyage sera long, 3 jours au moins. Ce n'est pas tant le trajet qui paraîtra long, mais davantage les conditions à accepter durant ce voyage.
Des conditions dont l'acceptation se fera par amour, par dignité, plutôt que par désir réel. La haine est tant dans cette famille, que le moindre mot de travers, est sujet à dispute.
Les cinéastes s'en donneront à coeur joie, à mi chemin entre Wes Anderson et les frères Coen, ils vont faire de ce film, un petit bijou inoubliable...
Dès l'instant ou chacun dans le van, à trouvé sa place, le film démarre intensément.
Puis rapidement, on devine que l'amour a encore une place à bord. Même si le sentiment reste en retrait, il est clair qu'il existe.
Mais pour raviver la flamme de l'amour, entre les parents et les enfants, et entre le mari et la femme, ce n'est pas le simple voyage qui fera l'affaire. C'est là que le film prend un tournant inattendu puisque c'est les situations, les évenements rencontrés ou subis par la petite famille qui sera sujet à réconcialiation.
Le van qui tombe en panne, au beau milieu d'une ville désertique, la mort soudaine de l'un des membres, mais surtout son transport assez comique vers la destination voulue, les problèmes de klaxon et la crise de nerfs de Dwayne, le fiston si calme en apparence.
Autant d'éléments qui au fur et à mesure de la traversée, vont rendre les situations tour à tour drôles, hilarantes, tendres, émotives, tristes, puis à nouveau hilarantes.
La mise en scène est dynamique, originale par moments. Les angles de caméra sont relativement bien choisis, et les paysages traversés accompagnent fièrement le road movie.
En fait, nous sommes typiquement dans le film indépendant US. Sans moyens, mais bourré d'idées. Le petit film qui ne prétend rien, et qui vaut tant.
Parce que finalement, au delà du pessimisme de départ, c'est une véritable bouffée d'air frais qui s'empare du spectateur, le forçant à rire, sourire puis éclater d'hilarité.
Un optimisme certain, téléguidé avec maîtrise et profondeur, par le duo de cinéastes.
Mais tout à une fin, qu'elle soit belle ou triste. Ici, inutile de préciser s'il s'agit d'une fin attendue, ou inopinée, mais elle représente l'image de ce film.
Du positif dans le négatif et du bon dans le moins bon. Un indice conséquent pour le spectateur, puisqu'il est confronté depuis le départ au passage de l'un à l'autre.
Une chose demeure certaine, le voyage aura été bénéfique, peu importe l'issue. Parce qu'au final, c'est une solidarité évidente qui en est ressortie. Un parcours rédempteur, mais aussi des instants magiques, ou sans un mot, sans un bruit, l'amour était en suspension dans l'air.
Pas étonnant donc que les cinéastes s'en soient sortis avec les honneurs et les standing ovation. Difficile de trouver les mots justes, ce film est une expérience à traverser, comme le font si amèrement les personnages.
On est un peu membre de cette famille atypique, mais marquée par le traditionalisme américain. Une vie de surenchère, d'artifices, une vie remplie d'étoiles, mais qui se confronte bien souvent à la dure réalité d'une société pas évidente à vivre.
Les interprétations des comédiens sont stupéfiantes. Le beau frère et le fils en premier lieu, absolument grandioses.
Puis la fillette, attachante et le père, attendrissant de drôlerie et de sarcasmes. Le grand père, véritable perle cachée derrière une apparence dépravée puis la mère, en femme incertaine, touchante de par l'amour qu'elle a enfouit au plus profond d'elle.
Conclusion:
Un film remarquable, simple et complexe à la fois. Simple dans sa structure, complexe dans ce qu'il aborde.
Un film pour tous, pour faire réflechir sur nos proches, sur l'amour qu'on leur porte, mais que des fois on a bien du mal à leur avouer. Un film sur le rêve, sur la passion, sur l'amour.
Au final, et ce sera mon ultime mot, "Little Miss Sunshine" peut être le film le plus touchant et le plus drôle de cette année.










