Film italien de Michele Placido
Genre: Drame
Année: 2006

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"Romance criminelle..."

aca518a713a3f53b262d95b953cae68dSynopsis:

1975. Le Libanais a un rêve : conquérir Rome. Pour réaliser cette entreprise sans précédent, il met en place une organisation criminelle sans pitié. Pendant 25 ans elle se développera et son histoire sera indubitablement liée à la période la plus noire que l'Italie ait connue ces années-là : terrorisme, enlèvements et corruption au plus haut niveau politique.
L'inspecteur Scialoia ne cessera de traquer cette organisation, tout en conquérant le cœur de Patricia, la femme de l'un d'entre eux…

Introduction :

Adapté du roman éponyme de Giancarlo De Cataldo, « Romanzo Criminale » raconte l’histoire d’une organisation criminelle, qui durant 25 ans, va semer le trouble en Italie.
Dans l’ombre des Brigades Rouges, cette petite organisation dirigée par trois amis d’enfance, va se développer, puis devenir l’une des plus importantes du pays.
Récit d’une chronique sociale féroce, sombre et glaciale…

Première partie…Romanzo_critique_photo1

Le film débute par une séquence montrant des enfants qui renversent un homme sur la route. Ils trouvent refuge dans une petite cabane isolée en bord de plage.
L’un d’eux, est grièvement blessé. Les autres tentent de le soulager, mais sont contraints de l’abandonner lorsque la police débarque sur les lieux.
Pendant qu’ils se font attraper uns à uns, il meurt.

Puis le film démarre véritablement, les années ont passées, et les potes d’enfance sortent de prison. Ils ont purgés leurs peines mais décident très vite, de monter ensemble, une arnaque qui prendra l’allure d’une tragique descente aux enfers.
Michele Placido, à l’image des films de gangsters de Scorsese, comme « Les Affranchis » ou « Mean Street » place sa caméra en plein cœur d’un groupe d’homme sans pitié. Le pouvoir, l’argent, le sexe, en fait tous les éléments qui font la gloire de l’homme sont soudainement mis en avant par les protagonistes. Car le cinéaste balaye rapidement l’espace, et dessine le portrait de personnages assoiffés par la richesse.

C’est une prise d’otage qui est le point de départ du film. Le Libanais, décideur propulsé chef de groupe, réclame une rançon improbable, pour la libération d’un homme haut placé.
Il aura l’argent, puis le réinvestira dans l’immobilier, le commerce, la drogue, le sexe.
Pas ou peu de compromis, dans la mise en scène de Placido. A la fois intime avec les personnages, les accompagnant dans leur ascension, ou à défaut, dans leur chute.
Parce qu’il s’agit bien là d’une longue et pénible descente aux enfers. Le film se décompose en trois parties bien distinctes, en réalité, trois points de vue différents. Ou plutôt, trois histoires, trois moments de gloire, puis trois fins inexorables, douloureuses et sans pitié.
La première, celle du Libanais, nous plonge dans l’ascension soudaine de son entreprise. Il n’aime pas grand monde, et n’a qu’un véritable ami, Freddo.

Il rêve de pouvoir, au point d’en faire une obsession. Et le cinéaste le souligne très bien, notamment lors d’une scène dans laquelle il ose révéler son admiration pour Hitler, ou Mussolini.
Le Libanais, on le devine, méprise la bourgeoisie, il crache au visage de l’institution, et se fait hors la loi.
Charisme évident, silhouette d’homme sûr, précis et calculateur. Il ne porte sur lui que les marques d’un passé qu’il tente d’oublier. Une jambe boiteuse, suite à un corps à corps avec les flics, cette nuit  ou il se firent arrêter, lui et ses amis.
Puis cette attirance pour la sauvagerie, la froideur de l’existence. Personnage esquissé par la déchéance, dès sa plus tendre enfance.
On le suivra durant une bonne partie du film, avant que ne résonne sa fin, la chute de son empire personnel.
Ses plus proches collaborateurs, qui retournent leurs vestons de côté, et son meilleur ami Freddo, devenu amoureux, cherchant sa rédemption et une nouvelle vie, d’un coup, lui tourne le dos.
Ce n’est pas tant son empire qui chutera, mais son ego, sa dimension humaine, son charisme de chef. Il est abandonné de ses proches, et signe de la sorte son arrêt de mort. Au détour d’une ruelle, sa fin semble soudain si proche…

62b12917ef4867fa6d4eebf3c481ad9aDeuxième partie…

Freddo, meilleur ami du Libanais, jusqu’à ce qu’il vienne rompre le pacte infantile. Bras droit moral, confident, mais surtout, homme de confiance pour Le Libanais.
Discret, il accompagne les escapades de son patron, et ami.
Le cinéaste fait une admirable transition, car avant la chute du Libanais, on observait déjà l’ascension de Freddo. Prenant du galon, de l’assurance, mais devenant aussi plus humain.

Une bombe éclate à Bologne, il est présent sur les lieux. Les corps déchiquetés au beau milieu de la place de la gare, lui font prendre conscience de la manipulation qu’il subit. Non pas de son propre groupuscule, mais des idéologies politiques. Un coup des Brigades Rouges, sans doute, sorte d’extrémistes politiques révoltés contre l’état.
Freddo veut à présent sa rédemption, il veut effacer les traces du passé, laisser son enfance derrière lui pour mieux se concentrer sur l’avenir. Roberta, une jolie femme qu’il a rencontré, dont il est tombé amoureux. Il lui promet une autre vie, mais doit d’abord quitter sa misérable existence. C’est à ce moment là qu’il choisit de quitter la Magliana, l’organisation criminelle, mais aussi famille.

On est pile avant la mort du Libanais. Parce qu’après cela, c’est une histoire de vengeance qui est mise en avant. Il en oublie ses belles paroles, et s’autorise la liquidation de l’assassin de son meilleur ami. Avant cela, il devra répondre aux accusations dont il est victime, questionné par un enquêteur diaboliquement parfait.
Cette seconde partie permet d’entrer davantage encore dans les relations entretenues par les personnages. Poussant l’aspect psychologique, grâce notamment à une mise en scène radicale, en parfaite décomposition. Cadrage en gros plan, restriction du champs, et minimalisme de l’espace.

La décadence viendra ensuite. Un indic qui balance toute la bande, et le voilà condamné à 30 ans de taule…

Troisième partie…125a7a1b495b4fd29b8eabc689c1badf

La troisième partie, est celle qui met en avant le troisième personnage central de cette organisation. Il est appelé « Dandy ». Attiré par le sexe, il aime plaire et utiliser le pouvoir pour le faire.

Au départ, il n’est que peu bavard, surtout pendant le règne du Libanais. Ou il ne servait qu’à rendre service. C’était un homme de confiance, mais pas un homme d’action. Il prendra du galon lors de l’ascension de Freddo. Devenant le seul personnage mis hors de cause des accusations qui touchèrent l’organisation. Il est néanmoins le personnage le plus recherché, depuis le début, par la police Italienne. Faute de preuves, il ne sera jamais inculpé.

Cette troisième partie permet d’assister à son heure de gloire, lorsque Freddo est jugé et emprisonné pour trente ans.
Homme d’affaire imperturbable, il n’en demeure pas moins affaibli par son attirance pour Patrizia, putain sublime, raffinée et fascinante, également maîtresse de Scialoia, l’inspecteur de police.
Femme de désir, sorte de victime prise dans les mailles d’un système cyclique, sans fin. D’un côté, l’organisation qui la paye et l’utilise, de l’autre, l’inspecteur qui cherche à lui soutirer quelques informations sur l’organisation et plus particulièrement sur le Dandy.
Partagée constamment entre les deux clans, elle ne parviendra jamais réellement à trouver son chemin et ses convictions enfouies…

Dandy demeure ainsi comme la dernière roue d’un carrosse démoli. La dernière pièce encore intacte d’un système écartelé.
Il fait preuve d’une extrême audace en réussissant à faire sortir Freddo de prison, qui sera victime d’une maladie incurable par la suite.

Conclusion:

Le cinéaste, a su tout au long des deux heures trente que durent le film, instaurer un climat tendu, froid et sanglant. Un retour aux sources, d’un cinéma italien politique, d’une grande noirceur.
Comme le livre, le film retrace amèrement les années sombres de L’Italie. Période à la fois tragique et sanglante, qui a aujourd’hui encore, laissée des traces dans le système politique du pays.
La mise en scène emprunte d’un certain radicalisme joue un rôle primordial dans l’instauration de ce climat. La photographie est sublime, passant du noir céleste des polars, aux couleurs sordides des films de gangsters.
Michele Placido, en somme, réalise un film d’une grande classe. Brillante chronique sociale et politique, mais aussi fiction enivrante sur la corruption et la décadence. Tragédie contemporaine, marquée par les vestiges d’un passé maculé de sang, « Romanzo Criminale » c’est aussi ça, une sublime romance criminelle…