09 octobre 2006
Little Miss Sunshine
Film américain de Jonathan Dayton et Valérie Faris
Genre: Comédie dramatique
Année: 2006 "Famille au bord de la crise de nerfs"
L'histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes". La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l'hôpital après avoir été congédié par son amant.
Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'Air Force Academy.
Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l'Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus...
Introduction:
Unanimité des spectateurs, unanimité de la presse, applaudi et récompensé à Deauville, voici que sort sur nos écrans le très remarqué, mais néanmoins simpliste, "Little Miss Sunshine" ou comment peindre l'amérique, au travers d'un voyage familial.
Un film tendre, sincère, parfois dur mais souvent drôle. Avec cette pointe de noirceur, ce tissu familial rongé jusqu'à la moelle, on se croirait dans un drame familial, et pourtant, au delà des apparences, le film parvient à rendre positive, cette vie si triste et ennuyeuse... Portrait d'un road movie édulcoré, quelque part entre l'est et l'ouest américain...
Les premières séquences font preuve d'un grand sang froid. Caméra posée quelque part dans une pièce, à capter les gestes et les mouvements. Un malaise se fait ressentir.
On est au beau milieu d'une famille brisée. Brisée par le quotidianisme, par la routine du lendemain. Le fils ne parle plus depuis 9 mois, la fille est l'exemple du rêve américain, désirant devenir miss junior Amérique. Le père est un écrivain râté et fauché, et la mère, bonne femme de foyer, sans réelle ambition.
Ne parlons pas du grand père, cocaïnoman assidu, un peu taré et déconnecté. Manque plus que le beau frère suicidaire pour compléter ce tableau d'un rare pessimisme. Beau frère qui ne tardera pas à faire son arrivée, dès le début du film, se mélant alors à ce tissu familial décomposé.
Le malaise se fait croissant, la caméra toujours placée au milieu des discours et échanges, les pointes de sarcasmes envahissent l'espace et les tensions augmentent.
Puis vient ce coup de téléphone, résonnant comme un gong. Olive, la jeune fillette est autorisée à participer à un concours de beauté, à 1500 km de là, sur la côte Ouest des Etats-Unis.
La joie d'Olive est palpable, celle de sa famille un peu moins. Non pas qu'ils ne soient pas ravi, mais il faut décider qui l'accompagnera. Le fils refuse d'être de la partie, et le grand père n'aime pas être mis à l'écart. Finalement, tout le monde prendra la route, certains viveront ce voyage comme une rédemption, d'autres, comme un ultime voyage, mais avant tout, c'est pour esquisser le sourire d'une jeune fille, remplie d'espoir.
Un mini van, il n'en faudra guère plus pour cette famille pour prendre la route. Le voyage sera long, 3 jours au moins. Ce n'est pas tant le trajet qui paraîtra long, mais davantage les conditions à accepter durant ce voyage.
Des conditions dont l'acceptation se fera par amour, par dignité, plutôt que par désir réel. La haine est tant dans cette famille, que le moindre mot de travers, est sujet à dispute.
Les cinéastes s'en donneront à coeur joie, à mi chemin entre Wes Anderson et les frères Coen, ils vont faire de ce film, un petit bijou inoubliable...
Dès l'instant ou chacun dans le van, à trouvé sa place, le film démarre intensément.
Puis rapidement, on devine que l'amour a encore une place à bord. Même si le sentiment reste en retrait, il est clair qu'il existe.
Mais pour raviver la flamme de l'amour, entre les parents et les enfants, et entre le mari et la femme, ce n'est pas le simple voyage qui fera l'affaire. C'est là que le film prend un tournant inattendu puisque c'est les situations, les évenements rencontrés ou subis par la petite famille qui sera sujet à réconcialiation.
Le van qui tombe en panne, au beau milieu d'une ville désertique, la mort soudaine de l'un des membres, mais surtout son transport assez comique vers la destination voulue, les problèmes de klaxon et la crise de nerfs de Dwayne, le fiston si calme en apparence.
Autant d'éléments qui au fur et à mesure de la traversée, vont rendre les situations tour à tour drôles, hilarantes, tendres, émotives, tristes, puis à nouveau hilarantes.
La mise en scène est dynamique, originale par moments. Les angles de caméra sont relativement bien choisis, et les paysages traversés accompagnent fièrement le road movie.
En fait, nous sommes typiquement dans le film indépendant US. Sans moyens, mais bourré d'idées. Le petit film qui ne prétend rien, et qui vaut tant.
Parce que finalement, au delà du pessimisme de départ, c'est une véritable bouffée d'air frais qui s'empare du spectateur, le forçant à rire, sourire puis éclater d'hilarité.
Un optimisme certain, téléguidé avec maîtrise et profondeur, par le duo de cinéastes.
Mais tout à une fin, qu'elle soit belle ou triste. Ici, inutile de préciser s'il s'agit d'une fin attendue, ou inopinée, mais elle représente l'image de ce film.
Du positif dans le négatif et du bon dans le moins bon. Un indice conséquent pour le spectateur, puisqu'il est confronté depuis le départ au passage de l'un à l'autre.
Une chose demeure certaine, le voyage aura été bénéfique, peu importe l'issue. Parce qu'au final, c'est une solidarité évidente qui en est ressortie. Un parcours rédempteur, mais aussi des instants magiques, ou sans un mot, sans un bruit, l'amour était en suspension dans l'air.
Pas étonnant donc que les cinéastes s'en soient sortis avec les honneurs et les standing ovation. Difficile de trouver les mots justes, ce film est une expérience à traverser, comme le font si amèrement les personnages.
On est un peu membre de cette famille atypique, mais marquée par le traditionalisme américain. Une vie de surenchère, d'artifices, une vie remplie d'étoiles, mais qui se confronte bien souvent à la dure réalité d'une société pas évidente à vivre.
Les interprétations des comédiens sont stupéfiantes. Le beau frère et le fils en premier lieu, absolument grandioses.
Puis la fillette, attachante et le père, attendrissant de drôlerie et de sarcasmes. Le grand père, véritable perle cachée derrière une apparence dépravée puis la mère, en femme incertaine, touchante de par l'amour qu'elle a enfouit au plus profond d'elle.
Conclusion:
Un film remarquable, simple et complexe à la fois. Simple dans sa structure, complexe dans ce qu'il aborde.
Un film pour tous, pour faire réflechir sur nos proches, sur l'amour qu'on leur porte, mais que des fois on a bien du mal à leur avouer. Un film sur le rêve, sur la passion, sur l'amour.
Au final, et ce sera mon ultime mot, "Little Miss Sunshine" peut être le film le plus touchant et le plus drôle de cette année.



