ACTE

Le tour du monde du cinéma...

24 août 2006

La Jeune Fille de L'Eau (Lady In The Water)

++++++FOCUS N°3 ++++++

Plus qu'une critique, je vous propose une véritable analyse, concernant ce film totalement incompris....

ETATS_20UNISFilm américain de M.Night Shyamalan

Genre: Fantastique

Année: 2006

ladyinthewatertrailer400pSynopsis:

Cleveland Heep a tenté discrètement de se perdre à jamais dans les abysses de son vieil immeuble. Mais, cette nuit-là, il découvre dans le sous-sol de la piscine une jeune nymphe sortie d'un conte fantastique. La mystérieuse "narf" Story est poursuivie par des créatures maléfiques qui veulent l'empêcher de rejoindre son monde. Ses dons de voyance lui ont révélé l'avenir de chacun des occupants de l'immeuble, dont le sort et le salut sont étroitement liés aux siens. Pour regagner son univers, Story va devoir décrypter une série de codes avec l'aide de Cleveland... pour peu que celui-ci arrive à semer les démons qui le hantent. Le temps presse : d'ici la fin de la nuit, leur destin à tous sera scellé...

Introduction:

Une longue et pénible attente, pour enfin voir le nouveau Shyamalan.

Pour son sixième long métrage, le cinéaste s'empare d'une histoire racontée à ses enfants pour qu'ils s'endorment.

Un conte fantastique fabuleux, qui nous plonge dans un monde peuplé de créatures et de légendes.

Mais Shyamalan ne serait pas, sans une maîtrise complète de son récit, et une mise en scène taillée dans l'élégance.

Il était une fois...La_jeune_fille_1

Shyamalan commence son film par une forme de "Il était une fois...", une voix-off raconte la légende qui deviendra le fil rouge du film pendant près de deux heures.

Un graphisme épuré prend place, animant des formes esquissées à l'écran.

L'on comprend très vite que l'histoire est déjà en place et que le film ne nous présentera que très peu les protagonistes.

Ils font déjà parti du conte, ils ont un vécu, une histoire. Et le cinéaste de montrer rapidement l'empreinte de chacun sur la légende.

Première séquence, le cinéaste balaye sa filmographie, d'un seul trait, présentant un personnage à l'allure rondouillette, anti-héro par excellence.

Il est armé d'un balai et tente de venir à bout d'une bestiole coincée sous un évier.

Balayage filmographique car le cinéaste ironise son propos, s'auto-dérisionne par la futilité de la scène.

Cleveland Heep abuse la grosseur de la bestiole, la rendant démoniaque, et passant ainsi pour un héro aux yeux de ses locataires. -Il est concierge de la propriété - Shyamalan prend à contre pied l'image représentative de ses films.

Alors qu'il a toujours aimé jouer sur les monstres ou les mystères paranormaux, il décrédibilise soudainement son propre cinéma.

Un coup de génie, assurément.

Autre signe distinctif de la relecture de son art, son personnage principal.

Rongé par la solitude et l'incertitude, il bégaye, bafouille et pour la première fois, possède énormément d'humour. - Comme s'il se moquait de lui-même ou de ce que les autres pensent de lui -.

Autre cassure nette dans le style, la présence de Shyamalan en tant qu'acteur, et non simple figurant.

Il s'offre un vrai rôle, prenant ainsi, à l'image de son film, un risque considérable.

la_jeune_fille_4Mythes et légendes...

L'histoire se dessine de plus en plus et le contraste se fait plus fort.

Le cinéaste habituellement peu explicite sur ses récits, n'hésite pas ici, à en raconter le plus possible.

- Pour immerger le spectateur, et ne pas le perdre -

Mais si l'on peut avoir l'impression de prime abord, de ne pas avoir le choix d'interpréter le film à sa façon, il n'en n'est rien, le récit s'avère beaucoup plus complexe qu'il n'y parait.

Toujours cette multiplicité de lecture dans le cinéma de Shyamalan.

Impossible de n'imaginer qu'une seule issue au film, car le cinéaste déjoue la linéarité même s'il s'agit d'un conte pour tous.

L'incompréhension de ce film aux yeux du public vient de là, je pense.

De l'interprétation "grand public" qu'il en fait.

Le Shyamalan de "Sixième Sens" n'existe plus, aujourd'hui le cinéaste s'est écarté totalement du traditionalisme hollywoodien, et son dernier film est tout, sauf "grand public", même si l'histoire le laisse penser.

Ce conte moderne renferme des subtilités et des symboles, récurrents chez Shy, mais réinventés ici, remodelés, voire contredits.

Comme chez Kitano dans son magistral "Takeshis' " Shyamalan ose avec une audace précoce et remarquable, se remettre en question et rompre les clés de son cinéma.

Même en marge de son style, le cinéaste conserve son identité.

On le voit dans la mise en scène, et dans les thématiques explorées.

La mise en scène d’abord, avec son cadre dérobé, ses plans séquence et son décadrage fréquent.

Puis une nouveauté de la part du cinéaste – toujours dans cette idée de rupture – une caméra portée à l’épaule dans certaines scènes. Afin de s’offrir sans doute, plus de mobilité.

La photo, véritable prouesse dans « La Jeune Fille de L’Eau » est a souligné également.

Un travail fabuleux, de la part du meilleur chef opérateur actuel, Christopher Doyle, que l’on connaît pour ses performances chez Wong Kar-Waï ou Pen-Ek Ratanaruang.

Alternance des focales, passant du flou d’arrière plan à la netteté des contours de visages et sur des plans plus rapprochés, la perfection des détails et des objets.

Une caméra virtuose, qui bouge pour accompagner un mouvement, mais souvent, pour le créer elle-même.

Les thématiques ensuite, et ce rapport quasi systématique aux croyances, pas uniquement lorsqu’elles sont religieuses.

Croyance biblique certes, mais croyance surnaturelle surtout.

Shyamalan, une nouvelle fois, après « Incassable » et son héro Christique, un Dieu par obligation, par miracle, par hasard. Un personnage fragile, rempli de faiblesses.

Après « Signes » aussi, et sa foi bafouée, son prêtre désintéressé et le mythe de la croyance biblique, littéralement éclaté.

Et après « The Village » enfin, où ce n’est plus le biblisme qui est exploité, mais la croyance surnaturelle, le fait de croire ou faire croire à des choses qui n’existent pas.

Dans « La Jeune Fille…. » C’est cette croyance qui est mise en abîme.

L’endoctrinement comme source de croyance, la peur de l’inconnu, la peur du vide.

Signes….la_jeune_fille_3

Je vais tenter de faire l’analogie entre « Signes » et «La Jeune Fille » Parce qu’analogie il existe, selon moi.

D’une part dans l’idéologie globale des deux œuvres, aux messages presque identiques et aux personnages, qui se retrouvent confrontés à une situation qui les dépassent.

Mais surtout, sont contraints d’effectuer une tâche qu’ils pensent obligatoire, s’attribuant ainsi, des rôles bien précis.

D’autre part dans le twist final, « Lady in The Water » est avec « Signes » le seul film qui ne propose pas le traditionnel « bouleversement » scénaristique Shyamalesque.

La scène finale, se termine en apothéose, les choses s’emboîtent, se révèlent sous un accompagnement musical de James Newton Howard, sublime.

La musique grimpe en intensité jusqu’au dénouement et l’image donne l’impression de sortir toutes les tripes du film.

Comme l’eau débordant d’un vase, le film se conclue dans la perfection, laissant le spectateur chercher des réponses à ses questions.

Le rapport avec « Signes » ne s’arrête pas là.

Les rôles des deux protagonistes principaux sont presque similaires.

Mel Gibson d’un côté, prêtre déchu ayant perdu sa foi et sa femme, tuée sur la route dans « Signes » et Paul Giamatti, concierge croyant, qui remet sa foi en question suite au meurtre de sa femme.

Deux hommes veufs, deux croyants qui ne croient plus et qui trouvent refuge dans l’irrationnel.

« La Jeune Fille de L’eau » fait également référence aux anciens films de Shyamalan, sous forme de clins d’œil.

« Sixième Sens » d’abord, car Cleveland Heep est concierge, mais surtout ancien médecin.

Et Bryce Dallas Howard est capable de prédire l’avenir, rappelant les visions du jeune Haley Joel Osment.

Rapport à « Incassable » ensuite, avec la lutte du bien et du mal.

L’aliénation du mythe des super héros, en rendant Giamatti sauveur, de quelque chose qu’il ignore.

Sorte de guérisseur, soignant les plaies de son entourage.

Bruce Willis incarnait un peu le même type de rôle, en venant guérir une famille des traces psychologiques laissées par un tyran, preneur d’otage.

Une sorte de miracle, biblique et surnaturel à la fois.

Enfin, rapport à « The Village » avec cette guilde, copie conforme de la population du village.

Un groupe d’individus, ayant chacun un rôle à tenir sans en connaître forcément les raisons.

Shyamalan distille ainsi chaque protagoniste.

La force du film est de faire croire à quelqu’un, quelque chose auquel il ne croit pas, mais avec quoi il joue le jeu.

Pour être plus clair, prenons l’exemple de Cleveland.

Lorsqu’il rencontre Story – Un nom pas forcément anodin – la nymphe aquatique, il se laisse convaincre par son histoire.

De suite, on est plongé dans l’irrationnel. Cleveland a besoin de croire en quelque chose, et à son tour il doit convaincre.

C’est au tour d’une étudiante coréenne d’entrer en lice.

Elle connaît une légende asiatique, - Shyamalan est asiatique, cette façon de présenter la chose prend alors tout son sens – similaire à l’histoire de Story et Cleveland.

Comme si la fiction dépassait la réalité, la légende devient le centre d’intérêt de tous.

Chacun jouant le jeu, et ne posant aucune question.

On devine qu’au-delà du conte raconté, les personnages semblent vivre le conte eux même.

Cette transposition de la réalité à la fiction est extrêmement intelligente.

C’est un peu comme si tous les personnages s’étaient laissés aspiré dans un livre, pour en être les héros.

Rapport évident à l’endoctrinement de « The Village » ou toute une population croyait en quelque chose, sans se poser la moindre question.

Nouvelle rupture, chaque rôle est définitivement rompu, et personne ne trouve sa place réelle dans l’histoire.

Shyamalan prouve l’emprise que la croyance peut exercer sur quelqu’un qui aime croire.

La_jeune_fille_2Expérience personnelle…

La grande force de ce nouveau long métrage, réside dans l’interprétation.

Un casting atypique et convaincant, mené par Paul Giamatti, dans son meilleur rôle, probablement.

Bryce Dallas Howard, fille de Ron Howard, déjà présente dans le précédent film du cinéaste, qui incarne ici, un être fragile, à la douceur exquise.

Enfin, c’est l’importance des seconds rôles qui est à relever.

Le rôle de la coréenne, déployant au fur et à mesure les ingrédients de la légende, afin d’en connaître l’issue.

Le rôle de Shyamalan, en écrivain visionnaire, sorte de confident spirituel de la jeune et tourmentée Story.

Mais le plus notable et détestable de tous, peut être, demeure celui de Farber.

Caricature énigmatique du tout Hollywood.

Du moins, j’y ai vu un parallèle évident à Disney, et l’expérience traumatisante vécue par Shyamalan.

Dans le film, Farber est critique de cinéma, mais c’est une métaphore du producteur qui décide de ce qui est bon, et ce qui ne l’est pas.

La preuve lorsqu’il établit la critique d’un mélodrame, au cours d’une discussion avec Cleveland.

Il fustige littéralement le film et cette réplique chez Shyamalan sonne comme une résonance à son propre discours avec Nina Jacobson, productrice de chez Disney.

L’exemple le plus flagrant de cette expérience personnelle, s’observe lorsque le cinéaste met en scène Paul Giamatti s’adressant à Farber, en lui demandant conseil sur l’équipe qu’il doit engager pour aider la pauvre Story.

Farber lui offre son aide, en donnant son avis, qui au départ semble bon.

Rapidement pourtant, l’on s’aperçoit que Farber a induit Heep dans l’erreur.

Les rôles de chacun, étant perpétuellement inversés.

Force est de constater le rapport à la réalité.

Shyamalan induit en erreur par Disney, Heep induit en erreur par Farber…

Manière subtile de se venger d’une trahison, mais surtout, tellement limpide que difficilement préjudiciable et avéré, laissant le bénéfice du doute.

Acte absolument irrépréhensible, puisque fictionnel.

ladyinthewaterhaut1imgConclusion :

Un dernier plan montrant un aigle qui s’envole, comme si l’on fermait la dernière page d’un livre.

Nouveau coup de génie, l’histoire se termine sans que l’on ne sache rien de plus.

Dans un autre registre qu’à l’accoutumée, Shyamalan signe un film fascinant, élégant, à mi-chemin entre conte fantastique et drame onirique.

Une légende racontée par un éternel enfant, qui ressent le besoin de croire, et faire croire aux gens, des choses improbables.

Entre la récurrence du style Shyamalesque et renouveau artistique, «La Jeune Fille de L’eau » est une œuvre subtile, raffinée, et très simpliste.

Une réflexion complexe sur la société et ses légendes.

Très différent de tous ses autres films, il n’en demeure pas moins l’un des meilleurs.

M. Night Shyamalan, un très grand metteur en scène, ce sera le mot de la fin…

Posté par a_c_t_e à 23:55 - Analyses - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 août 2006

Yesterday Once More

CHINEFilm hong-kongais de Johnnie To
Genre: Comédie
Année: 2004                            
"Vol au dessus d'un nid de bijoux..."

yesterday_once_moreSynopsis:

Monsieur et Madame To gagnent leur vie en volant des bijoux de valeur depuis qu'ils se sont rencontrés. Alors qu'ils viennent de s'emparer d'un important stock de diamants, le décompte du butin tourne au vinaigre et l'homme décide de divorcer, accusant sa femme de "partage non équitable". Deux ans plus tard, celle-ci est sur le point de se remarier avec un jeune homme de bonne famille dont elle convoite la fortune. Avant même le mariage, elle engage des hommes de main afin de dérober le collier de grande valeur que son futur promis vient lui offrir en gage d'amour. Mais elle se fait doubler au dernier moment par son ex-mari, qui refuse de lui révéler où il a caché le précieux collier…

Introduction:

On ne présente plus Johnnie To, cinéaste complet, spécialiste du film grand spectacle et véritable maître artificier.
"Yesterday Once More" est l'oeuvre qui prouve l'incroyable maîtrise de son auteur, et sa faculté à s'adapter à tous les registres.
Une comédie, chez Johnnie To, c'est également possible, et Andy Lau et Sammy Cheung se partagent la vedette, laissant leur vie de couple, dans le film, s'occuper de tout...
Récit d'un film hilarant, puis dramatique...

Coup de foudre à Hong-Kong...snapshot20060806183748

Mr et Mme To, jeune couple en apparence modèle, lui est un gentleman, elle une femme fatale.
Ils aiment le luxe, et partagent la même passion, le vol de bijoux.
Mais, d'une façon peu commode, et j'oserai même dire, relativement hiarante, les choses tournent mal pour le couple, lorsque dans une discussion, Mr To révèle à sa femme, qu'ils doivent à présent se séparer.
Elle ne comprend pas trop, mais il part en lui expliquant que le partage n'est pas équivalent, - Drôle de raison pour divorcer -
Lorsqu'elle comprend, il est déjà dans son bateau, s'éloignant au large...
Deux années passent, et le couple est à présent dans une relation étrange.
Elle, va sans doute se marier à un autre homme, et lui, refait surface à chaque fois pour l'en empêcher.
Mais c'est surtout sur le terrain, que la guerre est évidente.
Comme dans Mr et Mrs Smith, on a à faire à un couple qui s'auto-mutile, mais de façon plus hilarante que réellement dangereuse.
Ainsi, le film se focalise sur l'humour, mais surtout, s'inspire clairement de certaines comédies Hitchcockiennes, et du True Lies de Cameron.
Ce petit cynisme ambiant, vient en plus relever davantage le petit goût amer que l'humour de To, met en avant dans son film.

snapshot20060806184245Mélange des genres...

Johnnie To est un virtuose de la caméra, de ce fait, il ne pouvait pas filmer de manière classique ou sans apporter à son oeuvre, peu importe le genre, un petit coup de génie.
Du coup, il choisit de faire un film qui mélange les genres, pour pouvoir adapter sa caméra, à chaque situation.
De la comédie de départ, on bascule vite dans le mélodrame, pas larmoyant du tout, mais d'un pathétisme quasi comique.
Le couple uni au début, l'est tout autant à la fin, mais la vie a évolué.
Elle lui annonce qu'elle souffre d'une leucémie, il reste à son chevet.
Bien sûr, on s'écarte de la comédie, il n'y a plus rien de drôle, sauf si l'on apprend que tout est faux, et qu'en réalité elle prépare un coup.
Là, le sourire revient. Elle se moque de lui, comme lui se moque d'elle, mais quelque chose de triste, une nouvelle fois, va arriver...
Johnnie To est un auteur incroyable, il parvient toujours avec grâce et maîtrise, à insufler à son oeuvre, une fraîcheur inouïe.
Comme des notes de musiques, tantôt graves, tantôt aigues, mais toujours justes.

Un dernier coup ?snapshot20060806183919

Finalement, ils sont séparés, mais pour mieux se retrouver, car assurément, ils s'aiment encore.
Elle fait miroiter son nouvel ami, d'un éventuel mariage, pendant que Mr To, l'observe du coin de l'oeil, épiant ses faits et gestes, et lui volant un collier magnifique, que bien sûr madame To, veut absolument obtenir.
C'est un peu le fil rouge du film, le collier de la belle mère de Mme To, est d'une valeur inestimable. C'est en quelque sorte, le coup du siècle.
Monsieur To a réussi le vol de sa carrière, il l'a réalisé seul, et il sait que Mme To reviendra pour l'obtenir.
Il l'a mène en bateau, du début à la fin, lui indiquant des fausses pistes, lui révelant qu'il n'a rien volé, alors qu'elle même sait que son ex-mari l'a en sa possession.
C'est ce fil conducteur qui rend le film si drôle et si intéressant.
La relation "Je t'aime moi non plus" d'un couple que l'on devine d'avance fait l'un pour l'autre, mais qui joue à se faire du mal.
Jusqu'à l'ultime minute du film, jamais on ne décroche, jamais on n'émet le moindre doute quand à l'amour que l'un porte à l'autre.
Et le triangle amoureux, n'est en réalité qu'un couple, et un intru.

Conclusion:

Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un très bon film. Ce n'est pas le meilleur Johnnie To, mais c'est une excellente comédie.
Voilà la clé du succès de ce film, aucune prétention, mais un talent considérable.
Un film qui lorgne sur les genres, qui s'adapte à chaque situation, et qui a le mérite d'être drôle, très bien réalisé, et surprenant à chaque fois.
On a pas l'habitude de ce type de films chez To, et pourtant, force est de constater que c'est très bien fait.
Que demander de plus ? .... Ah si, un autre Monsieur To.... Un autre...

Posté par a_c_t_e à 09:48 - Cinéma grand public - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 août 2006

Sue perdue dans Manhattan

ETATS_20UNISFilm américain d'Amos Kollek
Genre: Drame
Année: 1997                                             
"Alone in the Dark..."

sue_perdue_dans_manhattanSynopsis:

Les errances d'une jeune femme seule et sans emploi qui vit a New York. Sue a quitté depuis longtemps sa province, sa famille et ses amis pour New York. Elle a perdu son emploi de secrétaire et ne peut plus payer son loyer. Attirante et sexy, elle s'en remet au hasard des rencontres inattendues d'un soir pour soulager sa solitude. Armée d'une tenacité surprenante et d'une grande dignité, elle essaie de nouer des relations d'amitié avec des femmes pour alléger son chagrin...

Introduction:

Silhouette écorchée, splendide et dégénérée. Corps encore criblé des stigmates de la vie New-Yorkaise, l'histoire de Sue, perdue dans Manhattan, femme fragile et incertaine, à la fois belle et défigurée, dont le désarroi et la solitude, va la plonger dans un gouffre sans fin...
Un film fort et poignant, caméra plantée dans les bas-fonds New-Yorkais, Amos Kollek, cinéaste indépendant magnifie l'image, offrant de l'espoir au désespoir, et de l'amour à la haine...

Un plongeon dans la ville...sue1

Le cadre est à l'image du film, bancal, incertain, tiraillé par le doute.
La caméra gigote, elle accompagne les mouvements, les rend plus forts, moins forts, puis le calme frappe soudainement.
Sue, est seule, seule dans cette immensité, une gigantesque mégalopole qui ne demande qu'à être traversée.
Mais Sue schématise son parcours, elle ne sort qu'à certains moments de la journée ou de la nuit, se rendant dans les mêmes lieux, sirotant un café, puis deux, puis trois, puis plus rien.
Puis elle rentre chez elle, croisant un voisin de palier, lui fredonnant quelques mots à l'oreille, en ramassant son courrier.
Une facture, puis deux, puis trois, puis un coup de téléphone.
Son proprio la menace d'expulsion, Sue est condamnée à errer, pour trouver un boulot, de quoi payer son loyer.
Le film pose les bases d'un phénomène assez fréquent dans les grandes villes.
Une forme avancée d'incommunicabilité, d'incompréhension, d'indifférence.
Un mélange des trois peut être, avec comme toile de fond, un personnage troublé, perdu dans ses pensées, incompris et dénué de bonheur.
De manière virtuose, le cinéaste agite sa caméra, carressant dans le sens contraire, une héroïne atypique, sorte de figure emblématique du désarroi collectif.
Une femme belle d'apparence, mais sale à l'intérieur. Rongée par un passé troublant, dont elle préfère oublier l'existence.
Sans doute fille unique, femme frustrée malheureuse en amour, elle trouve réconfort dans l'échange des quelques mots qu'elle sort de sa bouche en croisant dans la rue un vieil homme lui demandant de voir ses seins, ou encore en discutant avec un homme assis derrière elle dans une salle de restaurant.

sue2Le début de la fin...

De ces rencontre anodines, Sue en tire les bénéfices adéquats. Pleurant les larmes de son corps pour préserver sa dignité, et riant fièrement avec des amies d'un jour, rencontrées au grè de sorties nocturnes.
Puis Sue découvre Ben, homme élégant, qui jongle sa vie avec son travail.
Le bel homme voyage beaucoup, errant lui aussi seul, loin du cocon familial.
Son destin attire Sue, qui redéfini le sens du mot amour. Un flirt de courte durée puisque Ben s'en va en Inde.
L'élégance et la sincérité de la relation de ces deux êtres déchûs, comme un signe du destin, ne se concrétise pas, et Sue, est à nouveau abandonée, livrée à elle même.
Mais Lola se trouve là, en bas de la rue dans un bar, elle lui propose son aide...
L'amour cède, mais l'amitié renaît. Sue sent qu'elle peut se faire une alliée, une amie, une confidente.
Bonheur une nouvelle fois écourté, Lola s'en va étudier en Californie. Sue, comme un cycle perpétuel, est à nouveau seule...
Amos Kollek évite toute forme de misérabilisme, conférant à son oeuvre une saveur particulière.
Il ne juge, ni ne condamne personne, refusant l'empathie spectactorielle, ou le mélo larmoyant.
Le spectateur seul, conclue le film à sa façon, gardant en mémoire l'image de fin.
De façon optimiste, ou pessimiste, de toute manière l'objectivité sera remise en cause, car le film ne laisse pas les clés en main.
Il déroule son manteau de hasards et de coincidences.
La vie étant un hasard total, parfois gaie, parfois triste, mais n'épargnant personne.

Sue...Perdue dans Manhattan...sue3

Sue pense peut être depuis le début à cette notion de hasard. Elle refuse de se laisser prendre au jeu de l'attachement.
Elle s'auto-mutile, whisky dans la main droite et clope dans la main gauche, en se défendant de vivre longtemps.
Pour éviter le chagrin lié à la perte d'un proche ou d'un mari, ou encore pour s'éviter les problèmes d'amitié foireuse, les demandes d'argent ou les prises de parti, elle condamne les liens affectifs qu'elle pourrait éprouver.
D'extérieur, Sue paraît maîtresse de son destin, alors qu'en réalité elle ne maîtrise rien.
Sa carapace robuste l'empêche de s'envoler, elle est cramponnée à la désillusion, au mécanisme radical de la déchéance.
Mais après tout, tout est un choix personnel...
De facto, Amos Kollek parvient à instaurer les codes de sa narration. Il parvient à rendre attrayant, une histoire qui ne l'est pas en surface.
Caméra portée à l'épaule, dynamique et sensuel, il dessine le portrait d'une femme blessée, qui cherche le bonheur là ou il n'existe pas.

Conclusion:

Solitude, cri de douleur ou d'agonie, et pourtant terrible espoir d'une femme qui ne demande rien d'autre que la solitude, malgrè l'apparence qu'elle en donne.
Un film magistral, simple comme bonjour, qui redonne à la fois goût en la vie, et en ressort tous les aspects négatifs.
Un film ni positif, ni négatif, mais qui évoque les deux impressions.
Amos Kollek, nom méconnu du grand public, et qui mérite pourtant que l'on se penche sur son oeuvre.
"Sue perdue dans Manhattan", un vent d'air frais dans toute la grisaille du cinéma moderne...

Posté par a_c_t_e à 02:43 - Cinéma d'auteur - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 août 2006

One Take Only

THAILANDEFilm thaïlandais d'Oxide Pang
Genre: Polar
Année: 2001                                    
"Bang à Bangkok..."

One_Take_OnlySynopsis:

Som se prostitue afin de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère. Bank fait du trafic de drogue et habite chez sa mère, laquelle claque son argent au casino depuis que son mari, le père de Bank, l'a quittée pour la première venue. Dans une Thaïlande minée par la pauvreté, les destins de Som et de Bank vont se rencontrer...

Introduction:

Beaucoup d'histoires entourent ce film.
Des anecdotes qu'un cinéaste se plairait à ne jamais subir.
Nous sommes juste après "Bangkok Dangerous" des deux frères Pang. Le film a très bien marché en thaïlande, de quoi permettre la production d'un futur long métrage des deux frères jumeaux.
Oxide réfléchi alors à un film reprenant la même trame que "Bangkok Dangerous", recréant un univer sombre et pessimiste, de la banlieue de la capitale du pays.
Les producteurs refusent l'idée, et ce qui aurait dû donner "Les bas-fonds de Bangkok" en signe de préquel à "Bangkok Dangerous" devient un film beaucoup plus minimaliste, presque personnel, au nom troublant et à sens multiples "One Take Only"...
Oxide Pang, le plus formaliste des deux frères cinéastes, sera seul à bord, et se lance dans sa première oeuvre en solitaire...
Récit d'un film fort, entre polar et intimisme, formalisme et simplicité...

Un audacieux polar...one_take_1

Difficile de classer ce film dans un genre bien spécifique, tant sa diversité, aussi bien technique que scénaristique est à souligner.
Un mélange abile de génie et de brouillon, que l'on sent pourtant volontaire chez le cinéaste.
Mais ce qui frappe à posteriori, c'est la mise en scène.
A la fois simpliste et radicale, complexe et voluptueuse, à grands coups de décadrages, d'alternance des échelles de plans - passant du gros plan au plan large - puis l'éclairage et la mise en valeur des corps.
La photo chez Oxide Pang - le futur Ab Normal Beauty, en sera le parfait exemple - alterne moments d'une grande noirceur à des contours en couleur, mettant en lumière les personnages hors du champs d'action.
Un peu comme l'acteur d'une pièce de théâtre, qui sur scène est eclairé par une poursuite, alors que le reste est plongé dans l'obscurité la plus totale.
Un parti pris formel, d'une brillance absolue, qui peut cependant surprendre quelques fois.
Notamment lorsque d'un plan raffiné et maîtrisé, le cinéaste enchaîne sur une séquence de qualité moindre, presque brouillone, à l'allure inachevée.
Comme pour faire chuter la sensation d'excellence, et créer une nouvelle surprise à chaque plan.
Un choix narratif particulier des frères Pang, qui d'un instant à l'autre, redéfinissent leur cinéma.
Ici c'est Oxide seul, mais son frère n'est jamais très loin, à quelques encablures seulement, bien qu'il soit davantage centré sur la dimension sociale des personnages.

one_take_4Un montage calculé...

Puis le film prend son envol, l'histoire commence à se former et à nous prendre aux tripes.
on adhère progressivement au concept filmique d'Oxide Pang - J'ai toujours défendu son cinéma et celui de son frère - et l'exubérance du montage prend alors tout son sens.
Oxide est un peu le spécialiste de la répétitions des gestes, des sens, des sons, des bruits.
Son montage, sous forme de "bis repetita" confirme ce positionnement esthétique.
Ainsi, il n'est pas rare d'observer trois fois de suite le même geste ou la même action, dans un flashback ou une séquence d'action.
Puis avec le brio le plus total, parfois même sous trois angles différents.
Cette précision dans le montage, offre un repositionnement de l'action. Redynamise l'observation d'un personnage, ou à contrario, l'isole de son cadre.
Procédé narratif propre à Oxide Pang, que de brouiller l'impression que l'on porte à son égard.
D'une virtuosité technique à une séquence brouillonne, difficile d'émettre un regard juste sur le travail d'un cinéaste que l'on sépare mal de son frère.
Pourtant je tiens vraiment à les distinguer car Oxide ou Danny sont très différents.
Suffit de jetter un oeil à "One Take Only" ou "AB-Normal Beauty" chez Oxide et basculer sur "Leave Me Alone" de son frère Danny.
Un cinéma plus contemplatif touche son jumeau, Une comédie gay, savoureuse, mais loin d'être parfaite sur un plan plus formel.
Il n'empêche qu'elle reste agréable et offre une direction d'acteur remarquable.

Basculement...one_take_5

Revenons à "One Take Only", oeuvre "expérimentale" finalement, très proche par exemple, esthétiquement d'une part et dans sa structure d'autre part, du "Millenium Mambo" d'Hou Hsiao Hsien.
La même ambivalence sonore, les mêmes choix musicaux -Techno rigide et figée - accompagnant la descente aux enfers des protagonistes et enfin, un scénario quasi similaire, du moins la morale qui l'accompagne.
Mais là ou Hou Hsiao Hsien choisit la fixité, les longs plans séquence et le cadrage épuré, subtil et précis, Oxide Pang préfère le montage brut, découpant la continuité des plans, une mise en scène plus fracturée et un cadrage décousu.
A la fois magnifique et d'un coup, plus haché.

Conclusion:

Au final, oeuvre inclassable que cet étrange "One Take Only".
Un film d'action musclé, puis épuré. D'une beauté fascinante, puis soudainement d'une fragilité déconcertante.
Un mélange d'excellence, puis d'un coup de film plus radical.
On ne peut pas dire qu'il s'agisse du plus grand film de l'histoire, dans le genre, mais difficile de dire qu'il ne s'agit pas non plus d'une oeuvre magnifique, rythmée par des séquences anthologiques.
Finalement Oxide Pang c'est ça, un cinéma improbable, à la fois beau et médiocre, mais d'une justesse et d'une audace inqualifiable...

Posté par a_c_t_e à 18:03 - Cinéma grand public - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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