etats_20unis22Film américain de Samuel Fuller (1958) Genre: Western

quarante_tueursJessica Drumond, femme au caractère bien trempé, règne d’une main de fer sur une petite ville, grâce au soutien d’une armée d’une quarantaine d’hommes. Ce microcosme va être soudainement remis en question avec l’arrivée d’un nouveau shérif dont la vision de la loi et de la justice diffère de celle de la maîtresse des lieux...
"95% des films naissent de frustrations, de désespoir, d’instinct de survie, de l’appât du gain. les 5% restants viennent du fait qu’un homme a une idée, idée qu’il se doit d’exprimer." Cette phrase de Samuel Fuller mérite méditation tant elle est absolument d'actualité. Il est clair que lui, fait parti des 5%.
Un cinéaste extraordinaire, que je découvre de films en films et que j'apprécie de plus en plus.
Un cinéaste connu pour son anti-conformisme, pour sa facilité à décrire la violence, lui qui a participé au débarquement de Normandie en 1944. Il se fait donc le porte parole d'une violence exacerbée, mais il le fait avec un recul tellement immense qu'ion le croirait ironique dans ses effets de styles.
Fuller, pour son onzième long métrage, paramètre son histoire avec une grande maitrise et une excellente mise en lumière.
En, fait, pour moi il s'agit tout simplement du meilleur western, de toute l'histoire du cinéma, et pourtant il est bien moins connu que bon nombres d'oeuvres. De Léone, Ford ou Eastwood.
4 westerns seulement sortent de la filmographie de Fuller, avec en tête d'affiche ce "Forty Guns" un film sublime, aux envolées baroques extraordinaires.
Il faut savoir, pour la petite anecdote, que ce film est sortit en 58, à la fin donc des années 50 et du règne hollywoodien. Il est l'un des tout premiers western moderne. Une oeuvre crépusculaire, originale, qui déjoue les codes du genre, jusqu'alors imposés.
En fait c'est une sorte d'anti-héro qui tient l'affiche de ce film, un certain Barry Sullivan, qui ne montre aucune espèce d'émotion sur le visage. Un visage de marbre, qui colle tout à fait à l'ambiance voulue par Fuller.
Ce film est surtout une métaphore, plus qu'un condensé de types qui se tirent dessus. Un western qui ne montre pas la décadence d'une amérique, ou un patriotisme récurrent, mais au contraire, une réelle recherche métaphysique.
Le film est surtout parfait sur le plan strictement scénique.
L'ouverture du film déjà, remarquable envolée lyrique, un silence de mort, perturbé par un montage qui montre une horde de chevaux traversant un désert calme et aride.
Puis le silence devient bruit, la caméra survole l'action, puis se place sur le sol, elle coupe le cadre en haut et en bas, pour ne montrer que l'espace réduit du milieu du cadre. Les chevaux traversent et se précipitent vers le sud.
Puis le bruit redevient silence, un calme apparent étrange, presque absurde et inimaginable.
L'écran titre apparait, et voilà, on est bluffé par l'ouverture d'un Fuller au sommet de son art.
Puis le reste du film n'est que pretexte à un exercice de style frustrant pour d'autres cinéastes. C'est parfait, juste parfait.
On se tait et on regarde, on apprend ce qu'est le cinéma, grâce à des contre-plongées, des plans séquences, des travellings latéraux et toute autre forme de mise en scène exceptionnelle.
Mais la plus grande force du film réside dans sa construction narrative, sa dimension scénique.
En une heure dix seulement, le cinéaste capte chaque moment, il crée sans cesse, en renouvelant son propre style, une nouvelle étape dans son oeuvre. Comme un nouveau chapitre qui vient clore le précédent, Fuller expérimente plus qu'il ne concrétise réellement.
En fait c'est une expérience son film, une remarquable expérience.
Un film qui contre balance les stéréotypes, pour ne montrer qu'une forme de plus, totalement imaginaire, dans un fond, riche et maitrisé, que je n'ai pas souvent eu l'occasion de voir dans un film de ce genre.
Une forme d'un esthétisme unique, un western en noir et blanc, déjà, mais d'une aura indescriptible. J'ai rarement vu un film en noir et blanc si éblouissant de virtuosité. L'image est pure, et semble touchée par la grâce.
Entre rupture de tons, et récurrence des effets modernes, le film de Fuller marque le cinéma par sa force visuelle et scénaristique.
Une oeuvre d'une beauté sidérante qui concorde parfaitement entre l'âge d'or hollywoodien, et le début d'une nouvelle vague de modernité et d'originalité.
Parce qu'il explore aussi l'amour, le sexe et les pièges de la vie, le film de Samuel Fuller est bien plus qu'un western, il en devient une oeuvre morale, une oeuvre à la symbolique fortement marquée, qui saura trouver je l'espère, une reconnaissance plus que méritée.
Un film crépusculaire, inégalable à mon avis qui mérite bien plus qu'une simple vision.
Le plus grand western jamais réalisé, et un monument du cinéma!

Note: 20/20