Film sud-coréen de Kim Ki-Duk (2001) Genre: Drame

bad_guy_posterChef de gang et maquereau local, Han-Gi tombe sous le charme de Sun-Hwa, une jeune étudiante de 21 ans qu'il rencontre par hasard sur un banc public. Il se jette sur elle et l'embrasse violemment. Souillée par cet inconnu Sun-Hwa parvient à se libérer avec l'aide d'agents de police. Pour l'humilier, elle lui crache dessus en public. Han-Gi échafaude dès lors un plan machiavélique afin de contraindre Sun à se prostituer pour lui...
Pour moi, peut être le plus beau film de Kim Ki-Duk, sur le plan visuel. Une photographie extraordinaire, qui accompagne un scénario machiavélique, taillé dans l'amertume, qui met en scène un amour destructeur, entre un homme, atypique, muet et solitaire, rongé par le désarroi, et une femme, mi-enfant, mi-adulte coiffée d'innocence, de naiveté et au caractère influençable.
Ce film de Kim Ki-Duk, n'est pas le plus connu, à vrai dire il est passé inaperçu. Il entre dans la même catégorie, inabordable, que "L'île", qui le précédait.
Un film à l'ambiance étrange, malsaine, immorale qui fait mal par ses images d'une atroce vérité, par ses images provocantes, d'une grande absurdité.
Parce que "Bad Guy" c'est l'histoire d'une déchéance. D'un homme qui devient monstre, pour son propre plaisir de voir. Un film qui pointe du doigt le voyeurisme. Voir la destruction d'un être, pour son propre plaisir, quoi de plus monstrueux?
Pourtant, le film est beau, je me risquerais à dire poétique même. Parce que cette tragédie, tantôt malsaine, tantôt émouvante, nous raconte aussi l'ascension d'un homme, qui meurtri dans le silence, retrouve confiance en lui.
L'interprétation de l'acteur Cho Jae-Hyung est exceptionnelle, une des plus belles de l'histoire du cinéma.
Impossible de ne pas le comparer à Marlon Brando, pour sa nonchalance, son charisme, et sa grande bestialité.
Il joue le rôle de ce monstre, beau et attachant, cet homme muet, qui dans son silence, renvoit l'image d'une solitude affective profonde, d'un désarroi entier, d'une grande tristesse.
Son jeu, petit à petit, il le ficelle comme un gros paquetage, en partance pour l'étranger.
Ici l'étranger, c'est le spectateur, nous, vous. On est devant un miroir, un miroir de l'âme, qui reflète des contours, avec en filigrane, des traits soulignés, des morceaux d'êtres humains, qui, se laissant porter par l'abbération, se mutilent plus qu'ils ne luttent réellement.
Kim Ki-Duk crée des métaphores fabuleuses d'ingéniosité. Il parsème son film de multiples images, d'un esthétisme troublant. Cette photo collée sur le miroir, dans lequel se reflète le visage de Sun est incroyable. L'effet est viscéral, il est d'une virtuosité sans précédent, car son sens dépasse la simple fiction.
Mais au delà de cet engrenage d'esthétisme, Ki-Duk, tel un magicien, cache ses tours avec habileté et maitrise. Parce qu'un film, au dela de balancer des images, c'est aussi une grande histoire d'émotion et de sensibilité.
Ce film est une déclaration d'amour inavouée, la preuve par neuf que la non-communication tue les sentiments, tue l'affectif, mais tue aussi le naturel.
Il se cache pour la voir, par peur peut être d'être invisible à ses yeux.
Le miroir lui montre à la fois la belle jeune femme, mais aussi son propre portrait, son portrait d'homme touché par la lâcheté, la peur, et l'incertitude.
Il voit ses pêchés dans le reflet du miroir, parce qu'un miroir ne triche pas avec ce qu'il montre.
Kim Ki-Duk, dans un élan virtuose, caractérise son oeuvre par une mélancolie de l'absurde. Il fait de ce parfum amer, une saveur au goût exquis.
Symbole d'un pays fragilisé, d'une frontière profonde entre l'homme et sa violence et la femme et sa douceur.
L'amour violent, ou le véritable amour, qui parvient à faire sortir une phrase seulement, au mutisme de l'acteur, à la toute fin du film.
Une voix abyssale, rocailleuse, angoissante, qui semble déchirer la gorge de Han-Gi.
L'amour véritable aurait-il un prix??? Comme Roméo et Juliette, n'ya t'il que la mort qui puisse guérir l'envie d'aimer...???
Kim Ki-Duk, signe là son film le plus intimiste, le plus sordide aussi, un film qui manifeste désarroi et solitude, avec une intelligence, jamais atteinte jusque là...

Note: 19/20