italie1Film italien de Roberto Benigni (2005) Genre: Comédie dramatique

le_tigre_et_la_neigeA Rome, Attilio, poète, est tombé fou amoureux de Vittoria. Mais elle ne s'intéresse pas à lui. Alors que la guerre en Irak éclate, Attilio reçoit un appel d'un poète irakien dont Vittoria écrivait la biographie depuis Bagdad : la jeune femme, victime des bombardements, est mourante. Attilio part immédiatement pour l'Irak...
Voila, Benigni a atteint l'apogée, il a son chef d'oeuvre, son film référence. Voila, Begnini est devenu un réalisateur avec une réelle force narrative, une intelligence, une subtilité, une pudeur et un humour chaplinesque.
Oui, enfin, le voila, le grand acteur que je suis depuis les premiers films de Jarmusch, cet arlequin, tendre et émouvant, hilarant et grotesque.
Nous voilà en face du plus grand chef d'oeuvre de cette année 2005.
Dur d'être persuasif, tant ce film vient de l'âme, vient du coeur, tant cette fable imaginaire, est en parfaite harmonie avec la vie.
Benigni tel un maître artificier, peint une toile plus qu'il ne la dessine, il rend l'image plus belle que son sens, il parsème son oeuvre de milles couleurs, de milles symboles et métaphores pour fabriquer un film à la saveur inoubliable.
Parfait serait le mot qui conviendrait le mieux. Aucun parti pris, que de la distanciation sur le monde d'aujourd'hui, de l'humour cynique, absurde comme un Chaplin, L'acteur-réalisateur fait rire sur des événements tristes, il rend Bagdad agréable, fait de cette ville, un presque paradis, ou il fait bon vivre.
Les images sont belles, épurées, cristallines, et offrent des couleurs, même dans l'obscurité d'une situation.
Le film nous rappelle les classiques de Chaplin, ou de Keaton, ses grands clowns tristes de l'histoire du cinéma.
Son film, benigni le rend mi-figue, mi-raisin, tantôt triste, tantôt hilarant. Mais la drôlerie n'est jamais artificielle, elle est réelle, manifeste, car d'une nature sincère, tout est dans le jeu des expressions, des regards, des nons-dits, comme cette fin magnifique de pureté et de maitrise des émotions.
Benigni à touché juste, comment rire de la mort? Seul certains cinéastes ont réussi ce pari, notamment Kubrick dans son "Docteur Folamour".
Ici, c'est pareil, la guerre, on s'en tape, car ce n'est nul le sujet du film, ou bien c'est tellement distant du thème de base, qu'on n'y prête guère attention.
le cinéaste italien fait parvenir au public un message hallucinant de bonté et de fraicheur. L'amour n'a pas de frontière, on ne croit pas qu'au bonheur, lorsque le malheur nous frôle, non, la vie est belle, même dans la tristesse.
Ce pessimisme optimiste, déja caractéristique de la filmographie de Benigni est ici, plus que jamais au centre du film.
Mais rien n'est vraiment triste, ici, car l'ambiance du film est étrange. Un sentiment de bien être s'empare du spectateur dès le début de l'oeuvre.
On a envie de rire, tout le temps, pour rien, grâce la maladresse d'Attilio, sa tchatche, son charisme, son innocence. Oui, voila, c'est ça, c'est de l'innocence, ce film est innocent.
Comme un enfant qui né, dans un pays ou la guerre fait rage, mais qui ignore cela. Il est un enfant après tout, il se moque de savoir dans quel état est le monde, son monde à lui s'arrête à son entourage, ses racines.
Benigni ici, semble ne pas se perdre dans cet immense inconnu, même dans le désert, ou il parle aux chameaux, d'ou il revient avec une moto pleine de médicaments scotchés dessus.
Comme dans cette prison, dans laquelle il séjourne une nuit entière, en ne disant que "I'am Italian"...éperdumment...
Une bouffée d'air frais est entré dans la salle de cinéma, cette salle qui devient si étouffante en ce moment, la faute à des oeuvres sans interêts, qui lorgnent sur les succès des autres, des suites râtées, des remakes à la con, des blockbusters remaniés...Parmis tout ça, un film qui ne ressemble à aucun autre, qui ne ressemble finalement qu'à Benigni lui même. Un cinéaste atypique, autodidacte, qui surfe sur l'humour universel, le gag décalé, qui fait sourire, même quand l'action est triste.
Car c'est une histoire d'amour ce film, un amour pour une femme, mais un amour de la vie, surtout.
Le cinéaste déclare sa flamme au monde réel, comme un écrivain qui trouve les mots justes par écrit, par peur d'affronter les émotions réelles, Benigni veut dire dans son film ce qu'il ne dit pas dans la vie. Il l'aime la vie, il l'aime cette femme.
Le Tigre et la neige, un titre de bouquin, son bouquin, dans le film, mais ses pensées, dans la vie. Le tigre pour la force, l'incertitude, la cruauté, belle et imprévue.
La neige comme l'innocence, la beauté, l'intemporalité, l'ephémère.
La vie est ephémère, elle ne dure que l'espace d'une tombée de neige, mais elle est belle la neige, donc elle est belle la vie.
De métaphores en métaphores, le réalisateur italien tisse un linge charnel, un poème visuel halluciné, dont la qualité principale se résumerait à humaniste, profond et sincère.
Vittoria comprend que l'homme qui l'aime est celui qui lui sauva la vie, elle le comprend, par un simple geste...
Cet amour que l'on ne retient pas, mais qu'on a du mal à rattrapper, son premier amour, ou son seul amour, peut être.
Benigni est un artiste, aussi bien, devant que derrière la caméra.
Reno, joue enfin un rôle à la mesure de son talent, loin des godzilla, ou des wasabi. Il est touchant, juste et crédible. Nicoletta Braschi, aussi, est une femme d'une rare beauté intérieure, quand à la participation de Tom Waits, rendu célèbre par Jarmusch, elle est juste splendide de justesse, et d'émotion. Oui, un chef d'oeuvre je vous dit, un film qui mérite la note ultime, et tellement plus encore....

Note: 20/20