danemark1Film danois de Lars Von Trier (1984) Genre: Drame psychologique

element_crime1Fisher, un inspecteur de police, se souvient d'une enquête qu'il a menée, quelques années auparavant, à l'occasion du meurtre de plusieurs vendeuses de billets de loterie. Son professeur d'école ayant écrit qu'un policier ne pouvait résoudre un meurtre qu'en s'identifiant à son auteur. C'est ce que Fisher a fait...
Complaisant, schizophrène, manipulateur, obsessionnel, malade, fou, orgueilleux, fumiste, plaisantin, provocateur, bourreau, passionné, génial, voici les adjectifs qui correspondent le mieux à ce cinéaste atypique, borné et volontairement haineux.
Un cinéaste qui inspire tout à la fois la sympathie que la haine profonde. Mais que l'on soit pro, ou anti Von Trier, force est de constater que son cinéma, est un art, un art certain, qu'il remet sans cesse en question.
A commencer donc par ce premier long métrage, que l'on croirait une bénédiction du tout puissant, à son prophète...Un film dénué d'influences véritables, bien que le cinéaste ait toujours admis son amour profond pour Carl Theodor Dreyer, ou Andrei Tarkovski.
Pour ce premier long, Von Trier choisi l'esthétisme, le goût pour la forme, pour la photographie, avec des plans d'une rare harmonie, noyés dans des teintes orangées sublimes.
La mise en scène est d'une grande intensité, je le disais, harmonieuse, fragile aussi, par sa froideur et son sens de la noirceur.
Différents thèmes lorgnent le cinéma de Von Trier, et la religion en est l'un d'entre eux. Pris dans un engrenage dont les enjeux dépassent leurs destins individuels, les personnages principaux de ses longs métrages semblent gouvernés par une force irrésistible. Pessimiste sur la nature humaine, hypocondriaque forcené, doté de phobies aussi violentes que diverses, le cinéaste ne peut croire en un Dieu Amour; il croit à la punition divine et aux forces du Mal.
Son premier film est un condensé audacieux de toutes les phobies du cinéastes.
Par moment, la virtuosité de la réalisation, rappelle le maitre Tarkovski dans ses oeuvres.
Mais la force du film réside dans son incompréhension, sa nonchalance visuelle, d'une lenteur implacable. Son cadrage parfait et sa vulgarité.
Car le cinéaste surfe sur la vague d'un désir possessif, celui d'entrer dans le malaise le plus total, dans sa forme la plus viscérale et sado-masochiste. Un anti-héro, faux flic du dimanche, attiré par une force extra sensorielle, le menant vers un retranchement presque immoral.
Une enquête qui pétine, comme dans le "Angel Heart" d'Alan Parker, mais avec un sens de l'esthétisme et de la non normalité, bien plus prononcé. Un film plus expérimental, plus mental que physique, qui punie le spectateur par son image provocatrice et déchirante.
Alors oui, Lars Von Trier est un esthète, un artificier qui provoque, avec une certaine arrogance, le spectateur en attente d'un nouveau cinéma. A l'image de son Dogme, dans lequel le réalisateur danois favorise la caméra à l'épaule, pour se fixer peut être des limites, pour prouver que rien ne l'arrête. Un cinéma décousu, quasi-réel, mais distant du simple documentaire, car l'immoralité, ou la torture est toujours au coeur de l'action. Des films fictifs, et non ancrés d'une réalité vécue.
Lars Von Trier, ou quand le cinéma n'a plus de limite à la folie et à l'imaginaire. Comme en témoignera un film, qu'il prépare chaque année par quelques scènes, et qui sortira en 2024.
Le film, suivra le quotidien de plusieurs acteurs, à travers les époques, on les verra ainsi vieillir pour de vrais, car l'histoire s'étalera sur 30 ans...
Un pari audacieux, osé, presque extra-terrestre, qu'aucun autre n'a tenté jusqu'alors.
On peut reprocher à Von Trier, de pêter plus haut que son c**, car la prétention ne semble pas lui poser de problème, mais je ne pense pas qu'on puisse punir sa vision d'artiste, car renouveller son style, redéfinir le septième art à chaque film, est une chose qui n'est pas donnée à tout le monde.
"The Element Of Crime", qui marque le premier volet d'une trilogie en "E", avec comme thème principal l'Europe et sa déliquescence est un parfait exemple de l'ambition du cinéaste.
Avec "Europa" et "Epidemic", les deux autres épisodes de cette trilogie expérimentale, Von Trier frappe le cinéma d'un grand coup. Car entre réalisme, fatalité, renaissance, destruction et machiavélisme, la porte des sens reste ouverte.
Alors oui, pour moi ce film est un chef d'oeuvre, comme la plupart des films de ce metteur en scène. Pour ce monde si étrange d'imperfections parfaites, de violence morale, d'opression, de malaise, de mal-hônneteté et de sadisme.
Von Trier, ou quand la joliesse et l'élégance, se cache derrière un pessimisme malsain...

Note: 18/20