russie2Film russe de Sergei Mikhailovitch Eisenstein (1925) Genre: Drame

le_cuirass__potemkineLes marins du cuirassé Potemkine se mutinent en 1905 à cause de la mauvaise qualité de la nourriture. Des officiers résistants périssent, mais la révolte est enrayée à bord. Elle gagne cependant la ville d'Odessa où de nombreux massacres ne pourront empêcher la fraternisation...
80 ans! Voila 80 ans que ce film, l'un des trois plus grands chefs d'oeuvre du cinéma, avec "la règle du jeu" de Renoir et "Citizen Kane" d'Orson Welles est sorti.
Pourtant, ce magnifique et impressionnant film d'Eisenstein, n'a aujourd'hui, pas pris une ride. Mis à part son aspect "vieillot" par rapport à l'image, d'un noir et blanc poussiéreux et salit, le film garde son impact et sa force de narration.
Pour moi, il s'agit du plus grand classique de l'histoire du cinéma.
Eisenstein, dès les premières minutes impose son style, à 27 ans seulement, avec une photographie remarquable, et son cadrage, parfait.
Les plans, pour la plupart, fixes, montrent des personnages rongés par la déchéance de leur classe sociale.
Je vais aborder un point fort du film, la mise en scène, qui selon moi est l'une des meilleures que le cinéma ait pu connaitre.
En effet, le style d'Eisenstein se différencie par son montage, déjà, mais aussi par la signification de ses plans.
Lorsqu'ils sont fixes, souvent, ils captent l'essentiel de l'action, à savoir un ou deux personnages, dans le champs, suivi d'une action liée à ses personnages.
Lorsqu'ils sont en mouvement, le cinéaste choisi différentes techniques.
Les travellings tout d'abord. Notamment dans la scène des escaliers d'Odessa, ou l'on voit les soldats, en haut des marches qui représentent la supériorité, le point culminant de la violence.
Puis, la population, que le travelling accompagne dans sa descente des marches.
La caméra part d'en haut, à gauche de l'écran, pour descendre, dans un admirable plan séquence, coupé par des gros plans, qui viennent donc déstructurer le récit.
la caméra reste sur son axe, mais se focalise à présent sur le bas droit de l'écran, la ou ne sait pas ce qu'il va se présenter, mais ou tout les personnages vont.
De cet incroyable mouvement de caméra latéral, on suit l'ascension d'une femme, qui remonte en sens inverse, les marches, venant ainsi interrompre ce mouvement.
Le plan devient à nouveau fixe et devient la plus belle du film selon moi.
La femme, son enfant mort dans les bras, vient se présenter devant les soldats de l'armée rouge.
Entre déchirement et volonté de mourir, la mère, symbolise la fragilité et le pathétisme de la situation.
Dans cet ultime acte pour vivre, elle marque la renaissance et la rebellion de tout un pays.
C'est cette image symbolique, qui fascine et transcende le récit.
Entre réalisme, et distanciation évidente sur ce réalisme, le cinéaste dévelloppe une oeuvre conceptuelle, unique et magnifique, qui reste encore aujourd'hui dans les annales du septième art.
Le montage fait preuve d'une grande force et d'une grande subtilité. Il se présente sous la forme de scènes "coups de poings" qui se succèdent rapidement, entre plans d'ensemble, fondus et gros plans.
Le gros plan justement prend une dimension immense dans ce film, et dans le cinéma d'Eisenstein, en règle générale.
Il montre ainsi les expressions des personnages, il compense le muet de l'action par l'image et sa force narrative.
Le film est beau, sublime même, il captive le spectateur du début à la fin, et le rend dépendant par certains de ses nombreux symbolismes.
Si l'on ne devait ne retenir qu'un film dans son esprit je crois qu'il s'agirait de celui-çi.
Une oeuvre inégalée, la plus belle qui soit, la plus forte, la plus splendide.
Un cinéaste impressionnant, qui restera à tout jamais dans les livres d'histoire, pour son incroyable épopée que représente "Le cuirassé Potemkine".
1h05 de pur et intense bonheur, qui mérite bien, la note ultime....

Note: 20/20