inde1Film indien de Ram Gopal Varma (2004) Genre: Fantastique

bhootVishal et Swati, un jeune couple sans enfant, s’installe dans un confortable duplex perché au sommet d’une tour. Soucieux de ne pas heurter la sensibilité de sa femme, Vishal préfère lui dissimuler les sombres histoires du lieu, et notamment le décès de la locataire précédente, morte en tombant du balcon… Seule chez elle, la jeune femme est en proie à d’étranges apparitions...
Troisième long métrage du cinéaste Ram Gopal Varma, "Bhoot" marque aussi la renaissance d'un cinéma indien, plus "occidental".
En effet, le cinéast prouve par A+B, que le cinéma indien peut s'écarter du cinéma estampillé "Bollywood". Ces longues fresques, souvent à l'eau de rose, qui durent plus de 3h, et qui comprennent un bon quart de chansons et musiques diverses.
Rien de péjoratif là dedans, je suis assez fan du cinéma indien pour ne pas entrer dans des critiques faciles, cependant, le premier producteur de films au monde, ne s'attirera pas le public occidental avec de tels films.
Ram Gopal Varma, l'a bien compris, et déjoue les codes du système Bollywoodien, en proposant un film d'angoisse, un thriller fantastique, dans la plus droite lignée des films du genre, qu'ils soient américains, ou plus récemment, asiatiques.
Ainsi, il est clair que le cinéaste n'invente rien, il reprend, avec intelligence et maitrise, les codes inventés par d'autres.
"Bhoot" n'est pas exempt de défauts, c'est un fait, mais il a le mérite d'instaurer de nouvelles clés au cinéma indien, et laisse en tout cas, dans une moindre mesure, présager de ce que le cinéma fantastique, "made in India", pourra proposer dans les années à venir.
Alors "Bhoot" film précurseur??
Plus que cela, en réalité, car il concurrence très sérieusement les "Ring", "Dark Water" ou autres "Exorciste".
Il me rappelle un peu "L'emprise" de Sidney J. Furie, sortit en 1981.
Car il est là en tant qu'outsider finalement.
A l'époque, "L'emprise" était plus ou moins passé inaperçu, par rapport à "L'exorciste", injustement, car personnellement je le trouve bien plus travaillé.
Mais le fait est là, "L'exorciste" ça vous parle, "L'emprise" peut être moins.
Et bien le même cas de figure est reproduit aujourd'hui.
D'un côté, un cinéma de genre prolifique, aux Etats-Unis, de l'autre, une montée en puissance dans le genre également, de nos amis asiatiques, puis le cas de "Bhoot", isolé de toute influence de son pays.
Ram Gopal Varma, signe un film fabuleux, qui propose un savant mélange de ce que d'autres ont pu faire, mais il le fait avec une identité créatrice, qu'il va chercher au plus profond de son esprit.
L'inspiration est une chose, plaggier en est une autre, et ici, le plaggiat n'est absolument pas d'actualité, tant le cinéaste parvient à insuffler un nouveau climat d'opression à son oeuvre, et du coup, au genre tout entier.
Par sa caméra d'abord, il balaye l'espace par des mouvements lents, mais surtout, des plans coupés. Il crée en effet une sorte de plan séquence naturel, c'est à dire qu'il va séparer l'action par un axe, le plus souvent mobilier, ou provenant d'un décor.
Il place sa caméra, le plan est fixe, mais il montre deux facettes de l'image.
D'un côté le personnage, de l'autre, séparé par un morceau de bois, un fauteuil, ou autre chose, le lieu de l'action.
Il reproduit du coup, dans un film fantastique, ce qu'Hitchcock, avait réussi à mettre en place, notamment dans "Fenêtre sur cour", ou deux actions séparées, se déroulaient dans deux fenêtres différentes, coupées par un mur.
Bien entendu ce type de mise en scène, n'est pas une trouvaille, mais rares sont les films qui l'utilisent, et elle est suffisament bien réussie dans le film de Varma, pour être remarquée.
Ensuite, le renouveau se situe dans l'ambiance.
Une intrigue intelligente, qui comble la simplicité d'un scénario. En effet, le cinéaste réussi à surprendre le spectateur, à plusieurs reprises. Même les habitués du genre, seront incroyablement appeurés, par moment, tant l'angoisse ne survient pas toujours de manière très orthodoxe, ou habituelle.
Il y'a une sorte de décalage, qui fait que la scène angoissante va arriver, dans la majeure partie du temps, la deuxième ou troisième fois, et non, au moment ou l'angoisse monte.
Faire peur pendant des phases d'acalmie, voila la clé de la réussite.
Sur le plan technique, donc, c'est un sans faute.
Même si le scénario, ne mérite pas un oscar, il n'est pas complètement inefficace, et se laisse apprécier par la mise en scène, et la qualité du métrage.
Son parfum ovniesque, et surtout, son inpopularité, pourrait faire de ce métrage une oeuvre culte dans les années à venir.
Si le public, sort un peu de son petit monde dominé par le cinéma populaire américain, qu'il se penche davantage sur le cinéma à travers toutes ses cultures, qu'il soit amateur ou non de cinéma fantastique, alors "Bhoot" a des chances de le conquérir. Il mérite toute l'attention possible, pour sa fraicheur, son audace, sa richesse, et sa grand maitrise technique.
Un très bon film de genre, qui marque le renouveau d'un cinéma, sur la scène internationale. Un auteur est né, mesdames et messieurs, faites lui confiance!...

Note: 15/20